Lot Essay
Cette remarquable commode de style néoclassique associant des laques du Japon et de Chine présente l’estampille de Charles Maclard. Reçu maître en 1742, il travaille rue du Temple à Paris et décède en 1775. Le style néoclassique de cette commode indique qu’il s’agit d’une production de fin de carrière, probablement réalisée vers 1760-1765.
CHARLES MACLARD, MENUISIER OU ÉBÉNISTE
Le comte François de Salverte mentionne Charles Maclard dans Les Ébénistes du XVIIIe siècle (1985) et indique « avoir relevé sa marque sur une très belle commode en ébène, richement ornée de bronzes dorés, à pendentifs de laurier sur les montants ; pieds carrés et cannelés, le tout riche et lourd ».
Faute de documentation sur l’organisation de son atelier, François de Salverte n’exclut pas l’hypothèse d’une collaboration avec d’autres artisans, dans la mesure où Maclard ne serait que menuisier. Il aurait ainsi pu faire sous-traiter la confection de l’ébénisterie de cette commode. Plusieurs éléments la rapprochent de la production de l’ébéniste Pierre Garnier (reçu maître en 1742). En particulier, on peut souligner la récurrence des pieds gaines à section carrée, sculptés d’une double cannelure. Les bronzes sont également très proches, la production de Pierre Garnier est régulièrement habillée de délicates chutes de laurier. On relève enfin dans la production de Garnier plusieurs meubles intégrant des panneaux de laque d’Extrême-Orient, parmi lesquels une commode et une paire d’encoignures en suite vendues chez Christie’s Londres le 7 décembre 2006, lot 130.
Toutefois, Pierre Kjellberg, dans son Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers (1989), va quant à lui à l’encontre de l’avis du comte de Salverte et affirme que cette présente commode « a très bien pu être exécutée par [Charles Maclard] avant sa mort ». Kjellberg nuance ainsi l’hypothèse d’un simple menuisier, ouvrant ainsi la possibilité que Maclard ait exercé une activité d’ébéniste, ou, au moins, qu’il ait été directement impliqué dans l’exécution de ce meuble.
UNE PRODUCTION RARE DANS LE CORPUS DE MACLARD
Le corpus aujourd’hui attribué à Maclard se compose principalement de meubles en placage de bois exotiques ou de vernis européens, dont une paire d’encoignures à décor or sur fond vert a notamment été présentée chez Christie’s New York le 9 mai 1985, lot 120. Les meubles intégrant des panneaux de laque d’Extrême-Orient semblent en revanche beaucoup plus rares dans sa production. Cette rareté s’explique par le faible nombre de pièces importées par les compagnies maritimes, par le prestige attaché à ces matériaux précieux et par leur coût élevé.
Notre présente commode, qui associe des laques japonaises en façade des tiroirs avec des laques chinoises sur les côtés latéraux, est donc nécessairement liée à une commande importante. Bien que l’on dispose de peu d’informations sur sa clientèle, il est néanmoins établi que son fils, Jean-Baptiste Maclard, qui reprend l’entreprise familiale, travaille pour le comte d’Artois lors du chantier du château de Bagatelle, entrepris en 1777. Cette collaboration suggère que l’atelier fondé par son père bénéficie déjà d’un réseau bien établi et d’une clientèle de premier plan.
UN MEUBLE CARACTÉRISTIQUE DU GOUT "À LA GRECQUE"
Cette commode de Charles Maclard s’inscrit pleinement dans le goût à la grecque qui s’impose progressivement au sein des milieux érudits du milieu du XVIIIe siècle, réunis autour de personnalités telles que le comte de Caylus ou le marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour. Elle peut être rapprochée des premières manifestations de cette nouvelle esthétique, notamment du bureau et de son cartonnier commandés par Ange Laurent de La Live de Jully, exécutés vers 1757-1758 et conservés au musée Condé de Chantilly (inv. OA 357).
Les triglyphes et les guirlandes de laurier enrubannées qui ornent notre commode traduisent la diffusion de modèles alors véhiculés par les recueils gravés. Les découvertes archéologiques réalisées à Herculanum et à Pompéi contribuèrent à renouveler les sources d'inspiration et ont permis la naissance d’un répertoire décoratif directement nourri de références antiques.
Par la synthèse qu’elle offre entre la richesse des laques d’Extrême-Orient et l’adoption particulièrement précoce du langage néoclassique, cette œuvre illustre parfaitement les mutations du goût parisien dans les arts décoratifs au tournant des années 1760. Sa conception vers 1760-1765 permet d’envisager qu’elle ait pu constituer une réalisation expérimentale, voire un prototype. Elle compte ainsi parmi les réalisations les plus remarquables aujourd'hui recensées dans la production de Charles Maclard.
CHARLES MACLARD, MENUISIER OU ÉBÉNISTE
Le comte François de Salverte mentionne Charles Maclard dans Les Ébénistes du XVIIIe siècle (1985) et indique « avoir relevé sa marque sur une très belle commode en ébène, richement ornée de bronzes dorés, à pendentifs de laurier sur les montants ; pieds carrés et cannelés, le tout riche et lourd ».
Faute de documentation sur l’organisation de son atelier, François de Salverte n’exclut pas l’hypothèse d’une collaboration avec d’autres artisans, dans la mesure où Maclard ne serait que menuisier. Il aurait ainsi pu faire sous-traiter la confection de l’ébénisterie de cette commode. Plusieurs éléments la rapprochent de la production de l’ébéniste Pierre Garnier (reçu maître en 1742). En particulier, on peut souligner la récurrence des pieds gaines à section carrée, sculptés d’une double cannelure. Les bronzes sont également très proches, la production de Pierre Garnier est régulièrement habillée de délicates chutes de laurier. On relève enfin dans la production de Garnier plusieurs meubles intégrant des panneaux de laque d’Extrême-Orient, parmi lesquels une commode et une paire d’encoignures en suite vendues chez Christie’s Londres le 7 décembre 2006, lot 130.
Toutefois, Pierre Kjellberg, dans son Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers (1989), va quant à lui à l’encontre de l’avis du comte de Salverte et affirme que cette présente commode « a très bien pu être exécutée par [Charles Maclard] avant sa mort ». Kjellberg nuance ainsi l’hypothèse d’un simple menuisier, ouvrant ainsi la possibilité que Maclard ait exercé une activité d’ébéniste, ou, au moins, qu’il ait été directement impliqué dans l’exécution de ce meuble.
UNE PRODUCTION RARE DANS LE CORPUS DE MACLARD
Le corpus aujourd’hui attribué à Maclard se compose principalement de meubles en placage de bois exotiques ou de vernis européens, dont une paire d’encoignures à décor or sur fond vert a notamment été présentée chez Christie’s New York le 9 mai 1985, lot 120. Les meubles intégrant des panneaux de laque d’Extrême-Orient semblent en revanche beaucoup plus rares dans sa production. Cette rareté s’explique par le faible nombre de pièces importées par les compagnies maritimes, par le prestige attaché à ces matériaux précieux et par leur coût élevé.
Notre présente commode, qui associe des laques japonaises en façade des tiroirs avec des laques chinoises sur les côtés latéraux, est donc nécessairement liée à une commande importante. Bien que l’on dispose de peu d’informations sur sa clientèle, il est néanmoins établi que son fils, Jean-Baptiste Maclard, qui reprend l’entreprise familiale, travaille pour le comte d’Artois lors du chantier du château de Bagatelle, entrepris en 1777. Cette collaboration suggère que l’atelier fondé par son père bénéficie déjà d’un réseau bien établi et d’une clientèle de premier plan.
UN MEUBLE CARACTÉRISTIQUE DU GOUT "À LA GRECQUE"
Cette commode de Charles Maclard s’inscrit pleinement dans le goût à la grecque qui s’impose progressivement au sein des milieux érudits du milieu du XVIIIe siècle, réunis autour de personnalités telles que le comte de Caylus ou le marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour. Elle peut être rapprochée des premières manifestations de cette nouvelle esthétique, notamment du bureau et de son cartonnier commandés par Ange Laurent de La Live de Jully, exécutés vers 1757-1758 et conservés au musée Condé de Chantilly (inv. OA 357).
Les triglyphes et les guirlandes de laurier enrubannées qui ornent notre commode traduisent la diffusion de modèles alors véhiculés par les recueils gravés. Les découvertes archéologiques réalisées à Herculanum et à Pompéi contribuèrent à renouveler les sources d'inspiration et ont permis la naissance d’un répertoire décoratif directement nourri de références antiques.
Par la synthèse qu’elle offre entre la richesse des laques d’Extrême-Orient et l’adoption particulièrement précoce du langage néoclassique, cette œuvre illustre parfaitement les mutations du goût parisien dans les arts décoratifs au tournant des années 1760. Sa conception vers 1760-1765 permet d’envisager qu’elle ait pu constituer une réalisation expérimentale, voire un prototype. Elle compte ainsi parmi les réalisations les plus remarquables aujourd'hui recensées dans la production de Charles Maclard.
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