Lot Essay
"Que [Jacques Majorelle] peigne les souks de Marrakech [...] ou les Kasbahs féodales du sud du désert, toujours il réalise, dans une forte synthèse décorative, bien qu'avec une préciosité de miniaturiste persan, la vérité profondément observée et repensée du pays qui le passionne".
Camille Mauclair, Le Figaro, mai 1932.
La tradition des Allamattes représentée ici par le peintre à Marrakech en 1931 ne déroge pas à la règle. Lorsque Jacques Majorelle découvre pour la première fois cette cérémonie à l’occasion de la visite du président de la République Gaston Doumergue en 1930, ses sens sont bouleversés par l’agitation de ces silhouettes fantomatiques masquées, le chatoiement des tissus traditionnels, la chaleur tour à tour apaisante et contraignante du soleil et le brouhaha incessant de la foule.
« À l’occasion de la réception grandiose faite au chef de l’État par la ville de Marrakech […], on remarquera les curieux mannequins qui émergent de la foule. C'était jadis la façon de faire figurer les femmes qui, enfermées dans le harem, n'avaient pas le droit de prendre part aux réjouissances publiques. Leur réclusion a cessé mais la tradition s'est conservée», rapporte L’Illustration dans ses numéros des 25 octobre et 1er novembre 1930, consacrés à la visite officielle de Doumergue au Maroc.
Accueilli à Marrakech par le pacha Thami El Glaoui, le chef de l’État assiste à des festivités au cours desquelles apparaissent ces effigies traditionnelles, les Allamattes. Si le journaliste de L’Illustration en propose une interprétation liée à l’ancienne réclusion des femmes dans les harems, ces mannequins, constitués d’une structure de bois revêtue de tissus vivement colorés, relèvent en réalité d’une coutume ancestrale : chaque corporation de la région de Marrakech était invitée par le pacha à se réunir aux portes de la ville pour honorer le passage d’un hôte de marque, les Allamattes faisant office de mascottes aux couleurs propres à chaque corporation.
Quelques mois plus tard, lorsque le journal casablancais La Vigie Marocaine commande à Majorelle une grande peinture pour ses nouveaux locaux, il choisit naturellement de représenter cette scène de la vie marrakchie. Présentée à l’Exposition coloniale internationale de Paris en 1931, l’oeuvre suscite notamment l’admiration du maréchal Lyautey. Datée de cette même année et localisée à Marrakech, cette gouache sur papier témoigne de la fascination du peintre pour les traditions et la vie quotidienne de son pays d’adoption.
Dans une composition presque en frise, les silhouettes se détachent sur un paysage de palmiers, tandis que les Allamattes émergent de la foule. La palette d’ocres et de tons terreux, animée de rehauts d’encre dorée et argentée, fait scintiller les vêtements et les ornements sous une lumière écrasante. Les figures semblent surgir du fond, leurs contours lumineux leur conférant une présence presque irréelle. Les regards fuyants et les attitudes saisies dans le mouvement renforcent l’impression d’une scène observée sur le vif, tandis que la sobriété chromatique en exalte la puissance décorative. Cette œuvre conjugue ainsi la précision de l’observation à une vision résolument moderne, où la monumentalité de la composition et la préciosité des rehauts lumineux donnent à cette scène traditionnelle toute sa singularité.
Les Allamattes fascinent tant Majorelle qu’il en réalise une série de représentations, telle qu’une gouache, réalisée un peu plus tard, vendue chez Christie’s à Paris le 17 décembre 2008, lot 22, ou une huile sur toile vendue chez Artcurial le 30 décembre 2017, lot 3.
Camille Mauclair, Le Figaro, mai 1932.
La tradition des Allamattes représentée ici par le peintre à Marrakech en 1931 ne déroge pas à la règle. Lorsque Jacques Majorelle découvre pour la première fois cette cérémonie à l’occasion de la visite du président de la République Gaston Doumergue en 1930, ses sens sont bouleversés par l’agitation de ces silhouettes fantomatiques masquées, le chatoiement des tissus traditionnels, la chaleur tour à tour apaisante et contraignante du soleil et le brouhaha incessant de la foule.
« À l’occasion de la réception grandiose faite au chef de l’État par la ville de Marrakech […], on remarquera les curieux mannequins qui émergent de la foule. C'était jadis la façon de faire figurer les femmes qui, enfermées dans le harem, n'avaient pas le droit de prendre part aux réjouissances publiques. Leur réclusion a cessé mais la tradition s'est conservée», rapporte L’Illustration dans ses numéros des 25 octobre et 1er novembre 1930, consacrés à la visite officielle de Doumergue au Maroc.
Accueilli à Marrakech par le pacha Thami El Glaoui, le chef de l’État assiste à des festivités au cours desquelles apparaissent ces effigies traditionnelles, les Allamattes. Si le journaliste de L’Illustration en propose une interprétation liée à l’ancienne réclusion des femmes dans les harems, ces mannequins, constitués d’une structure de bois revêtue de tissus vivement colorés, relèvent en réalité d’une coutume ancestrale : chaque corporation de la région de Marrakech était invitée par le pacha à se réunir aux portes de la ville pour honorer le passage d’un hôte de marque, les Allamattes faisant office de mascottes aux couleurs propres à chaque corporation.
Quelques mois plus tard, lorsque le journal casablancais La Vigie Marocaine commande à Majorelle une grande peinture pour ses nouveaux locaux, il choisit naturellement de représenter cette scène de la vie marrakchie. Présentée à l’Exposition coloniale internationale de Paris en 1931, l’oeuvre suscite notamment l’admiration du maréchal Lyautey. Datée de cette même année et localisée à Marrakech, cette gouache sur papier témoigne de la fascination du peintre pour les traditions et la vie quotidienne de son pays d’adoption.
Dans une composition presque en frise, les silhouettes se détachent sur un paysage de palmiers, tandis que les Allamattes émergent de la foule. La palette d’ocres et de tons terreux, animée de rehauts d’encre dorée et argentée, fait scintiller les vêtements et les ornements sous une lumière écrasante. Les figures semblent surgir du fond, leurs contours lumineux leur conférant une présence presque irréelle. Les regards fuyants et les attitudes saisies dans le mouvement renforcent l’impression d’une scène observée sur le vif, tandis que la sobriété chromatique en exalte la puissance décorative. Cette œuvre conjugue ainsi la précision de l’observation à une vision résolument moderne, où la monumentalité de la composition et la préciosité des rehauts lumineux donnent à cette scène traditionnelle toute sa singularité.
Les Allamattes fascinent tant Majorelle qu’il en réalise une série de représentations, telle qu’une gouache, réalisée un peu plus tard, vendue chez Christie’s à Paris le 17 décembre 2008, lot 22, ou une huile sur toile vendue chez Artcurial le 30 décembre 2017, lot 3.
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