Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)
Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)
Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)
Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)
3 More
Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)

Nu féminin à l'oiseau, vers 1853

Details
Bruno Braquehais (1823-1874) et Laure Gouin-Braquehais (1829-1916)
Nu féminin à l'oiseau, vers 1853
daguerréotype stéréoscopique légèrement colorié
ensemble : 8 x 14 cm. (3 1⁄8 x 5 ½ in.)

lightly hand-colored stereoscopic daguerreotype
Provenance
Collection André Duchesne, Paris
Galerie Texbraun, Paris
Galerie baudoin lebon, Paris
Collection Roger Therond, Paris (acquis auprès de celle-ci en 1994)
Exhibited
Paris, Maison européenne de la photographie, Une passion française : photographies de la collection Roger Therond, octobre 1999-janvier 2000, n° 135 (reproduit au catalogue d'exposition p. 185 et p. 338)

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

Cette plaque s'inscrit dans la riche production de nus réalisée par Bruno Braquehais et son épouse, Laure Gouin.
Formé à l'Institut royal des Sourds-Muets de Paris, Bruno Braquehais exerce d'abord comme lithographe à Caen avant de rejoindre, en 1850, l'atelier parisien du daguerréotypiste Alexis Gouin, spécialiste reconnu du nu académique. Il y fait la connaissance de Laure Gouin, fille du photographe, qu'il épouse en 1856, année où le couple reprend officiellement la direction de l'atelier à la mort de Gouin. Braquehais y développe une production de portraits et de nus, d'abord au daguerréotype puis selon le procédé plus tardif du collodion, souvent présentée en stéréoscopie – un format donnant, une fois observé dans une visionneuse adaptée, une impression de relief. Cette production lui vaut une mention honorable à l'Exposition universelle de 1867. Sa notoriété posthume tient cependant à un tout autre corpus : ses quelque cent cinquante vues de la Commune de Paris en 1871, dont la chute de la colonne Vendôme, qui font de lui l'un des tout premiers photoreporters de l'histoire (voir lot 340).

Longtemps restée dans l’ombre, Laure Braquehais, formée à la colorisation par sa mère Marie Gouin et initiée à la photographie auprès de son père, ne se limite pas à la mise en couleur des plaques. Elle prend part aux séances de pose, singulièrement aux plus sensuelles, en rupture avec le regard masculin alors dominant : elle est l'une des très rares femmes de son temps, sinon la seule, à avoir dirigé des séances de nu. Elle œuvre également à la prise de vue maniant la chambre de son père qui livre deux vues sur une même plaque, tandis que son mari Bruno réalise deux clichés distincts ensuite réunis, pour former l’image stéréoscopique.

Cette vue stéréoscopique témoigne ainsi d’une pratique familiale et collaborative dont les contributions demeurent souvent indissociables.

Le modèle repose, abandonné, sous un voile de gaze épousant son corps avant de se perdre dans les dentelles et les fleurs au bas du cadre. Les accessoires, soigneusement disposés, et la présence d’un oiseau, l'inscrivent dans le répertoire de l'étude d'artiste, seul cadre alors toléré pour légitimer la représentation du nu. Mais la lumière douce donne à la scène un velouté presque onirique, où l'académie d'atelier s'efface devant une rêverie sensuelle. Suspendue au-dessus du modèle, une colombe semble s'échapper de l'ombre vers la lueur. Soudain, l'illusion opère : grâce au relief stéréoscopique, l'oiseau se détache du fond drapé comme saisi en plein vol.

This plate belongs to the rich body of nude studies produced by Bruno Braquehais and his wife, Laure Gouin.

Trained at the Royal Institution for Deaf-Mutes in Paris, Bruno Braquehais first worked as a lithographer in Caen before joining, in 1850, the Paris studio of the daguerreotypist Alexis Gouin, a recognized specialist in the academic nude. There he met Laure Gouin, the photographer’s daughter, whom he married in 1856, the year the couple officially took over the studio following Gouin’s death. Braquehais developed a production of portraits and nudes there, first as daguerreotypes and later using the collodion process, often presented in stereoscopic form, a format that, when viewed through a suitable stereoscope, creates an illusion of depth. This work earned him an honorable mention at the 1867 Exposition Universelle. His posthumous reputation, however, rests on an entirely different body of work: the approximately one hundred and fifty views he made of the Paris Commune in 1871, including the fall of the Vendôme Column, which established him as one of the very first photojournalists in history (see lot 340).

Long overshadowed, Laure Braquehais, trained in hand-coloring by her mother, Marie Gouin, and introduced to photography by her father, did far more than color photographic plates. She participated in posing sessions, particularly the more sensual ones, departing from the predominantly male gaze of the period: she was one of the very few women of her time, if not the only one, to have directed nude studies. She also took part in the photographic process itself, operating her father’s camera, which produced two views on a single plate, while her husband Bruno made two separate exposures that were subsequently paired to create the stereoscopic image.

This stereoscopic view thus bears witness to a family-based and collaborative practice whose respective contributions often remain inseparable.

The model reclines languidly beneath a gauze veil that clings to her body before dissolving into the lace and flowers at the bottom of the composition. The carefully arranged accessories, together with the presence of a bird, place the image within the tradition of the artist’s study, then the only acceptable framework for legitimizing the representation of the nude. Yet the soft light lends the scene an almost dreamlike velvety quality, in which academic studio practice gives way to sensual reverie. Suspended above the model, a dove appears to emerge from shadow into light. Then the illusion takes hold: thanks to the stereoscopic effect, the bird separates itself from the draped backdrop as though captured in mid-flight.

More from Collection Roger Therond, une passion française - Day sale

View All
View All