Lot Essay
Cette remarquable fontaine de table, constituée d’un vase chinois associé à deux oiseaux de la manufacture de Vincennes et enrichie d’une somptueuse monture en bronze doré, témoigne avec éloquence du rôle fondamental joué par les marchands-merciers dans la création d’objets hybrides au XVIIIe siècle. Par le biais d’assemblages savants mêlant porcelaines d’origines diverses, bronzes ciselés et éléments décoratifs de grand raffinement, ces intermédiaires contribuèrent activement au renouvellement du goût et à l’émergence d’œuvres originales destinées à une clientèle aristocratique particulièrement exigeante.
Le marchand-mercier Thomas-Joachim Hébert (1687-1773), figure majeure du commerce parisien de luxe durant la première moitié du XVIIIe siècle, possédait déjà deux fontaines de table dans son fonds lors de l’inventaire de son commerce dressé en 1724. L’une d’elles, composée d’un vase cylindrique en porcelaine chinoise émaillée rouge et verte, monté en bronze doré, était estimée à 120 livres ; l’autre, de dimensions plus modestes, associait de la porcelaine japonaise à une monture d’argent. Ces mentions précoces témoignent de l’intérêt croissant porté à ce type d’objet, à la croisée des arts décoratifs européens et des productions orientales.
Toutefois, c’est au milieu du XVIIIe siècle que la transformation de porcelaines orientales et européennes en véritables objets de luxe connut son plein développement. Ce phénomène est étroitement lié à l’activité de Lazare Duvaux (vers 1703-1758), sans doute le fournisseur de la présente fontaine. Son célèbre Livre-journal, couvrant les années 1748 à 1758, mentionne plusieurs œuvres comparables, parmi lesquelles une fontaine particulièrement proche livrée à M. de Roissy le 29 décembre 1750 : « 699 – Une fontaine bleue avec des oiseaux de Vincennes, garnie en bronze doré d’or moulu, 216 livres. »
Cette référence suggère que l’exemplaire décrit incorporait lui aussi des oiseaux en porcelaine tendre de Vincennes, probablement des bouvreuils. Ces modèles furent réalisés par la manufacture de Vincennes, fondée en 1740, d’après des prototypes issus de la célèbre manufacture de Meissen, illustrant ainsi les échanges artistiques et les phénomènes d’émulation entre les principaux centres européens de production porcelainière. Deux oiseaux de Vincennes de ce modèle rare, datés vers 1749-1750, sont aujourd’hui conservés au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 54.147.30).
La rareté de ce type de composition est confirmée par plusieurs comparaisons. Une fontaine très proche, présentant des montures identiques et des oiseaux comparables de Vincennes, fut vendue chez Sotheby’s à Londres le 17 mai 1968 (lot 33) et reproduite par D. Lunsingh Scheurleer dans Chinesisches und japanisches Porzellan in europäischen Fassungen (1980, fig. 167, p. 256). Un autre exemplaire, associant un vase céladon à des oiseaux de Vincennes ou de Meissen, fut présenté chez Christie’s à New York le 23 avril 1998 (lot 116).
À l’origine destinées à distribuer de l’eau parfumée, du vin, du café ou du thé, les fontaines de table participaient pleinement à l’art du paraître et à la culture de sociabilité qui caractérisaient les élites européennes du XVIIIe siècle. Dans le présent exemple, l’abondant décor de fleurs en porcelaine entourant le vase établit un dialogue subtil entre fonction et ornement, évoquant avec raffinement les fragrances naturelles auxquelles l’objet était associé. Cette célébration virtuose de la nature artificiellement recréée explique sans doute l’attrait considérable qu’exercèrent de telles œuvres auprès de la haute société parisienne de l’époque.
Le marchand-mercier Thomas-Joachim Hébert (1687-1773), figure majeure du commerce parisien de luxe durant la première moitié du XVIIIe siècle, possédait déjà deux fontaines de table dans son fonds lors de l’inventaire de son commerce dressé en 1724. L’une d’elles, composée d’un vase cylindrique en porcelaine chinoise émaillée rouge et verte, monté en bronze doré, était estimée à 120 livres ; l’autre, de dimensions plus modestes, associait de la porcelaine japonaise à une monture d’argent. Ces mentions précoces témoignent de l’intérêt croissant porté à ce type d’objet, à la croisée des arts décoratifs européens et des productions orientales.
Toutefois, c’est au milieu du XVIIIe siècle que la transformation de porcelaines orientales et européennes en véritables objets de luxe connut son plein développement. Ce phénomène est étroitement lié à l’activité de Lazare Duvaux (vers 1703-1758), sans doute le fournisseur de la présente fontaine. Son célèbre Livre-journal, couvrant les années 1748 à 1758, mentionne plusieurs œuvres comparables, parmi lesquelles une fontaine particulièrement proche livrée à M. de Roissy le 29 décembre 1750 : « 699 – Une fontaine bleue avec des oiseaux de Vincennes, garnie en bronze doré d’or moulu, 216 livres. »
Cette référence suggère que l’exemplaire décrit incorporait lui aussi des oiseaux en porcelaine tendre de Vincennes, probablement des bouvreuils. Ces modèles furent réalisés par la manufacture de Vincennes, fondée en 1740, d’après des prototypes issus de la célèbre manufacture de Meissen, illustrant ainsi les échanges artistiques et les phénomènes d’émulation entre les principaux centres européens de production porcelainière. Deux oiseaux de Vincennes de ce modèle rare, datés vers 1749-1750, sont aujourd’hui conservés au Metropolitan Museum of Art de New York (inv. 54.147.30).
La rareté de ce type de composition est confirmée par plusieurs comparaisons. Une fontaine très proche, présentant des montures identiques et des oiseaux comparables de Vincennes, fut vendue chez Sotheby’s à Londres le 17 mai 1968 (lot 33) et reproduite par D. Lunsingh Scheurleer dans Chinesisches und japanisches Porzellan in europäischen Fassungen (1980, fig. 167, p. 256). Un autre exemplaire, associant un vase céladon à des oiseaux de Vincennes ou de Meissen, fut présenté chez Christie’s à New York le 23 avril 1998 (lot 116).
À l’origine destinées à distribuer de l’eau parfumée, du vin, du café ou du thé, les fontaines de table participaient pleinement à l’art du paraître et à la culture de sociabilité qui caractérisaient les élites européennes du XVIIIe siècle. Dans le présent exemple, l’abondant décor de fleurs en porcelaine entourant le vase établit un dialogue subtil entre fonction et ornement, évoquant avec raffinement les fragrances naturelles auxquelles l’objet était associé. Cette célébration virtuose de la nature artificiellement recréée explique sans doute l’attrait considérable qu’exercèrent de telles œuvres auprès de la haute société parisienne de l’époque.
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