Lot Essay
Ce lot est référencé dans les archives du Museo Casa Mollino à Turin sous le numéro CM 285-1.
Christie's souhaite remercier Fulvio Ferrari et Napoleone Ferrari, du Museo Casa Mollino, pour leur aide précieuse à la rédaction de cette notice.
En 1950, Carlo Mollino est déjà reconnu comme l’un des créateurs les plus talentueux et visionnaires d’Italie, et commence à s'imposer sur la scène internationale. Grâce au soutien déterminant de son ami Gio Ponti, Mollino est invité à présenter ses créations de mobilier dans le cadre de l’exposition « Italy at Work » organisée par le Brooklyn Museum. Présentée en 1950, l’exposition doit ensuite circuler dans douze autres musées américains. La même année, Mollino conclut avec le distributeur américain Joseph Singer un accord portant sur la commercialisation de plusieurs de ses créations aux États-Unis.
Cette période marque l’aboutissement d’années d’intenses recherches et d’expérimentations pour Mollino.
C’est dans ce contexte particulièrement fertile que naît la série de tables aujourd’hui connue sous le nom d’« Arabesque ». Mollino, qui ne donnait lui-même ni nom ni titre à ses meubles, n’employait pas cette appellation.
L’évolution du projet des tables aujourd’hui connues sous le nom d’Arabesque trouve son origine dans le projet d’aménagement de l’appartement turinois du comte Vladi Orengo, entre 1949 et 1950. Parmi les nombreux meubles imaginés pour cet intérieur, Mollino conçoit une table basse unique, composée de deux plateaux de verre aux contours organiques, réunis par une structure en contreplaqué aux lignes ondulantes, semblable à un ruban en mouvement.
Toujours extrêmement éclectique dans ses sources d’inspiration, Mollino puise ici dans l’observation des structures osseuses. Le contreplaqué, matériau relativement récent à l’époque, offre une liberté formelle exceptionnelle : sa malléabilité permet de créer des formes complexes tout en assurant leur résistance grâce à un savant équilibre entre les pleins et les vides.
Les références à la nature, aux cours d’eau et aux formes végétales organiques sont au cœur de la conception initiale de cette table par Mollino. Une série de photographies de l’intérieur Orengo, prises en 1950 par Riccardo Moncalvo, proche collaborateur de Mollino, rappellent ces références. Depuis les fenêtres de l’appartement, les eaux du Pô sont visibles en contrebas. À l’intérieur, une grande lithographie murale représentant des eaux tumultueuses leur fait écho, encadrée par les feuilles sensuelles d’un philodendron tropical. À proximité, l’Arabesque semble prolonger cette composition.
Dans cet environnement, la table devient ainsi un véritable trait d’union métaphysique entre l’intérieur et l’extérieur, entre le mouvement et l’immobilité, entre le monde construit par l’homme et celui de la nature.
Dès cette première réalisation, Mollino conçoit l’Arabesque comme un véritable objet surréaliste. Sa structure courte et fortement repliée en contreplaqué, surmontée de plateaux de verre aux contours biomorphiques, possède une présence presque musculaire. Compacte, tendue et contenue dans l’espace, elle semble animée d’une énergie prête à se déployer.
Mollino réalise ensuite une seconde variante de ce modèle court. Ces deux exemplaires constituent les premières Arabesques. Il comprend rapidement que l’allongement de la structure permettrait d’en transformer profondément le caractère. En étirant ses lignes, il ralentit le rythme visuel de la composition et lui confère une sensualité nouvelle, plus fluide et plus langoureuse, qui fait désormais écho à son intérêt croissant pour l’érotisme dans le design.
Cette dimension érotique est particulièrement perceptible dans les Arabesques allongées. Le plateau supérieur en verre adopte alors une silhouette évoquant le dos d’une femme allongée, dessin dont l’origine peut être rapprochée d’une photographie de l’artiste surréaliste italienne Leonor Fini, que Mollino adapte à son propre langage formel.
L’allongement de la structure modifie également radicalement l’échelle de la table, qui se rapproche désormais des proportions du corps humain. L’objet semble prendre vie. Il conserve toute sa dimension surréaliste, mais acquiert parallèlement une présence presque humaine, comme si sa forme possédait une personnalité propre.
L’Arabesque ne se révèle jamais depuis un seul point de vue. Ses lignes ondulantes invitent le regard à tourner autour d’elle, à la découvrir successivement sous différents angles. Le spectateur est ainsi entraîné dans un mouvement continu, une véritable danse visuelle et sensuelle — une arabesque au sens littéral comme métaphorique.
Les premières Arabesques longues sont réalisées en 1950. Ces exemplaires doivent être considérés comme des modèles expérimentaux ou des prototypes, car aucun n’est strictement identique à un autre. L’un des premiers pourrait être celui offert à la fille de Gio Ponti, qui se distingue notamment par trois ouvertures pratiquées dans la structure en contreplaqué.
Un autre exemplaire, doté de cinq ouvertures, est envoyé au Brooklyn Museum, où il est toujours conservé. Le présent éxemplaire, comparable à celui du Brooklyn Museum présente lui aussi cinq ouvertures et appartient à cette même phase expérimentale. Au moins deux, voire trois autres exemplaires issus de cette première production peuvent également être identifiés, même si leur devenir reste aujourd’hui incertain.
Vers 1951, Mollino porte enfin le modèle à son degré de maturité. Il affine les profils, standardise les composants et rationalise les procédés de fabrication afin d’éliminer les variations inhérentes aux premiers prototypes. Selon Giovanni Brino, ces exemplaires étaient destinés à la maison d’édition Lattes de Turin. Des tables appartenant à cette production plus aboutie sont aujourd’hui conservées dans les collections du Victoria & Albert Museum de Londres, du Musée de Montréal et du Vitra Design Museum.
Parmi l’ensemble extraordinairement riche et novateur du mobilier imaginé par Carlo Mollino, l’Arabesque occupe une place singulière. Elle constitue sans doute l’une de ses créations les plus emblématiques : un objet où se rencontrent architecture, sculpture, design, mouvement, érotisme et surréalisme.
La présentation sur le marché du présent exemplaire offre ainsi une occasion rare d’acquérir une œuvre majeure de Carlo Mollino et, plus largement, l’une des créations de mobilier les plus singulières et influentes du XXe siècle.
Simon Andrews
Conseiller et commissaire d’exposition
Andrews Art Advisory, Londres
'Cher Mollino,
Certaines personnes, même très intelligentes, lorsqu’elles voient vos meubles aux surfaces courbes, s’arrêtent à leur aspect « vertébral » et portent sur eux un jugement abstrait, dicté par leurs goûts ou leurs aversions formelles, ou encore par la sympathie ou l’antipathie qu’elles vous vouent. Elles ne comprennent pas l’extraordinaire importance ni l’innovation qui résident dans le fait qu’ils sont entièrement structurels, obtenus par le pliage et le replis d’une surface, grâce à l’insertion de certaines liaisons au sein de cette unité. Elles s’arrêtent à ce qui n’est qu’un fait formel en soi, comme s’il s’agissait d’une sculpture arbitraire, sans saisir le véritable élément nouveau qui détermine ce mobilier, autrement dit ce qui détermine sa forme.
Pour rendre cela compréhensible, ne pourriez-vous pas dessiner sur un morceau de carton le « patron » de l’un de vos meubles, à la manière d’un couturier ? Chacun pourrait alors le découper avec des ciseaux, le plier et le mettre en forme, et finirait ainsi par comprendre.
Chaleureuses salutations, Gio Ponti’
Lettre du 31 juillet 1952
This lot is registered in the library of the Museo Casa Mollino, Turin, under number CM 285-1.
Christie's would like to thank Fulvio Ferrari and Napoleone Ferrari from the Museo Casa Mollino for their assistance with the cataloguing of this lot.
By 1950 Carlo Mollino was secure in his position as one of Italy’s most talented and visionary creators, and was now poised towards international recognition. Through the crucial support of his friend Gio Ponti, Mollino had been invited to contribute furniture designs to the Brooklyn Museum’s ‘Italy at Work' exhibition, that would then tour to twelve further US museums throughout 1950. That same year, Mollino evolved an agreement with the American retailer Joseph Singer for selected furniture designs to be retailed in the United States. This unique moment represented the apex of a period of intense activity and experimentation for Mollino, and provided the essential creative and conceptual context that delivered the Arabesque series of tables.
The evolution of the tables today described as Arabesque — as Mollino did not provide names or titles to his furniture — originated from the project to design and furnish the Turin apartment of Count Vladi Orengo, 1949-1950. Amongst numerous furnishings conceived for this interior, Mollino created a unique low occasional table that featured two shaped glass plates united by an undulating, ribbon-like frame. Ever-versatile in his inspirations, Mollino's conceptual reference for the plywood structure had evolved from his study of bone structures. As a relatively new synthetic wood-based material, plywood was a highly malleable substance that uniquely allowed resilience to be achieved through a careful balance of solids and voids. Motivations towards Nature, rivers and organic vegetal forms were primary in Mollino’s early conception for this table. A series of 1950 photographs of the Orengo interior taken by Mollino’s close associate Riccardo Moncalvo, confirm these references. The cascading waters of the River Po, visible below the apartment’s window, are mirrored by an enlarged wall-mounted lithograph of turbulent waters, framed by the sensual leaves of a tropical cheese plant, that together establish direct echo in the Arabesque table that is positioned adjacent. In the context of the Orengo interior, the Arabesque therefore communicates as a metaphysical bridge between interior and exterior, between what has movement and what is static, and between what is man-made and what is Nature. Acknowledging this carefully designed composition reveals that from the very start, Mollino conceived of the Arabesque as a Surrealist object.
This earliest Arabesque featured a short, tightly folded plywood structure with biomorphic glass tops. Visually, the design feels urgent, muscular, yet confined and fixed within space. Mollino created one other variant of this table, therefore a total of two short Arabesques were created.
Mollino swiftly recognised the potential to improve upon these examples by elongating the frame. This action slows down the visual rhythms and allows the structure to evolve a far more sensual and languid personality, which now acknowledges Mollino’s interests in erotic design. These references were not accidental. The elongated Arabesques feature uppermost glass tops now reimagined as the sensualised profile of a reclining woman’s back. This outline was derived from a photograph by the Italian Surrealist artist Leonor Finithat Mollino adapted. Now elongated, the overall scale changes dramatically to become closer to the proportions of the human torso. The table now appears to be alive, or at least capable of living. It remains the perfect Surrealist object, however is invested now with personality that appears human. There is no single vantage point that captures the undulating rhythms of the table, it demands to be viewed in the round and from all angles. The spectator’s gaze is fixed with inescapable hold — as arabesque, as dance of seduction.
The first of the long Arabesques were created throughout 1950. These may be considered experimental or prototypic, as no two examples are exactly alike. Probably the earliest was the variant gifted to Gio Ponti’s daughter, which uniquely features three cut-outs to the plywood frame. Another version, with five cut-outs was sent to the Brooklyn Museum, where it remains. The present table, comparable to the Brooklyn example and also featuring five cut-outs, belongs also to this early experimental production. At least two, possibly three further examples from this experimental production can be identified as having been completed however may not all remain in existence. Around 1951 Mollino refined the design to maturity, improving the profiles and standardising components and processes to eradicate inconsistencies. According to Giovanni Brino, these were to be delivered to the Lattes publishing house, Turin. Tables of this type are included in the collections of the Victoria & Albert Museum, London, the Montreal Museum, and the Vitra Design Museum.
The Arabesque table is the definitive icon amongst innumerable masterful and innovative furnishings designed by Carlo Mollino. The arrival to market of the present example therefore represents a unique opportunity to engage with one of the most significant furniture works of the last century.
Simon Andrews
Advisor & Curator
Andrews Art Advisory, London
'Dear Mollino,
Some people, even highly intelligent people, when they see your pieces of furniture with curved surfaces stop at their "vertebral" aspect and express an abstract opinion about them, dictated by formal likes or dislikes or by liking or disliking you, and they do not understand the extreme importance and innovation in them being "all structure", obtained by bending and rebending a surface with the insertion of certain links within this unity. They stop at what is a formal fact in itself, as if all this were arbitrary sculpture and they do not understand the real and new fact that determines this furniture, in other words that determines its shape. To make this understood, could you not draw the "pattern" (like a dressmaker) of one of your pieces of furniture on a piece of card, which everyone could cut out with their scissors and then bend and shape, and finally understand?
Warm wishes, Gio Ponti'
Letter of 31 July 1952
Christie's souhaite remercier Fulvio Ferrari et Napoleone Ferrari, du Museo Casa Mollino, pour leur aide précieuse à la rédaction de cette notice.
En 1950, Carlo Mollino est déjà reconnu comme l’un des créateurs les plus talentueux et visionnaires d’Italie, et commence à s'imposer sur la scène internationale. Grâce au soutien déterminant de son ami Gio Ponti, Mollino est invité à présenter ses créations de mobilier dans le cadre de l’exposition « Italy at Work » organisée par le Brooklyn Museum. Présentée en 1950, l’exposition doit ensuite circuler dans douze autres musées américains. La même année, Mollino conclut avec le distributeur américain Joseph Singer un accord portant sur la commercialisation de plusieurs de ses créations aux États-Unis.
Cette période marque l’aboutissement d’années d’intenses recherches et d’expérimentations pour Mollino.
C’est dans ce contexte particulièrement fertile que naît la série de tables aujourd’hui connue sous le nom d’« Arabesque ». Mollino, qui ne donnait lui-même ni nom ni titre à ses meubles, n’employait pas cette appellation.
L’évolution du projet des tables aujourd’hui connues sous le nom d’Arabesque trouve son origine dans le projet d’aménagement de l’appartement turinois du comte Vladi Orengo, entre 1949 et 1950. Parmi les nombreux meubles imaginés pour cet intérieur, Mollino conçoit une table basse unique, composée de deux plateaux de verre aux contours organiques, réunis par une structure en contreplaqué aux lignes ondulantes, semblable à un ruban en mouvement.
Toujours extrêmement éclectique dans ses sources d’inspiration, Mollino puise ici dans l’observation des structures osseuses. Le contreplaqué, matériau relativement récent à l’époque, offre une liberté formelle exceptionnelle : sa malléabilité permet de créer des formes complexes tout en assurant leur résistance grâce à un savant équilibre entre les pleins et les vides.
Les références à la nature, aux cours d’eau et aux formes végétales organiques sont au cœur de la conception initiale de cette table par Mollino. Une série de photographies de l’intérieur Orengo, prises en 1950 par Riccardo Moncalvo, proche collaborateur de Mollino, rappellent ces références. Depuis les fenêtres de l’appartement, les eaux du Pô sont visibles en contrebas. À l’intérieur, une grande lithographie murale représentant des eaux tumultueuses leur fait écho, encadrée par les feuilles sensuelles d’un philodendron tropical. À proximité, l’Arabesque semble prolonger cette composition.
Dans cet environnement, la table devient ainsi un véritable trait d’union métaphysique entre l’intérieur et l’extérieur, entre le mouvement et l’immobilité, entre le monde construit par l’homme et celui de la nature.
Dès cette première réalisation, Mollino conçoit l’Arabesque comme un véritable objet surréaliste. Sa structure courte et fortement repliée en contreplaqué, surmontée de plateaux de verre aux contours biomorphiques, possède une présence presque musculaire. Compacte, tendue et contenue dans l’espace, elle semble animée d’une énergie prête à se déployer.
Mollino réalise ensuite une seconde variante de ce modèle court. Ces deux exemplaires constituent les premières Arabesques. Il comprend rapidement que l’allongement de la structure permettrait d’en transformer profondément le caractère. En étirant ses lignes, il ralentit le rythme visuel de la composition et lui confère une sensualité nouvelle, plus fluide et plus langoureuse, qui fait désormais écho à son intérêt croissant pour l’érotisme dans le design.
Cette dimension érotique est particulièrement perceptible dans les Arabesques allongées. Le plateau supérieur en verre adopte alors une silhouette évoquant le dos d’une femme allongée, dessin dont l’origine peut être rapprochée d’une photographie de l’artiste surréaliste italienne Leonor Fini, que Mollino adapte à son propre langage formel.
L’allongement de la structure modifie également radicalement l’échelle de la table, qui se rapproche désormais des proportions du corps humain. L’objet semble prendre vie. Il conserve toute sa dimension surréaliste, mais acquiert parallèlement une présence presque humaine, comme si sa forme possédait une personnalité propre.
L’Arabesque ne se révèle jamais depuis un seul point de vue. Ses lignes ondulantes invitent le regard à tourner autour d’elle, à la découvrir successivement sous différents angles. Le spectateur est ainsi entraîné dans un mouvement continu, une véritable danse visuelle et sensuelle — une arabesque au sens littéral comme métaphorique.
Les premières Arabesques longues sont réalisées en 1950. Ces exemplaires doivent être considérés comme des modèles expérimentaux ou des prototypes, car aucun n’est strictement identique à un autre. L’un des premiers pourrait être celui offert à la fille de Gio Ponti, qui se distingue notamment par trois ouvertures pratiquées dans la structure en contreplaqué.
Un autre exemplaire, doté de cinq ouvertures, est envoyé au Brooklyn Museum, où il est toujours conservé. Le présent éxemplaire, comparable à celui du Brooklyn Museum présente lui aussi cinq ouvertures et appartient à cette même phase expérimentale. Au moins deux, voire trois autres exemplaires issus de cette première production peuvent également être identifiés, même si leur devenir reste aujourd’hui incertain.
Vers 1951, Mollino porte enfin le modèle à son degré de maturité. Il affine les profils, standardise les composants et rationalise les procédés de fabrication afin d’éliminer les variations inhérentes aux premiers prototypes. Selon Giovanni Brino, ces exemplaires étaient destinés à la maison d’édition Lattes de Turin. Des tables appartenant à cette production plus aboutie sont aujourd’hui conservées dans les collections du Victoria & Albert Museum de Londres, du Musée de Montréal et du Vitra Design Museum.
Parmi l’ensemble extraordinairement riche et novateur du mobilier imaginé par Carlo Mollino, l’Arabesque occupe une place singulière. Elle constitue sans doute l’une de ses créations les plus emblématiques : un objet où se rencontrent architecture, sculpture, design, mouvement, érotisme et surréalisme.
La présentation sur le marché du présent exemplaire offre ainsi une occasion rare d’acquérir une œuvre majeure de Carlo Mollino et, plus largement, l’une des créations de mobilier les plus singulières et influentes du XXe siècle.
Simon Andrews
Conseiller et commissaire d’exposition
Andrews Art Advisory, Londres
'Cher Mollino,
Certaines personnes, même très intelligentes, lorsqu’elles voient vos meubles aux surfaces courbes, s’arrêtent à leur aspect « vertébral » et portent sur eux un jugement abstrait, dicté par leurs goûts ou leurs aversions formelles, ou encore par la sympathie ou l’antipathie qu’elles vous vouent. Elles ne comprennent pas l’extraordinaire importance ni l’innovation qui résident dans le fait qu’ils sont entièrement structurels, obtenus par le pliage et le replis d’une surface, grâce à l’insertion de certaines liaisons au sein de cette unité. Elles s’arrêtent à ce qui n’est qu’un fait formel en soi, comme s’il s’agissait d’une sculpture arbitraire, sans saisir le véritable élément nouveau qui détermine ce mobilier, autrement dit ce qui détermine sa forme.
Pour rendre cela compréhensible, ne pourriez-vous pas dessiner sur un morceau de carton le « patron » de l’un de vos meubles, à la manière d’un couturier ? Chacun pourrait alors le découper avec des ciseaux, le plier et le mettre en forme, et finirait ainsi par comprendre.
Chaleureuses salutations, Gio Ponti’
Lettre du 31 juillet 1952
This lot is registered in the library of the Museo Casa Mollino, Turin, under number CM 285-1.
Christie's would like to thank Fulvio Ferrari and Napoleone Ferrari from the Museo Casa Mollino for their assistance with the cataloguing of this lot.
By 1950 Carlo Mollino was secure in his position as one of Italy’s most talented and visionary creators, and was now poised towards international recognition. Through the crucial support of his friend Gio Ponti, Mollino had been invited to contribute furniture designs to the Brooklyn Museum’s ‘Italy at Work' exhibition, that would then tour to twelve further US museums throughout 1950. That same year, Mollino evolved an agreement with the American retailer Joseph Singer for selected furniture designs to be retailed in the United States. This unique moment represented the apex of a period of intense activity and experimentation for Mollino, and provided the essential creative and conceptual context that delivered the Arabesque series of tables.
The evolution of the tables today described as Arabesque — as Mollino did not provide names or titles to his furniture — originated from the project to design and furnish the Turin apartment of Count Vladi Orengo, 1949-1950. Amongst numerous furnishings conceived for this interior, Mollino created a unique low occasional table that featured two shaped glass plates united by an undulating, ribbon-like frame. Ever-versatile in his inspirations, Mollino's conceptual reference for the plywood structure had evolved from his study of bone structures. As a relatively new synthetic wood-based material, plywood was a highly malleable substance that uniquely allowed resilience to be achieved through a careful balance of solids and voids. Motivations towards Nature, rivers and organic vegetal forms were primary in Mollino’s early conception for this table. A series of 1950 photographs of the Orengo interior taken by Mollino’s close associate Riccardo Moncalvo, confirm these references. The cascading waters of the River Po, visible below the apartment’s window, are mirrored by an enlarged wall-mounted lithograph of turbulent waters, framed by the sensual leaves of a tropical cheese plant, that together establish direct echo in the Arabesque table that is positioned adjacent. In the context of the Orengo interior, the Arabesque therefore communicates as a metaphysical bridge between interior and exterior, between what has movement and what is static, and between what is man-made and what is Nature. Acknowledging this carefully designed composition reveals that from the very start, Mollino conceived of the Arabesque as a Surrealist object.
This earliest Arabesque featured a short, tightly folded plywood structure with biomorphic glass tops. Visually, the design feels urgent, muscular, yet confined and fixed within space. Mollino created one other variant of this table, therefore a total of two short Arabesques were created.
Mollino swiftly recognised the potential to improve upon these examples by elongating the frame. This action slows down the visual rhythms and allows the structure to evolve a far more sensual and languid personality, which now acknowledges Mollino’s interests in erotic design. These references were not accidental. The elongated Arabesques feature uppermost glass tops now reimagined as the sensualised profile of a reclining woman’s back. This outline was derived from a photograph by the Italian Surrealist artist Leonor Finithat Mollino adapted. Now elongated, the overall scale changes dramatically to become closer to the proportions of the human torso. The table now appears to be alive, or at least capable of living. It remains the perfect Surrealist object, however is invested now with personality that appears human. There is no single vantage point that captures the undulating rhythms of the table, it demands to be viewed in the round and from all angles. The spectator’s gaze is fixed with inescapable hold — as arabesque, as dance of seduction.
The first of the long Arabesques were created throughout 1950. These may be considered experimental or prototypic, as no two examples are exactly alike. Probably the earliest was the variant gifted to Gio Ponti’s daughter, which uniquely features three cut-outs to the plywood frame. Another version, with five cut-outs was sent to the Brooklyn Museum, where it remains. The present table, comparable to the Brooklyn example and also featuring five cut-outs, belongs also to this early experimental production. At least two, possibly three further examples from this experimental production can be identified as having been completed however may not all remain in existence. Around 1951 Mollino refined the design to maturity, improving the profiles and standardising components and processes to eradicate inconsistencies. According to Giovanni Brino, these were to be delivered to the Lattes publishing house, Turin. Tables of this type are included in the collections of the Victoria & Albert Museum, London, the Montreal Museum, and the Vitra Design Museum.
The Arabesque table is the definitive icon amongst innumerable masterful and innovative furnishings designed by Carlo Mollino. The arrival to market of the present example therefore represents a unique opportunity to engage with one of the most significant furniture works of the last century.
Simon Andrews
Advisor & Curator
Andrews Art Advisory, London
'Dear Mollino,
Some people, even highly intelligent people, when they see your pieces of furniture with curved surfaces stop at their "vertebral" aspect and express an abstract opinion about them, dictated by formal likes or dislikes or by liking or disliking you, and they do not understand the extreme importance and innovation in them being "all structure", obtained by bending and rebending a surface with the insertion of certain links within this unity. They stop at what is a formal fact in itself, as if all this were arbitrary sculpture and they do not understand the real and new fact that determines this furniture, in other words that determines its shape. To make this understood, could you not draw the "pattern" (like a dressmaker) of one of your pieces of furniture on a piece of card, which everyone could cut out with their scissors and then bend and shape, and finally understand?
Warm wishes, Gio Ponti'
Letter of 31 July 1952
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