FRANÇOIS BOUCHER (PARIS 1703-1770)
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FRANÇOIS BOUCHER (PARIS 1703-1770)

L'Immaculée Conception

Details
FRANÇOIS BOUCHER (PARIS 1703-1770)
L'Immaculée Conception
huile sur toile
111,5 x 61 cm (43 7⁄8 x 24 in.)
Provenance
Collection particulière, Espagne depuis au moins un siècle, puis par descendance jusqu'aux propriétaires actuels.
Further details
FRANÇOIS BOUCHER (PARIS 1703-1770), THE IMMACULATE CONCEPTION, OIL ON CANVAS

Appearing in public for the first time, this Immaculate Conception, a dazzling demonstration of the genius of François Boucher (1703-1770), constitutes an exceptional addition to the artist's oeuvre. Alastair Laing (1944-2024), who confirmed the attribution to the artist (private communication, 2017), connects it to a drawing by the artist preserved in the Musée du Louvre (inv. 24755, fig. 1), which gives our painting its title.

The pictorial execution, with its liquid paint surface and its exceptionally free handling, allows this large Immaculate Conception to be dated Boucher's maturity. The work manifestly belongs to that very particular period in the master's career when the artist, at the height of his powers, developed a pictorial language of mature virtuosity, freer, more synthetic and more audacious still than in his most celebrated romantic compositions.

The themes of the Immaculate Conception and the Assumption - two subjects that are, by virtue of their similarity, frequently confused - appear in Boucher's work at a very precise moment in his stylistic evolution. These late religious depictions, often executed in a rapid and nervous manner, appear to correspond to a coherent group of works produced in the 1760s. Several paintings of this subject are notably mentioned in the posthumous sales of two close associates of the artist: that of Jean-Baptiste Deshays (1729-1765) in 1765, then that of Pierre-Antoine Baudouin (1723-1769) in 1770. These early references confirm the existence of a group of Assumptions or Immaculate Conceptions, painted by Boucher in an extremely free, almost experimental spirit.

These works are generally of large dimensions, as is the painting we present here. Notable for their vigorous execution, almost sketch-like, forms seems to emerge from light and colour in a spontaneous movement. The present painting can clearly be compared with these last religious creations of the master. Most obviously, we can connect it to the Assumption in the National Galleries of Scotland, Edinburgh (inv. NG 2179), as well as with the composition in the Musée des Beaux-Arts, Dijon. In all of these one finds the same aerial monumentality, the same dissolution of contours in a silvery, cloudy atmosphere, as well as the broad, fluid touch characteristic of Boucher's late style.

Some of these compositions are treated in grisaille, others in brunaille, while several appear in the form of coloured sketches dominated by the bluish, pink and ivory harmonies characteristic of the artist. This diversity of execution makes their interpretation highly complex. Unfortunately, current research does not allow these works to be connected to an identified commission. No known major religious decorative scheme can be associated with certainty to this series of Assumptions, which might be interpreted as preparatory studies, or perhaps even as autonomous works.

This absence of a precise purpose moreover contributes to the mystery and fascination of this group of paintings. It also reveals a little-known aspect of Boucher's work. If the artist's name remains today inseparable from Rococo art, elegant pastorals, mythological scenes and romantic subjects that brilliantly embody the spirit of 18th-century France, we must not forget that religious painting was a genre he returned to throughout his career. Some of these works rank among his most admired creations, such as the celebrated Light of the World, in the Musée des Beaux-Arts, Lyon (inv. 1955-106), in which his sense of supernatural light and his taste for atmospheric effects are already fully expressed.

In this rediscovered Immaculate Conception, the freedom of the execution immediately impresses. The draperies are constructed through broad, supple and luminous brushstrokes; the flesh tones melt into pearlescent half-tints; the clouds and angelic figures seem to appear almost immaterially in the bluish penumbra of the composition. This vigour of execution, allied to sovereign technical virtuosity, bears witness to that artistic freedom particular to 18th century France, when the greatest painters privileged creative impulse, sensation and the life of the brush over linear precision.

The light, pastel palette of the work - composed of silvery greys, celestial blues and iridescent whites - is also characteristic of Boucher. It confers upon the scene an entirely atmospheric spirituality, in which the religious miracle seems to be expressed less through narrative than through an impression of suspended grace. The Virgin, enveloped in a diffuse light and borne aloft by the clouds, appears thus as a vision rather than as an earthly figure.

By its breadth, its quality of execution and its evident proximity with the final religious explorations of François Boucher, this work therefore constitutes a particularly precious testament to the mature production of the master. It illustrates with brilliance this late style, so free and so vibrant, in which the painter, liberated from academic constraints, achieved a form of ultimate synthesis between technical virtuosity, poetic colour and spiritual impulse.

Brought to you by

Olivia Ghosh
Olivia Ghosh Head of Department - Paris

Lot Essay

Apparaissant pour la première fois en public, cette Immaculée Conception, éclatante démonstration du génie de François Boucher (1703-1770), constitue un ajout exceptionnel à l'œuvre de l'artiste. Alastair Laing (1944-2024), qui a confirmé l'attribution à l'artiste (communication privée, 2017), la rapproche d'un dessin de l'artiste conservé au musée du Louvre (inv. 24755, fig. 1), qui donne à notre tableau son titre.

La réalisation picturale avec une matière liquide et fluide, son exécution d’une liberté exceptionnelle, cette grande Immaculée Conception peut être datée de la période de maturité dans l'œuvre de François Boucher. L’œuvre appartient manifestement à cette période très particulière de la carrière du maître, lorsque l’artiste, au sommet de son art, développe un langage pictural d’une virtuosité mature, plus libre, plus synthétique et plus audacieux encore que dans ses compositions galantes les plus célèbres.

Les thèmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption - deux sujets qui sont, de par leur similitude, souvent confondus - apparaissent en effet chez Boucher à un moment bien précis de son évolution stylistique. Ces représentations religieuses tardives, souvent exécutées dans une manière rapide et nerveuse, semblent correspondre à un ensemble cohérent d’œuvres réalisées dans les années 1760. Plusieurs peintures de ce sujet sont notamment découvertes et mentionnées dans les ventes après décès de deux proches de l’artiste : celle de Jean-Baptiste Deshays (1729-1765) en 1765, puis celle de Pierre-Antoine Baudouin (1723-1769) en 1770. Ces mentions anciennes confirment l’existence d’un groupe d’Assomptions ou d'Immaculée Conceptions, peintes par Boucher dans un esprit extrêmement libre, presque expérimental.

Ces œuvres sont généralement de grandes dimensions, à l’instar du tableau que nous présentons ici. Elles frappent par leur exécution fougueuse, souvent proche de l’esquisse, où les formes semblent émerger de la lumière et de la couleur dans un mouvement spontané. Notre tableau doit clairement être rapproché de ces dernières créations religieuses du maître. La comparaison s’impose notamment avec l’Assomption conservée à Édimbourg à la National Galleries of Scotland (inv. NG 2179) ainsi qu’avec la composition conservée au Musée des Beaux-Arts de Dijon. On y retrouve la même monumentalité aérienne, la même dissolution des contours dans une atmosphère argentée et nuageuse, ainsi que cette touche ample et fluide caractéristique du dernier style de Boucher.

Certaines de ces compositions sont traitées en grisaille, d’autres en brunaille, tandis que plusieurs apparaissent sous la forme d’esquisses colorées où dominent les harmonies bleutées, roses et ivoirines propres à l’artiste. Cette diversité d’exécution rend leur interprétation délicate. Malheureusement, les recherches actuelles ne permettent pas de relier précisément ces œuvres à une commande identifiée. Aucun grand décor religieux connu ne peut être associé avec certitude à cette série d’Assomptions, que l’on pourrait interpréter comme des études préparatoires, ou peut-être même des œuvres autonomes.

Cette absence de destination précise contribue d’ailleurs au mystère et à la fascination de ce groupe de tableaux. Elle révèle également un aspect méconnu de l’œuvre de Boucher. Si le nom de l’artiste demeure aujourd’hui indissociable de l’art rococo, des pastorales élégantes, des scènes mythologiques et des sujets galants qui incarnent avec éclat l’esprit du XVIIIe siècle français, il ne faut jamais oublier que la peinture religieuse accompagne en réalité toute sa carrière. Dès sa jeunesse, puis régulièrement tout au long de sa vie, Boucher réalisa des compositions sacrées d’une grande ambition. Certaines comptent parmi ses créations les plus admirées, comme la célèbre Lumière du Monde, conservée au Musée des Beaux-Arts de Lyon (inv. 1955-106), où s’expriment déjà son sens de la lumière surnaturelle et son goût pour les effets atmosphériques.

Dans cette Immaculée Conception redécouverte, la liberté de la facture impressionne immédiatement. Les draperies sont construites par de larges coups de pinceau souples et lumineux ; les chairs se fondent dans des demi-teintes nacrées ; les nuées et les figures angéliques semblent apparaître presque immatériellement dans la pénombre bleutée de la composition. Cette vigueur d’exécution, alliée à une virtuosité technique souveraine, témoigne pleinement de cette liberté artistique propre au XVIIIe siècle français, lorsque les plus grands peintres privilégiaient l’élan créateur, la sensation et la vie du pinceau à la précision linéaire.
La chromatique pastel et légère de l’œuvre - faite de gris argentés, de bleus célestes et de blancs irisés - est également caractéristique de Boucher. Elle confère à la scène une spiritualité toute atmosphérique, où le miracle religieux semble se traduire moins par la narration que par une impression de grâce suspendue. La Vierge, enveloppée d’une lumière diffuse et portée par les nuées, apparaît ainsi comme une vision plus que comme une figure terrestre.

Par son ampleur, sa qualité d’exécution et son évidente proximité avec les ultimes recherches religieuses de François Boucher, cette œuvre constitue donc un témoignage particulièrement précieux de la production de la maturité du maître. Elle illustre avec éclat cette dernière manière si libre et si vibrante, où le peintre, affranchi des contraintes académiques, atteint une forme de synthèse ultime entre virtuosité technique, poésie colorée et élan spirituel.

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