AIGUIÈRE OU BIBERON EN ARGENT D'ÉPOQUE LOUIS XIV
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AIGUIÈRE OU BIBERON EN ARGENT D'ÉPOQUE LOUIS XIV

PAR PHILIPPE-AUGUSTE BOURSIN, PARIS, 1681

Details
AIGUIÈRE OU BIBERON EN ARGENT D'ÉPOQUE LOUIS XIV
PAR PHILIPPE-AUGUSTE BOURSIN, PARIS, 1681
De forme balustre, sur piédouche uni, la panse appliquée de larges godrons sous une ceinture unie, gravée au-dessus d'armoiries sous heaume de chevalier, le long bec à facettes, l'anse en double enroulement, le couvercle à charnière avec prise balustre sur terrasse de feuilles de persil, poinçons sur le fond, sur le col, le bec verseur, sur l'anse, dans le couvercle, sur le bord supérieur et dans le col: maître-orfèvre; sur le corps: charge, lettre-date (M) et maître-orfèvre; sur l'anse et sur le piédouche (trace); décharge
H. 19 cm. (7 ½ in.)
640 gr. (20 oz. 11 dwt.)
Les armoiries sont celles de la famille de Mallet de Lussart (Malet de Lussart ou du Luzart) pour Jean Antoine Robert Mallet ( ?-1704), seigneur de Noisiel (Seine et Marne), conseiller au Parlement de Paris et dont le père Yves était secrétaire du Roi et fermier général.
Provenance
Jean Antoine Robert Mallet, Normandie (?-1704) ;
Collection Peñard y Fernandez, Vente au Palais Galliéra, Me E. Ader, Paris, 7 décembre 1960, lot 46 ;
Acquis au cours de celle-ci par Doña Graziella Patiño de Ortiz Linares (1900-1980) et Son Excellence Don Jorge Ortiz Linares (1894-1965) ;
Puis par descendance.
Further details
A LOUIS XIV SILVER EWER OR 'BIBERON'
MARK OF PHILIPPE-AUGUSTE BOURSIN, PARIS, 1681

On spreading foot, the vase shaped body applied on the lower part with vertical lobes, a facetted spout and a scrolling handle, the hinged cover applied with a baluster finial on a calyx of cut-card work of parsley leaves, engraved in centre with a coat-of-arms in foliate mantel and knight's helm above, marked underneath, on collar, spout, handle, in cover, on upper rim and inside the collar: maker; on body: charge, date-letter (M) and maker; on handle and foot-rim: decharge

The arms are those of the de Mallet de Lussart (Malet de Lussart ou du Luzart) for Jean Antoine Robert Mallet ( ?-1704), seigneur de Noisiel (Seine-et-Marne).

Philippe Auguste Boursin belonged to a dynasty of Parisian goldsmiths, Protestant by faith. Many family members fled to London to escape the growing religious persecution that culminated in the Revocation of the Edict of Nantes in 1685, while those who remained in France publicly embraced Catholicism. His father, Guillaume Boursin, was born at Saint-Séverin in the Charente before settling in Paris, where he was admitted as a master goldsmith in 1624 under the sponsorship of his uncle, Jean Boursin.
Following his father's death, Philippe Auguste was received as a master goldsmith in 1663. This ewer is marked with his second hallmark entered in 1680 (see M. Bimbenet-Privat, Les Orfèvres et l'orfèvrerie de Paris au XVIIe siècle, vol. I, Paris, 2002, p. 265). Unfortunately, as is the case for many Parisian goldsmiths of this period, no other surviving work by Philippe Auguste Boursin is currently known.
This ewer remains intriguing as its function is uncertain whether it is a ewer, a cruet or a feeding vessel (biberon). Its shape is reminiscent of Venetian Renaissance ewers and cruets with its fluted body, elongated neck and exceptionally long spout. In French silver, it resembles the celebrated feeding vessel from the Hôtel-Dieu of Reims, dating to about 1540 and now in the Musée du Louvre in Paris (inv. OA 9420, gift of Mr and Mrs David David-Weill). Michèle Bimbenet-Privat in the Louvre catalogue describes this object as either a ewer or a buire and questions its precise function, drawing upon documentary sources from the late Middle Ages and the sixteenth century. Indeed these sources describe ewers converted into feeding vessels by the addition of a long spout, known as a 'serpent' to enable administering medicinal preparations to bedridden patients, explaining why such vessels became known as 'biberons de malade', or invalids' feeding vessels. (see M. Bimbenet-Privat, F. Doux, C. Gougeon, Orfèvrerie de la Renaissance et des Temps Modernes XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 2022, p. 92).

Although the Ortiz ewer has the same distinctive elongated spout, its overall baluster form and lobed ornaments are closely related to the Medici vases illustrated in Charles Errard's 'Recueil de Divers Vases Antiques' (c. 1606–1689). Published around 1680, these designs had a profound influence on contemporary goldsmiths. Boursin's choice of this fashionable shape is therefore entirely consistent with the decorative taste of the period. Nevertheless, the composition betrays a degree of experimentation, notably in the juxtaposition of the parsley-leaf ornament on the cover with the unusually long, slender spout.

For a work of this period, the ewer is also exceptionally well hallmarked, on all of its parts, almost suggesting that the object could have been altered or updated by the goldsmith himself to suit a commission. However it is worth remembering here that Boursin's father had been convicted on several occasions for offences relating to the legal silver standard (see M. Bimbenet-Privat, op. cit., 2002, vol. I, pp. 263–264). It is therefore conceivable that his son exercised particular care in ensuring the thorough hallmarking of his own work.

This remarkable object is one of the rare surviving examples of French domestic silver from a period during which so much precious metal was melted down to finance the wars of Louis XIV.

Présenté par

Paul Gallois
Paul Gallois Head of European Furniture, EMEA

Descriptif du lot

Philippe Auguste Boursin appartient à une dynastie d'orfèvres active à Paris. La famille est de confession protestante, de sorte que beaucoup de ses membres vont se réfugier à Londres pour fuir la persécution grandissante qui culminera par la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 ; ceux qui restent en France s’affichent dès lors catholiques. Son père Guillaume Boursin est natif de Saint-Séverin en Charente avant de venir s'installer à Paris pour devenir maître-orfèvre cautionné par son oncle Jean Boursin en 1624.
Philippe Auguste devient lui maître-orfèvre en 1663 après le décès de son père. Son premier poinçon décrit comme ‘fleur de lys couronnée, deux grains, un P, un I et un B avec une bourse' est remplacé en 1680 conformément au règlement de décembre 1679 par un nouveau poinçon 'fleur de lys couronnée, deux grains, une bourse au-dessus d'un P et un B' qui est celui qui figure sur cette aiguière. (cf. M. Bimbenet-Privat, Les Orfèvres et l'orfèvrerie de Paris au XVIIe siècle, Tome 1, Paris, 2002, p. 265). Comme malheureusement pour beaucoup d'orfèvres de cette période, il ne reste aucun autre objet connu pour ce maître-orfèvre hormis cette aiguière.

Aiguière, buire, burette ou biberon
Esthétiquement cet objet s'apparente avec ce corps cannelé, ce long col et ce long bec verseur, aux burettes vénitiennes de la Renaissance. Pourtant en orfèvrerie, il ne se trouve vraiment aucun comparable sinon le biberon provenant de l'Hôtel-Dieu de Reims daté de vers 1540 et conservé aujourd’hui au Musée du Louvre (OA9420, don de M. et Mme David David-Weill). Dans le catalogue de la Collection du Musée du Louvre, Michèle Bimbenet-Privat le décrit comme une aiguière ou une buire et questionne son usage en se référant aux documents de la fin du Moyen Age et du XVIe siècle, qui évoquent ces aiguières souvent transformées en biberon par l'ajout de ce long bec appelé "serpent" qui permettait d'administrer des potions aux malades alités d'où le nom de biberon de malade (voir M. Bimbenet-Privat; F. Doux; C. Gougeon, Orfèvrerie de la Renaissance et des Temps Modernes XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. La collection du Musée du Louvre, 3 vol., Paris, 2022, p. 92).
Pourtant sa silhouette balustre décorée de larges côtes verticales s'apparente surtout aux vases dits 'de forme Médicis' illustrés dans le Recueil de Divers Vases Antiques de Charles Errard (vers 1606-1689), publié vers 1680, et qui ont largement inspiré les orfèvres de l'époque. C'est donc logique que Boursin opte pour cette forme à la mode pour son aiguière même si on sent une certaine hésitation dans la composition, avec ce couvercle décoré de feuilles de persil et ce long bec étroit.
Pour l'époque, cette aiguière est aussi inhabituellement très bien poinçonnée sur toutes les parties, suggérant presque que l'objet aurait pu être « amélioré » par l'orfèvre lui-même peut-être pour accommoder une commande. Rappelons quand même que le père de Boursin a été plusieurs fois condamné pour faute de titre (cf. op. cit. Bimbenet-Privat, 2002, Tome 1, p. 263 et 264) ce qui pourrait expliquer que son fils fasse preuve de zèle dans son poinçonnage.

Cet objet à la fois délicat et élégant est en fin de compte un des rares témoignages d’orfèvrerie domestique d'une période où les objets ayant survécu sont rares, fondus pour financer les guerres de Louis XIV et dont on connaît finalement mal l'esthétique.

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