Gustave Le Gray (1820-1884)
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Gustave Le Gray (1820-1884)

Sans titre (Forêt de Fontainebleau), vers 1849-1852

Details
Gustave Le Gray (1820-1884)
Sans titre (Forêt de Fontainebleau), vers 1849-1852
épreuve sur papier salé, d'après un négatif papier ciré sec, contrecollée sur support cartonné
signé "Gustave Le Gray" à l'encre noire (image, recto) ; titré "étude de chêne" et numéroté "4" (?) à l'encre brune de la main du photographe, tampon à l'encre rouge en forme de croix (montage, recto)
image/feuille : 23 x 26 cm. (9 x 10 ¼ in.)
montage : 47.4 x 61.5 cm. (18 5⁄8 x 24 ¼ in.)

salted paper print, from a dry waxed paper negative, mounted on card
signed "Gustave Le Gray" in black ink (image, recto); titled "étude de chêne" and numbered "4" (?) in brown ink by the photographer, stamped cross in red ink (mount, recto)
Provenance
Collection Roger Therond, Paris

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

Formé à la peinture dans l’atelier de Paul Delaroche, Gustave Le Gray transpose très tôt dans la photographie la sensibilité et les principes de composition hérités de son apprentissage. Dès 1849, il fait de la forêt de Fontainebleau son terrain d’expérimentation, qu’il parcourt probablement en compagnie d’Henri Le Secq, son condisciple chez Delaroche puis élève. Ses images témoignent d’une conception résolument picturale du paysage, où l’observation de la nature nourrit une véritable réflexion sur les possibilités expressives du médium photographique.

Au milieu du XIXe siècle, Fontainebleau constitue un foyer majeur de la création artistique. Les peintres de l’École de Barbizon, parmi lesquels Théodore Rousseau, Jean-Baptiste Camille Corot ou Charles-François Daubigny, y viennent étudier les effets de la lumière et les formes de la végétation. Le Gray partage cette même attention portée à la nature, mais substitue au pinceau l’objectif photographique. À l’occasion de deux longs séjours, le premier en 1852, le second entre 1855 et 1857, Le Gray isole arbres et sous-bois dans des compositions d’une grande rigueur, où la précision documentaire se conjugue à une véritable ambition esthétique.

L’invention du négatif sur papier ciré sec, qu’il met au point en 1851, lui permet d’obtenir une grande finesse dans le rendu de la végétation, tout en préservant le léger flou caractéristique du support. Le Gray se concentre également sur les effets visuels produits par les contrastes d’ombre et de lumière sur les troncs et les feuillages, lesquels deviennent le cœur même de sa recherche plastique.

Cette photographie est produite à un moment décisif, tant pour l’histoire de l’art que pour celle de la forêt de Fontainebleau. Au même moment, Théodore Rousseau et le critique Alfred Sensier luttent pour la préservation de cette nature, qu’ils souhaitent garder intacte. En 1853, leurs démarches aboutissent à la création d’une « réserve artistique », première mesure de protection d’un site naturel motivée par sa valeur esthétique. Les vues de Le Gray prennent ainsi place dans un contexte où le paysage devient, pour la première fois, un patrimoine à préserver autant qu’un sujet iconographique.

Trained as a painter in the studio of Paul Delaroche, Gustave Le Gray very early on transposed into photography the sensibility and compositional principles inherited from his artistic education. Beginning in 1849, he made the Forest of Fontainebleau his field of experimentation, exploring it probably in the company of Henri Le Secq, a fellow student of Delaroche and later his pupil. His images reveal a decidedly pictorial conception of landscape, in which the observation of nature nourishes a genuine reflection on the expressive possibilities of the photographic medium.

In the mid-nineteenth century, Fontainebleau was a major center of artistic creation. The painters of the Barbizon School, including Théodore Rousseau, Jean-Baptiste Camille Corot, and Charles-François Daubigny, came there to study the effects of light and the forms of vegetation. Le Gray shared this same attention to nature, but substituted the photographic lens for the painter’s brush. During two extended stays, the first in 1852 and the second between 1855 and 1857, Le Gray isolated trees and undergrowth in compositions of great rigor, where documentary precision is combined with genuine aesthetic ambition.

The invention of the waxed paper negative process, which he developed in 1851, enabled him to achieve great refinement in the rendering of vegetation while preserving the slight softness characteristic of the support. Le Gray also focused on the visual effects produced by the contrasts of shadow and light across trunks and foliage, which became the very core of his artistic investigation.

This photograph was produced at a decisive moment, both in the history of art and in that of the Forest of Fontainebleau. At the same time, Théodore Rousseau and the critic Alfred Sensier were fighting to preserve this natural environment, which they wished to keep intact. In 1853, their efforts led to the creation of an “artistic reserve,” the first measure protecting a natural site on the basis of its aesthetic value. Le Gray’s views thus belong to a context in which landscape became, for the first time, a heritage worthy of preservation as much as an iconographic subject.

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