Lot Essay
Le modèle de cette remarquable cave à liqueur Éléphant par la prestigieuse maison Baccarat fut présenté pour la première fois à l’Exposition universelle de 1878, lors de laquelle elle reçut une médaille d'or. Organisée seulement huit ans après la défaite de la France lors de la guerre franco-prussienne, cette manifestation constituait à la fois une démonstration des avancées industrielles et culturelles des nations participantes et une vitrine exceptionnelle du renouveau artistique français. Dans ce contexte, le stand de Baccarat s’imposa comme l’un des plus spectaculaires de l’exposition, captivant les visiteurs par l’originalité et la virtuosité technique de ses créations en cristal.
Depuis sa fondation en 1764 sous le règne de Louis XV, la manufacture Baccarat occupe une place prépondérante dans l’histoire de l’innovation verrière française. Établie dans la ville lorraine dont elle adopta ultérieurement le nom, elle fut créée afin de permettre à la France de rivaliser avec les grands centres européens de production de cristal. Une étape décisive fut franchie en 1816 lorsque Aimé-Gabriel d’Artigues prit la direction de la manufacture et y développa la production de cristal, matériau dont la densité, la solidité et les propriétés optiques exceptionnelles allaient rapidement assurer la renommée internationale de l’entreprise.
La véritable révolution technique intervint toutefois avec l’arrivée de François-Eugène de Fontenay en 1841. Ses recherches permirent la mise au point d’un cristal d’une transparence remarquable grâce à l’introduction d’oxyde de nickel dans le procédé de fabrication. Cette innovation permit d’obtenir un matériau parfaitement limpide, évoquant la pureté du cristal de roche. La qualité exceptionnelle de cette production fut rapidement reconnue et valut à Baccarat l’obtention d’une médaille d’or à l’Exposition des Produits de l’Industrie française de 1844.
Forte de cette maîtrise technique, la manufacture poursuivit ses recherches et développa des créations toujours plus ambitieuses, tant dans leurs formes que dans leur exécution. C’est dans cette dynamique que fut conçue la cave à liqueur Éléphant, l’une des œuvres les plus singulières présentées lors de l’Exposition universelle de 1878. Un critique contemporain la décrivit alors comme « un cabinet à liqueurs en forme d’éléphant, plus bizarre qu’élégant ». Cette remarque traduit cependant davantage la surprise qu’inspira cette création que ses véritables qualités. L’œuvre apparaît aujourd’hui comme une démonstration spectaculaire du savoir-faire technique de Baccarat, associée à un goût prononcé pour l’exotisme qui caractérise alors les arts décoratifs de la fin du XIXᵉ siècle.
Les recherches menées par Michaela Lerch, conservatrice et directrice du Service Patrimoine de Baccarat, ont permis de mieux comprendre la complexité de sa conception. Contrairement aux éditions réalisées au XXᵉ siècle, le modèle original de 1878 était constitué de plusieurs éléments distincts en cristal moulé. Les parties antérieure et postérieure de l’animal étaient réalisées séparément, puis assemblées grâce à un système ingénieux de tiges et d’écrous dissimulés sous les draperies qui enveloppent le coffret à liqueurs en forme de coupole. Les oreilles constituaient également des éléments indépendants, dont les lignes d’assemblage étaient habilement masquées par le harnachement.
Le cristal faisait ensuite l’objet d’un traitement de givrage obtenu par bain acide, procédé destiné à adoucir son éclat avant un polissage sélectif qui créait un contraste particulièrement raffiné avec les surfaces dorées du bronze. Cette construction sophistiquée distingue nettement le modèle de 1878 des éditions produites entre 1982 et 2004, dont le corps est moulé d’une seule pièce et dont les socles portent fréquemment la signature de la manufacture, ce qui n’est pas le cas du présent exemplaire.
À cette prouesse technique s’ajoute une iconographie profondément marquée par l’orientalisme, courant esthétique qui exerça une influence majeure sur les arts décoratifs européens tout au long du XIXᵉ siècle. Le modèle semble notamment trouver son inspiration dans le célèbre Éléphant de la Bastille, monument imaginé sous le règne de Napoléon Ier et conçu sous diverses formes par l’architecte Jean-Antoine Alavoine. Le projet de fontaine fut abandonné à la fin du Premier Empire, mais sa maquette en bois et en plâtre grandeur nature, haute de 24 mètres, resta exposée sur la place de la Bastille jusqu'en 1847. Victor Hugo en fit l'abri de fortune de Gavroche dans Les Misérables (1862). Cette référence confère à l’œuvre une dimension à la fois monumentale et imaginaire, caractéristique de l’exotisme alors en vogue. Cette réalisation de 1878 ne fut suivie que de quelques rares exemplaires, dont sept entre 1884 et 1885 et un dans les années 1920 pour le maharadjah de Baroda, qui d'après la légende, l'aurait acheté pour célébrer la fête indienne de l'Éléphant.
Dans le même esprit, Baccarat présenta également à l’Exposition universelle de 1878 un brûle-parfum en forme de chameau, intitulé Le Vaisseau du désert. Comme la cave à liqueur Éléphant, cette création ne fut réalisée qu’en très petit nombre. Le motif de l’éléphant connut alors un succès considérable dans les arts décoratifs de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, inspirant plusieurs grandes maisons de luxe telles que Christofle, L’Escalier de Cristal, Ferdinand Barbedienne ou encore la Société des Marbres Onyx d’Algérie, qui intégrèrent cette figure exotique à certaines de leurs œuvres les plus ambitieuses.
Cette fascination ne se limita pas aux années 1870. En 1880, Baccarat créa également un Vase Éléphant, représentant l’animal portant sur son dos un vase décoré de motifs inspirés de l’art japonais. Cette œuvre témoigne de la permanence des influences orientalistes au sein de la production de la manufacture et illustre la capacité de Baccarat à conjuguer innovation technique, imaginaire exotique et raffinement décoratif, faisant de la cave à liqueur Éléphant l’un des témoignages les plus remarquables de l’art du cristal à la fin du XIXᵉ siècle.
Christie’s tient à remercier Michaela Lerch, conservatrice et directrice du patrimoine de Baccarat, pour son aimable concours dans les recherches menées sur le présent lot.
Depuis sa fondation en 1764 sous le règne de Louis XV, la manufacture Baccarat occupe une place prépondérante dans l’histoire de l’innovation verrière française. Établie dans la ville lorraine dont elle adopta ultérieurement le nom, elle fut créée afin de permettre à la France de rivaliser avec les grands centres européens de production de cristal. Une étape décisive fut franchie en 1816 lorsque Aimé-Gabriel d’Artigues prit la direction de la manufacture et y développa la production de cristal, matériau dont la densité, la solidité et les propriétés optiques exceptionnelles allaient rapidement assurer la renommée internationale de l’entreprise.
La véritable révolution technique intervint toutefois avec l’arrivée de François-Eugène de Fontenay en 1841. Ses recherches permirent la mise au point d’un cristal d’une transparence remarquable grâce à l’introduction d’oxyde de nickel dans le procédé de fabrication. Cette innovation permit d’obtenir un matériau parfaitement limpide, évoquant la pureté du cristal de roche. La qualité exceptionnelle de cette production fut rapidement reconnue et valut à Baccarat l’obtention d’une médaille d’or à l’Exposition des Produits de l’Industrie française de 1844.
Forte de cette maîtrise technique, la manufacture poursuivit ses recherches et développa des créations toujours plus ambitieuses, tant dans leurs formes que dans leur exécution. C’est dans cette dynamique que fut conçue la cave à liqueur Éléphant, l’une des œuvres les plus singulières présentées lors de l’Exposition universelle de 1878. Un critique contemporain la décrivit alors comme « un cabinet à liqueurs en forme d’éléphant, plus bizarre qu’élégant ». Cette remarque traduit cependant davantage la surprise qu’inspira cette création que ses véritables qualités. L’œuvre apparaît aujourd’hui comme une démonstration spectaculaire du savoir-faire technique de Baccarat, associée à un goût prononcé pour l’exotisme qui caractérise alors les arts décoratifs de la fin du XIXᵉ siècle.
Les recherches menées par Michaela Lerch, conservatrice et directrice du Service Patrimoine de Baccarat, ont permis de mieux comprendre la complexité de sa conception. Contrairement aux éditions réalisées au XXᵉ siècle, le modèle original de 1878 était constitué de plusieurs éléments distincts en cristal moulé. Les parties antérieure et postérieure de l’animal étaient réalisées séparément, puis assemblées grâce à un système ingénieux de tiges et d’écrous dissimulés sous les draperies qui enveloppent le coffret à liqueurs en forme de coupole. Les oreilles constituaient également des éléments indépendants, dont les lignes d’assemblage étaient habilement masquées par le harnachement.
Le cristal faisait ensuite l’objet d’un traitement de givrage obtenu par bain acide, procédé destiné à adoucir son éclat avant un polissage sélectif qui créait un contraste particulièrement raffiné avec les surfaces dorées du bronze. Cette construction sophistiquée distingue nettement le modèle de 1878 des éditions produites entre 1982 et 2004, dont le corps est moulé d’une seule pièce et dont les socles portent fréquemment la signature de la manufacture, ce qui n’est pas le cas du présent exemplaire.
À cette prouesse technique s’ajoute une iconographie profondément marquée par l’orientalisme, courant esthétique qui exerça une influence majeure sur les arts décoratifs européens tout au long du XIXᵉ siècle. Le modèle semble notamment trouver son inspiration dans le célèbre Éléphant de la Bastille, monument imaginé sous le règne de Napoléon Ier et conçu sous diverses formes par l’architecte Jean-Antoine Alavoine. Le projet de fontaine fut abandonné à la fin du Premier Empire, mais sa maquette en bois et en plâtre grandeur nature, haute de 24 mètres, resta exposée sur la place de la Bastille jusqu'en 1847. Victor Hugo en fit l'abri de fortune de Gavroche dans Les Misérables (1862). Cette référence confère à l’œuvre une dimension à la fois monumentale et imaginaire, caractéristique de l’exotisme alors en vogue. Cette réalisation de 1878 ne fut suivie que de quelques rares exemplaires, dont sept entre 1884 et 1885 et un dans les années 1920 pour le maharadjah de Baroda, qui d'après la légende, l'aurait acheté pour célébrer la fête indienne de l'Éléphant.
Dans le même esprit, Baccarat présenta également à l’Exposition universelle de 1878 un brûle-parfum en forme de chameau, intitulé Le Vaisseau du désert. Comme la cave à liqueur Éléphant, cette création ne fut réalisée qu’en très petit nombre. Le motif de l’éléphant connut alors un succès considérable dans les arts décoratifs de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, inspirant plusieurs grandes maisons de luxe telles que Christofle, L’Escalier de Cristal, Ferdinand Barbedienne ou encore la Société des Marbres Onyx d’Algérie, qui intégrèrent cette figure exotique à certaines de leurs œuvres les plus ambitieuses.
Cette fascination ne se limita pas aux années 1870. En 1880, Baccarat créa également un Vase Éléphant, représentant l’animal portant sur son dos un vase décoré de motifs inspirés de l’art japonais. Cette œuvre témoigne de la permanence des influences orientalistes au sein de la production de la manufacture et illustre la capacité de Baccarat à conjuguer innovation technique, imaginaire exotique et raffinement décoratif, faisant de la cave à liqueur Éléphant l’un des témoignages les plus remarquables de l’art du cristal à la fin du XIXᵉ siècle.
Christie’s tient à remercier Michaela Lerch, conservatrice et directrice du patrimoine de Baccarat, pour son aimable concours dans les recherches menées sur le présent lot.
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