Lot Essay
LA MANUFACTURE DE NAST
Fondée sous l’Ancien Régime, la manufacture de Nast compte parmi les établissements parisiens qui traversent la Révolution et connaissent un nouvel essor sous le Consulat et l’Empire. Né en Styrie en 1754, Jean Népomucène Hermann Nast arrive à Paris vers 1782 après avoir travaillé à la manufacture de Vincennes. En 1783, il reprend la petite manufacture fondée en 1780 par Lemaire rue Popincourt, puis s’établit, avant son mariage en 1789, rue des Amandiers-Popincourt, où la manufacture demeure jusqu’à sa fermeture définitive en 1835.
Dès 1798, quinze ans après sa création, la manufacture est citée comme l’une des plus importantes de Paris. À l’Exposition des produits de l’industrie de 1806, une médaille d’argent récompense les bustes de l’Empereur et de l’Impératrice ainsi que deux vases de 1,50 m de haut ornés de bas-reliefs ; le jury tient alors l’établissement pour le plus considérable de la capitale. En 1807, la Préfecture de police y dénombre 83 ouvriers pour une production annuelle évaluée à 200 000 francs. Nast s’entoure des meilleurs collaborateurs : les sculpteurs Pajou et Boizot, le peintre Schilt, les chimistes Cadet de Vaux et Vauquelin, ce dernier assurant la direction du laboratoire jusqu’en 1828. La blancheur de la pâte, la richesse des couleurs et le soin des dorures font sa réputation. Cette recherche de perfectionnement aboutit aux deux brevets de 1810, l’un pour un procédé mécanique de bordures en relief (décor à la molette), l’autre pour une pâte spéciale destinée à ces bordures ainsi qu’aux médaillons et figures en relief ; les pièces qui en sont issues portent généralement la marque « Nast par brevet d’invention ».
Le témoignage de Prudhomme, dans son Miroir historique de 1807, rend compte de l’étendue de cette production : « on trouve dans ses immenses magasins toute sorte de vaisselle, biscuits, pendules, vases, assiettes, soupières, etc., à des prix modérés et dans les plus hauts prix ». Il distingue trois magasins : « le premier est la porcelaine naturelle, sans ornement, à des prix très modérés ; le second, la porcelaine dorée ; et le troisième, la porcelaine dorée avec des peintures et sculptures magnifiques ». D’après le même témoignage, les assiettes s’y vendent de 2 à 500 francs la pièce. Cette amplitude souligne la diversité des qualités proposées et la valeur que pouvait atteindre le travail des peintres et des doreurs.
La clientèle de Nast dépasse largement les frontières : un service est livré en 1806 au président des États-Unis James Madison ; Ferdinand VII d’Espagne en commande un autre, aux formes sculptées rehaussées d’or mat et de fond pourpre, à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Bragance en 1816.
UN RÉPERTOIRE DE LA PORCELAINE PARISIENNE
La singularité de cet ensemble tient à la réunion de quatre-vingt-une assiettes dont aucune ne répète exactement le décor d’une autre. Scènes historiées, paysages, portraits et bouquets voisinent avec des silhouettes à l’antique, des animaux, les signes du zodiaque et des compositions purement ornementales, mosaïques, rinceaux, damiers, palmettes, arcatures, sur fonds blanc, colorés ou entièrement dorés.
Les inventaires dressés après les décès de Madame Nast en 1811 et de Jean Népomucène Nast en 1817, étudiés par Régine de Plinval de Guillebon, permettent de nommer plusieurs de ces décors dans les termes mêmes de la manufacture. À côté des fleurs et des paysages y figurent « jonquilles mates, fond vert mat sur or mat, fond jaune ou vert mat à figures », des « guirlandes de foin », des « mosaïques », des « bâtons rompus », des « décors or et noir » et, dès 1811, les « arcatures gothiques ». Les archives de la manufacture citent encore des « figures et animaux en or et mat » et « les douze signes du zodiaque en or », autant de décors que l’on retrouve précisément sur plusieurs assiettes du présent ensemble.
Un autre point de comparaison est offert par la plaque d’échantillons conservée au musée national Adrien-Dubouché à Limoges. Non marquée, datée du début du XIXe siècle et entrée au musée par don de la famille Nast, elle réunit 36 modèles de bordures dont plusieurs se retrouvent sur les marlis des présentes assiettes.
Sans établir une fonction originelle d’échantillons commerciaux pour ces assiettes, ce rapprochement invite à les regarder comme un album de modèles.
Fondée sous l’Ancien Régime, la manufacture de Nast compte parmi les établissements parisiens qui traversent la Révolution et connaissent un nouvel essor sous le Consulat et l’Empire. Né en Styrie en 1754, Jean Népomucène Hermann Nast arrive à Paris vers 1782 après avoir travaillé à la manufacture de Vincennes. En 1783, il reprend la petite manufacture fondée en 1780 par Lemaire rue Popincourt, puis s’établit, avant son mariage en 1789, rue des Amandiers-Popincourt, où la manufacture demeure jusqu’à sa fermeture définitive en 1835.
Dès 1798, quinze ans après sa création, la manufacture est citée comme l’une des plus importantes de Paris. À l’Exposition des produits de l’industrie de 1806, une médaille d’argent récompense les bustes de l’Empereur et de l’Impératrice ainsi que deux vases de 1,50 m de haut ornés de bas-reliefs ; le jury tient alors l’établissement pour le plus considérable de la capitale. En 1807, la Préfecture de police y dénombre 83 ouvriers pour une production annuelle évaluée à 200 000 francs. Nast s’entoure des meilleurs collaborateurs : les sculpteurs Pajou et Boizot, le peintre Schilt, les chimistes Cadet de Vaux et Vauquelin, ce dernier assurant la direction du laboratoire jusqu’en 1828. La blancheur de la pâte, la richesse des couleurs et le soin des dorures font sa réputation. Cette recherche de perfectionnement aboutit aux deux brevets de 1810, l’un pour un procédé mécanique de bordures en relief (décor à la molette), l’autre pour une pâte spéciale destinée à ces bordures ainsi qu’aux médaillons et figures en relief ; les pièces qui en sont issues portent généralement la marque « Nast par brevet d’invention ».
Le témoignage de Prudhomme, dans son Miroir historique de 1807, rend compte de l’étendue de cette production : « on trouve dans ses immenses magasins toute sorte de vaisselle, biscuits, pendules, vases, assiettes, soupières, etc., à des prix modérés et dans les plus hauts prix ». Il distingue trois magasins : « le premier est la porcelaine naturelle, sans ornement, à des prix très modérés ; le second, la porcelaine dorée ; et le troisième, la porcelaine dorée avec des peintures et sculptures magnifiques ». D’après le même témoignage, les assiettes s’y vendent de 2 à 500 francs la pièce. Cette amplitude souligne la diversité des qualités proposées et la valeur que pouvait atteindre le travail des peintres et des doreurs.
La clientèle de Nast dépasse largement les frontières : un service est livré en 1806 au président des États-Unis James Madison ; Ferdinand VII d’Espagne en commande un autre, aux formes sculptées rehaussées d’or mat et de fond pourpre, à l’occasion de son mariage avec Isabelle de Bragance en 1816.
UN RÉPERTOIRE DE LA PORCELAINE PARISIENNE
La singularité de cet ensemble tient à la réunion de quatre-vingt-une assiettes dont aucune ne répète exactement le décor d’une autre. Scènes historiées, paysages, portraits et bouquets voisinent avec des silhouettes à l’antique, des animaux, les signes du zodiaque et des compositions purement ornementales, mosaïques, rinceaux, damiers, palmettes, arcatures, sur fonds blanc, colorés ou entièrement dorés.
Les inventaires dressés après les décès de Madame Nast en 1811 et de Jean Népomucène Nast en 1817, étudiés par Régine de Plinval de Guillebon, permettent de nommer plusieurs de ces décors dans les termes mêmes de la manufacture. À côté des fleurs et des paysages y figurent « jonquilles mates, fond vert mat sur or mat, fond jaune ou vert mat à figures », des « guirlandes de foin », des « mosaïques », des « bâtons rompus », des « décors or et noir » et, dès 1811, les « arcatures gothiques ». Les archives de la manufacture citent encore des « figures et animaux en or et mat » et « les douze signes du zodiaque en or », autant de décors que l’on retrouve précisément sur plusieurs assiettes du présent ensemble.
Un autre point de comparaison est offert par la plaque d’échantillons conservée au musée national Adrien-Dubouché à Limoges. Non marquée, datée du début du XIXe siècle et entrée au musée par don de la famille Nast, elle réunit 36 modèles de bordures dont plusieurs se retrouvent sur les marlis des présentes assiettes.
Sans établir une fonction originelle d’échantillons commerciaux pour ces assiettes, ce rapprochement invite à les regarder comme un album de modèles.
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