ÉCOLE BRUXELLOISE, 1506
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ÉCOLE BRUXELLOISE, 1506

Saint Jean l'Évangéliste ; La Croix Vivante ; Le Donateur en prière

Details
ÉCOLE BRUXELLOISE, 1506
Saint Jean l'Évangéliste ; La Croix Vivante ; Le Donateur en prière
inscrit 'aetatis mee lvi' (sous le volet droit) et daté '1506' (sous le panneau central)
huile sur panneaux formant triptyque, dans un cadre engagé
triptyque ouvert : 56,7 x 66,6 cm (22 1⁄3 x 16 ¼ in.)
triptyque fermé : 56,7 x 38,3 cm (22 1⁄3 x 15 1⁄16 in.)
Provenance
Vente anonyme, Christie's, Londres, 14 décembre 1990, lot 256 (comme école de Bruges vers 1510).
Acquis par le père de l'actuel propriétaire ;
Puis par descendance dans la famille, France.
Further details
BRUSSELS SCHOOL, 1506, SAINT JOHN THE EVANGELIST; THE LIVING CROSS; THE DONOR IN PRAYER, OIL ON PANEL FORMING A TRIPTYCH, IN AN ENGAGED FRAME, INSCRIBED (UNDER THE RIGHT WING) AND DATED (UNDER THE CENTRAL PANEL)

The present triptych unfolds the iconographic program of the Living Cross, a Eucharistic allegory of which almost all surviving examples are mural paintings (A. Timmermann, 'The Avenging Crucifix: Some Observations on the Iconography of the Living Cross,' Gesta, 2001, 40, II, p. 143). Examples on panel therefore constitute a notable exception within the tradition of the genre, and suggest the work’s distinctive devotional purpose.

The monumental Cross rises before a vivid red cloth of honour, a colour signifying both the blood that was shed and liturgical glory. The crucified Christ occupies its absolute centre, crowned with thorns, his head slightly inclined. In the canonical definition of the type, four hands emerge from the arms and shaft of the Cross: the right hand blesses or crowns Ecclesia, the left hand pierces Synagoga with a weapon, the upper hand opens the gates of Heaven, and the lower hand destroys Hell (ibid., p. 141).

At the foot of the Cross, two clerics in liturgical vestments celebrate Mass: this substitution of the allegorical figure of Ecclesia by a priest officiating is characteristic of the later versions of the type. It appears precisely in the panel by Hans Fries (1465-1523), preserved in the Musée d’Art et d’Histoire of Fribourg (inv. MAHF 7957), likewise dated 1506, where Timmermann notes that this choice refers to the insistence of the Chrurch post Lateran IV that only an ordained priest can confer sacramental reality upon the Eucharistic elements (ibid., p. 146). The Church that triumphs here is not that of the saints: it is that of the priesthood in action.

To the right, at the foot of the Cross, a gilded statuette on a column forms a counterpart to the Christian altar. In later versions of the type, the defeat of Synagoga is sometimes accompanied by the fall of an idol, thus associating idolatry with rejection of the Old Law (ibid., p. 154): the statue in our painting belongs to this same logic, setting before the Eucharistic sacrifice the inert and vain image of an obsolete cult.
The lower register, populated by tormented bodies and demonic creatures, represents the defeat of the enemies of the Church, the functional equivalent of the lower hand of the Lebendes Kreuz, which in canonical examples shatters the gates of Hell or destroys Death (ibid., p. 141).

The side panels articulate the central program according to a devotional symmetry. On the left, Saint John the Evangelist, clad in vivid red, stands to Christ’s right side, that of grace, that of Ecclesia. Witness to the Passion and voice of the Apocalypse, his presence is not ornamental: he is the textual and visual guarantor of everything the central panel proclaims. On the right, the donor, in a white robe, kneeling in prayer before an open book on a prie-dieu, is integrated into the very structure of the image. His symmetrical position opposite Saint John places him too on the side of grace. The inclusion of devout figures alongside the Living Cross is consistent with the function of the genre: Timmermann recalls that such images offered centres of Eucharistic devotion to their patrons (ibid, p. 155). This triptych thus binds the spiritual destiny of its commissioner to Christ’s victory over His enemies; it is at once a theological program and an act of private devotion.

The most revealing parallel for situating the work within the long history of the iconography is the Croce Vivente of Ferrara by Sebastiano Filippi, called Bastianino (1528-1602) (fig. 1, Gemäldegalerie, Berlin, inv. 2028597), painted for the church of Santa Caterina Martire in Ferrara around 1565-1570, to which the Berlin institution devoted an exhibition in 2021 (Bastianino: The Living Cross of Ferrara. The Restoration of a Forgotten Altarpiece, 13 April-12 September 2021). The two works share the same argumentative framework: Ecclesia on the side of grace, Synagoga defeated on the other, and the Eucharistic act staged at the foot of the Crucifix.

Our triptych belongs to the northern visual culture of the turn of the Fifteenth and Sixteenth centuries, a moment when repeated challenges to the sacramental supremacy of the Roman Church, of which Hussite demands had been the most violent manifestation, continued to fuel reflection on the legitimacy of the priesthood and the centrality of the Eucharist (ibid, pp. 152-155). This is precisely what the replacement of Ecclesia by a priest celebrating Mass asserts in the present painting: in 1506, on the eve of the Reformation, the argument had lost none of its urgency. Bastianino, half a century later, reactivated the same program in a Mannerist idiom and in the service of the post-Tridentine Catholic Reformation. That the same argument could traverse two centuries and two radically different visual languages without losing any of its force is perhaps the most eloquent sign of the rhetorical strength of the iconography of the Living Cross.

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Olivia Ghosh
Olivia Ghosh Specialist

Lot Essay

Le présent triptyque déploie le programme iconographique de la Croix Vivante, cette allégorie eucharistique dont la quasi-totalité des exemples conservés sont des peintures murales (A. Timmermann, ‘The Avenging Crucifix : Some Observations on the Iconography of the Living Cross’, Gesta, 2001, 40, II, p. 143). Les exemples sur panneau constituent donc une particularité notable dans la tradition du genre – et déjà un indice de la destination dévotionnelle singulière de l'œuvre.

La croix monumentale se dresse devant un drap d'honneur rouge vif, couleur du sang versé et de la gloire liturgique tout à la fois. Le Christ crucifié en occupe le centre absolu, couronné d'épines, la tête légèrement inclinée. Dans la définition canonique du genre, quatre mains émergent des bras et du montant de la croix : la main droite bénit ou couronne Ecclesia, la main gauche perce Synagoga d'une arme, la main supérieure ouvre les portes du ciel et la main inférieure détruit l'enfer (ibid, p. 141).

Au pied de la croix, deux clercs en habits liturgiques célèbrent la messe : cette substitution de la figure allégorique d'Ecclesia par un prêtre célébrant est caractéristique des versions tardives du genre. On la retrouve précisément dans le panneau de Hans Fries (1465-1523) conservé au Musée d'Art et d'Histoire de Fribourg (inv. MAHF 7957) datant également de 1506, où Timmermann souligne que ce choix renvoie à l'insistance des conciles depuis Latran IV sur le fait que seul le prêtre ordonné peut conférer la réalité sacramentelle aux espèces eucharistiques (ibid, p. 146). L'Église qui triomphe ici n'est pas celle des saints : c'est celle du sacerdoce en exercice. À droite, au pied de la croix, une statuette dorée sur colonne fait pendant à l'autel chrétien. Dans les versions tardives du genre, la défaite de Synagoga s'accompagne parfois de la chute d'une idole, associant ainsi idolâtrie et rejet de l'Ancienne Loi (ibid, p. 154) : la statue de notre tableau s'inscrit dans cette même logique, dressant face au sacrifice eucharistique l'image inerte et vaine d'un culte révolu.

Le registre inférieur, peuplé de corps tourmentés et de créatures démoniaques, figure quant à lui la défaite des ennemis de l'Église – équivalent fonctionnel de la main inférieure du Lebendes Kreuz qui, dans les exemples canoniques, brise les portes de l'enfer ou détruit la mort (ibid, p. 141).

Les panneaux latéraux articulent le programme central selon une symétrie dévotionnelle. À gauche, saint Jean l'Évangéliste, vêtu de rouge vif, occupe le côté droit du Christ – celui de la grâce, celui d'Ecclesia. Témoin de la Passion et voix de l'Apocalypse, sa présence n'est pas ornementale : il est le garant textuel et visuel de tout ce que le panneau central affirme. À droite, le donateur – en robe blanche, agenouillé en prière devant un livre ouvert sur un prie-Dieu — est intégré au dispositif même de l'image. Sa position symétrique à celle de saint Jean le place, lui aussi, du côté de la grâce. L'inclusion de figures dévotes aux côtés de la Croix Vivante est cohérente avec la fonction du genre : Timmermann rappelle que ces images offraient des foyers de dévotion eucharistique à leurs commanditaires (ibid, p. 155). Ce triptyque lie ainsi le destin spirituel de son commanditaire à la victoire du Christ sur ses ennemis – il est à la fois programme théologique et acte de dévotion privée.

La parenté la plus révélatrice pour situer l'œuvre dans la longue durée de l'iconographie est la Croce Vivente de Ferrare de Sebastiano Filippi dit Bastianino (1528-1602) (fig. 1, Gemäldegalerie, Berlin, inv. 2028597), peinte pour la chiesa di Santa Caterina Martire à Ferrare vers 1565-1570, à laquelle l'institution berlinoise a consacré une exposition en 2021 (Bastianino: The Living Cross of Ferrara. The Restoration of a Forgotten Altarpiece, 13 avril-12 septembre 2021). Les deux œuvres partagent la même ossature argumentative : Ecclesia du côté de la grâce, Synagoga vaincue de l'autre, acte eucharistique mis en scène au pied du Crucifié.

Notre triptyque s'inscrit dans la culture visuelle nordique du tournant des XVe et XVIe siècles, moment où les contestations répétées de la suprématie sacramentelle de l'Église romaine – dont les revendications hussites avaient été la manifestation la plus violente — continuaient d'alimenter une réflexion sur la légitimité du sacerdoce et la centralité de l'Eucharistie (ibid, pp. 152-155). C'est précisément ce que le remplacement d'Ecclesia par un prêtre célébrant vient affirmer dans notre tableau : en 1506, à la veille de la Réforme, l'argument n'a rien perdu de son urgence. Le Bastianino, un demi-siècle plus tard, réactive ce même programme dans un idiome maniériste et au service de la Réforme catholique post-tridentine. Que le même argument ait pu traverser deux siècles et deux langues visuelles radicalement différentes sans rien perdre de sa force est peut-être le signe le plus éloquent de la solidité rhétorique de l'iconographie de la Croix Vivante.

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