Alfred Sisley (1839-1899)
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Un Verger

Details
Alfred Sisley (1839-1899)
Un Verger
signé et daté ‘Sisley. 73.’ (en bas à droite)
huile sur toile
49.6 x 73.2 cm.
Peint en 1873

signed and dated ‘Sisley. 73.’ (lower right)
oil on canvas
19 ½ x 28 7⁄8 in.
Painted in 1873
Provenance
Galerie Durand-Ruel, Paris (acquis auprès de l’artiste le 27 juin 1873).
Par descendance au propriétaire actuel.
Literature
A. Sylvestre, « Chronique des Beaux-Arts, l’expositiondes révoltés » in L’Opinion nationale, Paris, 22 avril 1874.
L. Leroy, « L’Exposition des impressionnistes » in Charivari, 25 avril 1874.
E. Cardon, « Avant le Salon. L’exposition des révoltés » in La Presse, 29 avril 1874.
F. Daulte, Alfred Sisley, Catalogue raisonné de l’œuvre peint, Lausanne, 1959, no. 82 (illustré).
R. Berson, The New Painting: Impressionism: 1874-1886: Documentation, San Francisco, 1996, p. 13 et 29, no. I-164 (illustré).
S. Brame et F. Lorenceau, Alfred Sisley, Catalogue critique des peintures et des pastels, Paris, 2021, p. 73 et 420, no. 105 (illustré).
Exhibited
Paris, Atelier du photographe Nadar, 35 boulevard des Capucines, Exposition 1874 (Première exposition des Impressionnistes), avril-mai 1874, p. 31, no. 164.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Tableaux de Sisley, février-mars 1902, no. 30.
Saint-Pétersbourg, Exposition centennale de l’Art français, 1912, no. 164.
Paris, Galeries Durand-Ruel, Tableaux par Alfred Sisley, avril-mai 1914, p. 5, no. 40.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Exposition de tableaux par Sisley, janvier-février 1922, no. 4.
Paris, Galerie de la Gazette des Beaux-Arts, Naissance de l’Impressionnisme, 1937.
Paris, Galerie Durand-Ruel, Exposition Alfred Sisley, mai-septembre 1957, no. 9.
Berne, Kunstmuseum, Alfred Sisley, février-avril 1958, no. 18 (titré 'Le Verger').
Schaffhausen, Museum zu Allerheiligen, Die Welt des Impressionismus, juin-septembre 1963, p. 30, no. 122.
Nancy, Musée des Beaux-Arts, Hommage à Roger Marx (1859-1913), de Daumier à Rouault, novembre-décembre 1963, no. 121 (illustré).
Paris, Galeries Durand-Ruel, Alfred Sisley, février-mars 1971, no. 12 (illustré).
Paris, Galeries Durand-Ruel, Hommage à Paul Durand-Ruel, Cent ans d’impressionnisme, janvier-mars 1974, no. 60 (illustré).
Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts, 1874, Naissance de l’Impressionnisme, mai-septembre 1974, p. 159, no. 129 (illustré).
Paris, Grand Palais, l’Exposition de 1874 chez Nadar, naissance de l’Impressionnisme, septembre-novembre 1974, no. 164 (illustré).

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Antoine Lebouteiller
Antoine Lebouteiller International Specialist

Lot Essay

« Sisley saisit les moments fugitifs de la journée ; il regarde un nuage fugitif et semble le peindre en plein vol ; sur sa toile, l’air vivant se meut et les feuilles frissonnent et tremblent encore. »
- Stéphane Mallarmé

« Il cherchait à exprimer les harmonies qui règnent, par tous les temps et à toute heure du jour, entre le feuillage, l’eau et le ciel ; et il y parvenait… Il aimait les berges des rivières ; les lisières des bois ; les villes et les villages entrevus à travers les arbres ; les vieilles constructions noyées dans la verdure ; la lumière des matins d’hiver ; les après-midi d’été. Il avait une manière délicate de rendre les effets du feuillage. »
- G. Geffroy, « Sisley », in Les Cahiers d’Aujourd’hui, Paris, 1923.

Les représentations de la campagne française par Alfred Sisley occupent une place importante dans les premiers développements de l’impressionnisme. Au début des années 1870, Sisley, aux côtés de Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir et Camille Pissarro, se tourne vers les petites villes et les villages riverains de l’Île-de-France, trouvant une source d’inspiration particulièrement riche dans la rencontre entre une nature encore préservée et des terres de plus en plus cultivées et habitées. Durant la Commune de Paris, Sisley décide de se réfugier avec sa famille à Louveciennes, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Paris, où il réside de 1871 à 1874. Cette période est décisive dans l’évolution de son art, comme le souligne François Daulte : « C’est peut-être à cette époque, entre 1872 et 1874, que Sisley crée ses œuvres les plus sensibles et les plus rares. » (Sisley, Les Saisons, Paris et Lausanne, 1992, p. 26).
En janvier 1872, Sisley rencontre notamment Paul Durand-Ruel, qui lui est présenté par Monet et Pissarro. Le marchand commence presque immédiatement à s’intéresser à son œuvre et à lui acheter des tableaux, lui apportant un soutien financier mais aussi un soutien essentiel dans le développement de son style. Celui-ci se caractérise alors par une touche libre et harmonieuse, ainsi que par une attention particulière portée aux variations de la lumière et aux effets atmosphériques, particulièrement sensibles dans l’œuvre présentée ici. Durand-Ruel continuera à soutenir Sisley pendant plus de vingt ans, à tel point que près de quatre cents peintures de l’artiste passeront entre ses mains.
Peint en 1873, Un Verger représente un majestueux arbre fruitier et témoigne de l’intérêt des impressionnistes pour la transformation du paysage rural. L’arbre domine une parcelle dont l’organisation espacée, ainsi que la discrète clôture visible à gauche de la composition, suggèrent qu’elle a été plantée et entretenue par l’homme. Bien que dépourvue de figures humaines, la scène témoigne ainsi des transformations progressives du territoire rural à la fin du XIXe siècle, mettant en regard une nature encore préservée et les traces de son exploitation par l’homme.
La représentation du verger proposée par Sisley suggère toutefois une relation harmonieuse entre ces deux mondes. La position centrale de l’arbre, qui domine l’espace pictural par sa taille, ses couleurs et la richesse des touches qui composent son feuillage, lui confère une présence presque humaine. À certains égards, tout comme l’agriculteur qui travaille cette terre, Sisley lui-même lui consacre ici une attention minutieuse : travaillant en plein air, il observe et traduit les variations de la nature avec la même patience et la même précision.
Cette approche du paysage fait également écho à la tradition de l’école de Barbizon, notamment à l’œuvre de peintres tels que Camille Corot et Gustave Courbet, qui avaient contribué à faire sortir la peinture de l’atelier afin d’observer et de représenter la nature directement sur le motif. Sisley conserve de cette tradition le goût pour une construction paysagère rigoureuse, mais s’en distingue par une palette plus claire et lumineuse. Là où Corot ou Courbet privilégient souvent des tonalités sombres et brunes, proches des couleurs de la terre, Sisley adopte des touches claires et vives et accorde une place essentielle au ciel et aux variations de la lumière. Comme l’écrit L. Roger-Milès : « chez lui, le paysage est environné de ciel, sans en être écrasé : il en est protégé ; point de larges placages de bleu ou de gris, qui demeurent sans vibration, et par conséquent, hors de l’expression de nature ; ce sont, au contraire, des colorations fines, lumineuses et douces, avec de beaux nuages légers et souples, emportés ou paisibles, suivant le caprice des souffles aériens (…) » (Alfred Sisley, Paris, 1897, p. 17-22).
Peint au printemps ou en été, Un Verger constitue un exemple particulièrement révélateur de la maîtrise de l’éphémère chez Sisley. L’artiste privilégie ici la sensation visuelle immédiate : le mouvement du vent semble traverser la scène, perceptible aussi bien dans la direction des nuages que dans l’herbe et les branches des arbres, qui se penchent légèrement de gauche à droite et dont on peut presque imaginer le bruissement. La palette de Sisley est lumineuse et fraîche, dominée par les verts profonds, les jaunes vifs et les ocres de la végétation, qu’il applique par couches successives. À ces tonalités répondent le bleu azur et le rose pâle du ciel, le blanc argenté des nuages et les tons crème du tronc de l’arbre et des montagnes au loin. Le coup de pinceau de Sisley, caractéristique des débuts de l’impressionnisme, est à la fois libre et structuré. Par des touches variées qui suggèrent le mouvement de l’air et les variations de la lumière, il donne à la toile une impression de vie et de mobilité. Le paysage n’est ainsi pas représenté comme une scène immobile, mais comme une expérience visuelle saisie dans l’instant, soumise aux changements constants de la lumière et de l’atmosphère.
Dès son exécution, cette œuvre, qui présente plusieurs des caractéristiques stylistiques et thématiques de l’impressionnisme naissant, semble avoir revêtu une importance particulière aux yeux de Paul Durand-Ruel et de l’artiste lui-même. Sisley choisit en effet de l’exposer lors de la Première Exposition impressionniste de 1874, organisée dans les anciens ateliers du photographe Nadar boulevard des Capucines à Paris. Malgré la réception largement négative de l’exposition par la critique de l’époque, Un Verger, demeuré dans la descendance du marchand pendant plus de 150 ans après sa création et son acquisition par Durand-Ruel, témoigne aujourd’hui non seulement de l’importance historique de cette œuvre, mais aussi du soutien déterminant et inlassable du marchand envers Sisley et, plus largement, envers les artistes impressionnistes.


“Sisley seizes the passing moments of the day; watches a fugitive cloud and seems to paint it in its flight; on his canvass [sic] the live air moves and the leaves yet thrill and tremble.”
Stéphane Mallarmé

“He sought to express the harmonies that prevail, in all weathers and at every hour of the day, between foliage, water and sky; and he succeeded… He loved riverbanks; woodland edges; towns and villages glimpsed through the trees; old buildings immersed in greenery; the light of winter mornings; summer afternoons. He had a delicate way of rendering the effects of foliage.”
G. Geffroy, ‘Sisley’, in Les Cahiers d’Aujourd’hui, Paris, 1923.

Alfred Sisley’s depictions of the French countryside occupy an important place in the early development of Impressionism. In the early 1870s, Sisley, alongside Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir and Camille Pissarro, turned to the small riverside towns and villages of the Île-de-France, finding a particularly rich source of inspiration in the meeting of nature that remained unspoilt and land that was increasingly cultivated and settled. During the Paris Commune, Sisley decided to take refuge with his family in Louveciennes, some thirty kilometres west of Paris, where he lived from 1871 to 1874. This period proved decisive in the evolution of his art, as François Daulte observed: ‘It was perhaps at this time, between 1872 and 1874, that Sisley created his most sensitive and rarest works’ (Sisley, Les Saisons, Paris and Lausanne, 1992, p. 26).
In January 1872, Sisley met Paul Durand-Ruel, to whom he was introduced by Monet and Pissarro. The dealer began taking an interest in his work and purchasing his paintings almost immediately, providing him with financial backing as well as crucial support in the development of his style. It was then characterised by free, harmonious brushwork and close attention to shifting light and atmospheric effects, qualities that are particularly evident in the present work. Durand-Ruel continued to support Sisley for more than twenty years, and nearly four hundred of the artist’s paintings would ultimately pass through his hands.
Painted in 1873, An Orchard depicts a majestic fruit tree and reflects the Impressionists’ interest in the changing rural landscape. The tree dominates a plot where the wide spacing of the planting, together with the discreet fence visible at the left of the composition, suggests human cultivation and care. Although no figures appear, the scene thus bears witness to the gradual transformation of the countryside in the late nineteenth century, setting still-unspoilt nature against traces of human cultivation.
Sisley’s depiction of the orchard nevertheless suggests a harmonious relationship between these two worlds. The tree’s central position, dominating the pictorial space through its scale, colour and the rich variety of brushstrokes that form its foliage, lends it an almost human presence. In some respects, Sisley devotes the same painstaking attention to the tree as the farmer who tends the land: working en plein air, he observes and captures nature’s variations with equal patience and precision.
This approach to landscape also echoes the tradition of the Barbizon School, particularly the work of painters such as Camille Corot and Gustave Courbet, who had helped take painting out of the studio in order to observe and depict nature directly before the motif. Sisley retained from this tradition a taste for rigorous landscape construction, but distinguished himself through a lighter, more luminous palette. Whereas Corot and Courbet often favoured dark, brown tonalities close to the colours of the earth, Sisley adopted light, vivid touches and gave an essential role to the sky and the changing light. As L. Roger-Milès wrote: ‘in his work, the landscape is surrounded by sky without being overwhelmed by it: it is sheltered by it; there are no broad expanses of blue or grey that remain without vibration and therefore outside nature’s expression; instead, there are fine, luminous and gentle colours, with beautiful light and supple clouds, driven onward or at rest according to the whims of the aerial currents (…)’ (Alfred Sisley, Paris, 1897, pp. 17–22).
Painted in spring or summer, An Orchard offers a particularly revealing example of Sisley’s mastery of the ephemeral. Here, the artist privileges immediate visual sensation: the wind seems to move through the scene, perceptible both in the drift of the clouds and in the grass and branches, which lean slightly from left to right and whose rustling can almost be imagined. Sisley’s palette is luminous and fresh, dominated by the deep greens, bright yellows and ochres of the vegetation, which he applies in successive layers. These tones are answered by the azure blue and pale pink of the sky, the silvery white of the clouds, and the cream tones of the tree trunk and distant mountains. Sisley’s brushwork, characteristic of early Impressionism, is at once free and structured. Through varied touches that suggest the movement of the air and shifting light, he imbues the canvas with a sense of life and movement. The landscape is thus presented not as a static scene, but as a visual experience captured in the moment, subject to constant changes of light and atmosphere.
From the time it was painted, this work, which displays several of the stylistic and thematic characteristics of early Impressionism, appears to have held particular significance for Paul Durand-Ruel and for the artist himself. Sisley indeed chose to exhibit it at the First Impressionist Exhibition of 1874, held in the former studios of the photographer Nadar on the boulevard des Capucines in Paris. Despite the exhibition’s largely negative critical reception at the time, An Orchard—retained by the dealer’s descendants for more than 150 years after it was painted and acquired by Durand-Ruel—today attests not only to the work’s historical importance, but also to the dealer’s decisive and unwavering support for Sisley and, more broadly, for the Impressionist artists.

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