Eugène Cuvelier (1837-1900)
Eugène Cuvelier (1837-1900)
Eugène Cuvelier (1837-1900)
1 More
Eugène Cuvelier (1837-1900)
4 More
Eugène Cuvelier (1837-1900)

La Charrue, vers 1860

Details
Eugène Cuvelier (1837-1900)
La Charrue, vers 1860
épreuve sur papier salé, d'après un négatif papier, contrecollée sur support cartonné
numéroté "N. 171" au crayon (image, recto)
image/feuille : 19.8 x 25.8 cm. (7 ¾ x 10 1⁄8 in.)
montage : 42.5 x 52.2 cm. (16 ¾ x 20 ½ in.)

salted paper print, from a paper negative, mounted on card
numbered "N. 171" in pencil (image, recto)
Provenance
Collection Roger Therond, Paris
Exhibited
New York, The Metropolitan Museum of Art (octobre-janvier), Stuttgart, Graphischen Sammlung der Staatsgalerie (mars-mai) et Paris, Musée d'Orsay (juin-août), Eugène Cuvelier (1837-1900), photographe de la forêt de Fontainebleau, 1996-1997, n° 171 (reproduit au catalogue d'exposition p. 118 et p. 134)
Paris, Maison européenne de la photographie, Une passion française : photographies de la collection Roger Therond, octobre 1999-janvier 2000, n° 83 (reproduit au catalogue d'exposition pp. 132-133 et p. 325)

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

Au sein de la collection Roger Therond, l’œuvre de Cuvelier se distingue par la qualité remarquable des tirages présentés. Réunissant six images, cet ensemble illustre avec une grande exigence formelle la diversité de son œuvre : de la nature morte au lièvre (Evening Sale, Lot 11) à cette scène rurale (Evening Sale, Lot 15), jusqu’aux trois vues de la forêt de Fontainebleau (Evening Sale, Lot 22 ; Day Sale, Lots 125 et 126), chacune révélant une maîtrise sensible de la lumière et des textures.

Au milieu du XIXe siècle, un tournant majeur s’opère en France avec l’émergence du réalisme et du naturalisme. Le monde tel qu'il est devient maître-mot. Dès les années 1830, un groupe de peintres, parmi lesquels Théodore Rousseau, Jean-François Millet et Jean-Baptiste Camille Corot, s’affranchit des conventions académiques, quitte l’atelier pour travailler directement sur le motif, au plus près de la nature. Installés à Barbizon, ils s’attachent à retranscrire avec sincérité les paysages qui les entourent.

Peintre de formation, Eugène Cuvelier découvre la photographie auprès de son père, Adalbert Cuvelier, connu pour avoir transmis la technique du cliché-verre à Corot. Par l'intermédiaire de celui-ci, il découvre la forêt de Fontainebleau et se lie d'amitié avec Théodore Rousseau et Jean-François Millet. En 1859, il épouse Louise Ganne, fille du célèbre aubergiste qui accueille les artistes de l'École de Barbizon ; Corot est son témoin de mariage, tandis que Millet et Rousseau en sont les garçons d'honneur. Cette proximité avec les peintres nourrit profondément sa sensibilité artistique. Cuvelier abandonne pinceaux et crayons au profit de l'objectif.

Il arpente inlassablement la forêt de Fontainebleau et ses lisières dont il acquiert une connaissance intime, observant avec une attention exceptionnelle les variations de la lumière, les saisons et les points de vue. En choisissant des cadrages inédits, il renouvelle profondément la représentation du paysage sans jamais chercher l'effet spectaculaire, il révèle la poésie d'une nature ordinaire, sublimant chaque contour et chaque détail. Moderniste avant l'heure, sa démarche consiste à faire émerger la beauté du réel grâce à une observation patiente et à une maîtrise technique remarquable, à une époque où le photographe prépare lui-même ses négatifs et expérimente les possibilités du tirage positif.

Avec La Charrue, Cuvelier propose l’une des images les plus emblématiques de sa photographie de paysage. Son regard quitte ici la forêt pour se porter sur le paysage agricole. Au centre de l’image, une charrue émerge d’une étendue de paille qui semble presque l’engloutir.

Cuvelier pose sur ce motif la même intensité de regard que sur la nature sauvage : par le cadrage, il isole un élément du réel pour l’investir d’une force symbolique. Aux fougères de la forêt, exaltant la puissance de la nature, répond ici la charrue, évocation silencieuse de la puissance du travail humain.

La composition est entièrement dominée par les lignes de la charrue qui structurent l’image et entraînent le regard à travers un espace presque entièrement recouvert de paille. La nature apparaît ici travaillée, lentement façonnée par l’activité humaine, mais sans théâtralité : la pelle et la charrue semblent dialoguer en silence. En éliminant toute présence humaine, le photographe suspend le temps et élève un simple outil de travail en un puissant symbole du labeur de la terre.

Réservées à un petit cercle d'initiés, notamment aux artistes de Barbizon qui les admiraient, les photographies de Cuvelier furent rarement exposées de son vivant et ses images longtemps restées largement inédites. L'exposition « Eugène Cuvelier, Photographer in the Circle of Corot », organisée en 1996 au Metropolitan Museum of Art de New York (puis au Musée d’Orsay, Paris et Staatsgalerie, Stuttgart en 1997), révéla au public une œuvre jusque-là connue d'un cercle restreint de spécialistes et d'amateurs du XIXe siècle. La rareté de ses tirages, qui ne subsistent ainsi qu’en un ou deux exemplaires, en souligne le caractère exceptionnel. Le seul autre tirage connu de cette photographie a été vendu chez Christie's en 1999.

« Vous avez dû voir Eugène Cuvelier ; il m'a montré des photographies très remarquables, prises dans son pays et dans la forêt. Les sujets sont choisis avec beaucoup de goût, et comprennent quelques-uns des plus beaux groupes d'arbres destinés à disparaître. » — Lettre de Jean-François Millet à Théodore Rousseau, 31 décembre 1861, citée dans Aaron Scharf, Art and Photography, Baltimore, 1974, p. 92.

Within the Roger Therond Collection, Cuvelier’s work stands out for the remarkable quality of the prints presented. Comprising five images, this group illustrates with great formal rigor the diversity of his oeuvre: from the still life with hare (Lot 11) to this rural scene (Evening Sale, Lot 15), and the three views of the Forest of Fontainebleau (Evening Sale, Lot 22; Day Sale, Lots 225 and 226), each revealing a sensitive mastery of light and texture.

During the mid-nineteenth century, a major turning point took place in France with the emergence of Realism and Naturalism. The world as it is became the guiding principle. Beginning in the 1830s, a group of painters, including Théodore Rousseau, Jean-François Millet, and Jean-Baptiste Camille Corot, broke away from academic conventions, left the studio behind, and worked directly from nature, in close contact with the landscape. Settling in Barbizon, they sought to render with sincerity the scenery that surrounded them.

Originally trained as a painter, Eugène Cuvelier discovered photography through his father, Adalbert Cuvelier, who is known for having introduced the cliché-verre technique to Corot. Through him, he discovered the Forest of Fontainebleau and became friends with Théodore Rousseau and Jean-François Millet. In 1859, he married Louise Ganne, daughter of the celebrated innkeeper who welcomed the artists of the Barbizon School; Corot served as his witness, while Millet and Rousseau were his groomsmen. This close relationship with painters profoundly shaped his artistic sensibility. Cuvelier abandoned brushes and pencils in favor of the camera.

He tirelessly roamed the Forest of Fontainebleau and its outskirts, acquiring an intimate knowledge of the area, while observing with exceptional attentiveness the variations of light, the changing seasons, and shifting viewpoints. By choosing unconventional compositions, he profoundly renewed the representation of landscape. Never seeking spectacular effects, he revealed the poetry of ordinary nature, elevating every contour and detail. A modernist ahead of his time, his approach consisted in bringing forth the beauty of reality through patient observation and remarkable technical mastery, at a time when photographers prepared their own negatives and experimented with the possibilities of the positive print.

With La Charrue, Cuvelier produced one of the most emblematic images of his landscape photography. Here, his gaze turns away from the forest toward the agricultural landscape. At the center of the image, a plow emerges from an expanse of straw that seems almost to engulf it.

Cuvelier approaches this subject with the same intensity of vision that he brought to wild nature: through framing, he isolates an element of reality and invests it with symbolic force. The ferns of the forest, exalting the power of nature, find their counterpart here in the plow, a silent evocation of the power of human labor.

The composition is entirely dominated by the lines of the plow, which structure the image and guide the eye through a space almost completely covered with straw. Nature appears here cultivated, slowly shaped by human activity, yet without theatricality: the spade and the plow seem to converse in silence. By eliminating all human presence, the photographer suspends time and elevates a simple working tool into a powerful symbol of labor upon the land.

Reserved for a small circle of initiates, notably the Barbizon artists who admired them, Cuvelier’s photographs were rarely exhibited during his lifetime, and his images remained largely unpublished for many years. The exhibition Eugène Cuvelier, Photographer in the Circle of Corot, organized in 1996 at the Metropolitan Museum of Art in New York (and subsequently shown at the Musée d’Orsay, Paris, and the Staatsgalerie, Stuttgart, in 1997), introduced to the public a body of work that had previously been known only to a limited circle of specialists and nineteenth-century photography enthusiasts. The rarity of his prints, which survive in only one or two examples, underscores their exceptional character. The only other known print of this photograph was sold at Christie’s in 1999.

“You must have seen Eugène Cuvelier; he showed me some very remarkable photographs, taken in his region and in the forest. The subjects are chosen with great taste and include some of the finest groups of trees destined to disappear.” — Letter from Jean-François Millet to Théodore Rousseau, December 31, 1861, quoted in Aaron Scharf, Art and Photography, Baltimore, 1974, p. 92.

More from Collection Roger Therond, une passion française - Evening sale

View All
View All