Lot Essay
Apparaissant pour la première fois depuis un siècle aux enchères et pour la première fois en public depuis l'exposition au musée Fragonard en 1957, cet envoûtant tableau de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) illustre parfaitement la virtuosité et la liberté d'exécution de l'un des artistes les plus inspirés du XVIIIe siècle.
Cette Tête de jeune femme possède à la fois une merveilleuse immédiateté et un air de mystère. Le traitement que Fragonard réserve à sa peau et à ses cheveux est doux, en pâte ; elle semble se fondre dans un halo de lumière dorée. Ses lèvres et ses joues sont rehaussées de roses délicats. Son regard ne rencontre pas celui du spectateur, il le dépasse. Tout le mouvement du tableau réside dans son costume, les touches staccato et vacillantes de noir, appliquées rapidement. Ce portrait est un mélange de sensualité et d'animation, caractéristique du style vif et spontané de Fragonard.
L'élément légèrement fantaisiste du vêtement du modèle n'est peut-être pas aussi théâtral qu'il y paraît au premier abord. Cette forme d'étole en dentelle, prolongement de la mantille, est en effet décrite dans l'ouvrage de 1769 L'Art du Tailleur, de François-Alexandre Pierre de Garsault (1691-1778). Il y précise comment une dame doit s'habiller pour être présentée à la cour, un ensemble encombrant qui comprend un lourd corsage baleiné. Il spécifie toutefois que « si la Dame à présenter ne peut supporter le corsage très baleiné, elle est autorisée à en porter un plus léger, recouvert d'une mantille, avec la traîne de cour et le jupon… La mantille est faite de tout tissu léger tel que gaze, tulle, dentelle, etc. » Il est donc possible que le charmant modèle de ce tableau ait eu des liens avec la cour de Louis XV (1710-1774) ou les premières années de la cour de Louis XVI (1754-1793).
Pierre Rosenberg date ce tableau d'environ 1770-1773 (P. Rosenberg, op. cit. p. 100), période durant laquelle Fragonard connaissait son plus grand succès auprès d'une clientèle aristocratique. Jean-Pierre Cuzin le situe en revanche légèrement plus tard, vers 1778 (J.-P. Cuzin, op. cit. p. 322). Ces deux arguments sont convaincants sur le plan stylistique, exemple supplémentaire, si besoin en était, que l'établissement d'une chronologie claire de l'œuvre de Fragonard constitue une entreprise quasi impossible.
Il est vrai que les touches rapides de noir dans le costume du modèle rappellent l'application en zigzag de la peinture dans le costume de L'Étude (fig. 1, Paris, musée du Louvre, inv. MI 1059). L'une des Figures de Fantaisie, L'Étude est datée avec une certaine certitude de la période autour de 1769-1772. Cependant, le traitement des carnations dans L'Étude ou dans d'autres portraits de femmes du début des années 1770, tels que le Buste d'une jeune fille (Fogg Art Museum, Cambridge, MA), diffère sensiblement de celui de notre Tête de jeune femme. Là où les tableaux antérieurs sont plus rubéniens dans leur plénitude et leur clarté, la douceur de la chair ici, se fondant dans l'obscurité, témoigne de l'influence de Rembrandt (1606-1669) sur Fragonard.
Documenté à Bruxelles en 1773, Fragonard intégra de nombreux éléments de l'art du Siècle d'or néerlandais dans son œuvre, manifestant au fil du temps une prédilection marquée pour Rembrandt. Pour notre tableau, le rapprochement avec le Portrait d'Hendrickje Stoffels (1625-1662) au bonnet de velours (fig. 2, Paris, musée du Louvre, inv. 1751) semble pertinent. Fragonard aurait eu plusieurs occasions d'examiner ce tableau au cours de sa vie, et notamment, en ce qui concerne la Tête de jeune femme, en 1767, lorsqu'il fut vendu dans la vente après décès du grand collectionneur Jean de Jullienne (1686-1766). On retrouve la frontalité, mais aussi et surtout la vibration toute rembranesque à laquelle Fragonard ajoute l’espièglerie qui est la sienne et celle du XVIIIe en France.
Cette Tête de jeune femme possède à la fois une merveilleuse immédiateté et un air de mystère. Le traitement que Fragonard réserve à sa peau et à ses cheveux est doux, en pâte ; elle semble se fondre dans un halo de lumière dorée. Ses lèvres et ses joues sont rehaussées de roses délicats. Son regard ne rencontre pas celui du spectateur, il le dépasse. Tout le mouvement du tableau réside dans son costume, les touches staccato et vacillantes de noir, appliquées rapidement. Ce portrait est un mélange de sensualité et d'animation, caractéristique du style vif et spontané de Fragonard.
L'élément légèrement fantaisiste du vêtement du modèle n'est peut-être pas aussi théâtral qu'il y paraît au premier abord. Cette forme d'étole en dentelle, prolongement de la mantille, est en effet décrite dans l'ouvrage de 1769 L'Art du Tailleur, de François-Alexandre Pierre de Garsault (1691-1778). Il y précise comment une dame doit s'habiller pour être présentée à la cour, un ensemble encombrant qui comprend un lourd corsage baleiné. Il spécifie toutefois que « si la Dame à présenter ne peut supporter le corsage très baleiné, elle est autorisée à en porter un plus léger, recouvert d'une mantille, avec la traîne de cour et le jupon… La mantille est faite de tout tissu léger tel que gaze, tulle, dentelle, etc. » Il est donc possible que le charmant modèle de ce tableau ait eu des liens avec la cour de Louis XV (1710-1774) ou les premières années de la cour de Louis XVI (1754-1793).
Pierre Rosenberg date ce tableau d'environ 1770-1773 (P. Rosenberg, op. cit. p. 100), période durant laquelle Fragonard connaissait son plus grand succès auprès d'une clientèle aristocratique. Jean-Pierre Cuzin le situe en revanche légèrement plus tard, vers 1778 (J.-P. Cuzin, op. cit. p. 322). Ces deux arguments sont convaincants sur le plan stylistique, exemple supplémentaire, si besoin en était, que l'établissement d'une chronologie claire de l'œuvre de Fragonard constitue une entreprise quasi impossible.
Il est vrai que les touches rapides de noir dans le costume du modèle rappellent l'application en zigzag de la peinture dans le costume de L'Étude (fig. 1, Paris, musée du Louvre, inv. MI 1059). L'une des Figures de Fantaisie, L'Étude est datée avec une certaine certitude de la période autour de 1769-1772. Cependant, le traitement des carnations dans L'Étude ou dans d'autres portraits de femmes du début des années 1770, tels que le Buste d'une jeune fille (Fogg Art Museum, Cambridge, MA), diffère sensiblement de celui de notre Tête de jeune femme. Là où les tableaux antérieurs sont plus rubéniens dans leur plénitude et leur clarté, la douceur de la chair ici, se fondant dans l'obscurité, témoigne de l'influence de Rembrandt (1606-1669) sur Fragonard.
Documenté à Bruxelles en 1773, Fragonard intégra de nombreux éléments de l'art du Siècle d'or néerlandais dans son œuvre, manifestant au fil du temps une prédilection marquée pour Rembrandt. Pour notre tableau, le rapprochement avec le Portrait d'Hendrickje Stoffels (1625-1662) au bonnet de velours (fig. 2, Paris, musée du Louvre, inv. 1751) semble pertinent. Fragonard aurait eu plusieurs occasions d'examiner ce tableau au cours de sa vie, et notamment, en ce qui concerne la Tête de jeune femme, en 1767, lorsqu'il fut vendu dans la vente après décès du grand collectionneur Jean de Jullienne (1686-1766). On retrouve la frontalité, mais aussi et surtout la vibration toute rembranesque à laquelle Fragonard ajoute l’espièglerie qui est la sienne et celle du XVIIIe en France.
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