Lot Essay
Ce vase faisait partie de la présentation du joaillier français Gustave Baugrand à l’Exposition universelle de Paris de 1867 qui comprenait un ensemble exceptionnel de haute joaillerie, d'orfèvrerie et d'objets d'art, combinant le faste du Second Empire et la rigueur du style néo-égyptien.
L'EXPOSITION DE 1867: UN MOMENT CHARNIÈRE DANS L’HISTOIRE DES ARTS DÉCORATIFS
L’Exposition universelle de 1867, officiellement désignée Exposition universelle d’Art et d’Industrie, se tint à Paris du 1er avril au 3 novembre 1867 sur le Champ-de-Mars. Quatrième Exposition universelle et seconde organisée dans la capitale française après celle de 1855, elle réunit plus de quarante nations venues présenter leurs réalisations industrielles, artistiques et scientifiques.
L’événement s’inscrit dans un contexte de profond renouvellement du goût, nourri par l’intérêt croissant porté aux civilisations antiques et orientales. Les importantes découvertes archéologiques réalisées au milieu du XIXᵉ siècle révélèrent des vestiges et objets qui contribuèrent à raviver l’intérêt pour l’art étrusque, gréco-romain et égyptien. Artistes, architectes et ornemanistes puisèrent largement dans ce répertoire décoratif, qui exerça une influence durable sur les arts décoratifs, l’architecture, le mobilier et surtout la joaillerie.
L’Exposition de 1867 marque une étape décisive dans l’évolution du goût. Elle consacre l’abandon des tendances exclusivement conservatrices au profit d’une véritable effervescence créatrice, caractérisée par de nouvelles ambitions artistiques et un renouvellement des sources d’inspiration. Trois grandes orientations stylistiques semblent alors s’affirmer : le goût pour l’histoire, l’archéologie et l’Antiquité gréco-romaine ; l’attrait pour les cultures et les arts du monde ; enfin, l’intérêt croissant pour la nature et ses formes, qui trouve son expression dans le développement du naturalisme décoratif. (voir R. Isay, Panorama des expositions universelles, Parts III-IV: L'Exposition de 1867, Revue des deux mondes 1937, p. 128)
Dans ce contexte, l’Exposition universelle de 1867 est un moment charnière dans l’histoire des arts décoratifs du Second Empire, offrant une scène internationale à la coexistence et à la diffusion des courants historicistes, orientalistes et naturalistes qui allaient marquer la création artistique des décennies suivantes.
LA VITRINE DE BAUGRAND: L'APOGÉE DE L'ÉGYPTOMANIE
Cette image historique capture la vitrine emblématique du célèbre joaillier de la cour impériale française, Gustave Baugrand, lors de l'Exposition universelle de 1867 à Paris. Véritable apogée de l'égyptomanie au XIXe siècle, cette présentation s'impose comme un moment clé où les découvertes archéologiques ont directement rencontré la haute joaillerie européenne.
La vitrine était dominée par une statue monumentale de la déesse Isis, servant de décor théâtral à une collection qui fascina tant le jury international que la cour impériale française.
Les pièces exposées au sein de cet écrin rompaient avec les formats classiques traditionnels. Baugrand a repris l'iconographie antique, ornant ses bijoux de scarabées sculptés, de fleurs de lotus, de profils de pharaons et de motifs hiéroglyphiques et ses objets d'orfèvrerie de rinceaux végétaux et géometriques. Pour évoquer la culture matérielle de l'Antiquité, il utilisa une riche palette d'émaux d'un bleu lapis, ocre et terracotta, de filigranes d'or et de pierres précieuses multicolores minutieusement taillées.
Saluée par la critique comme l'une des présentations les plus innovantes et cohérentes de l'Exposition universelle de 1867, cette vitrine ancra définitivement l'esthétique égyptienne comme une force majeure des arts décoratifs européens. Pour son génie créatif et sa contribution à l'industrie française lors de cet événement, Baugrand fut décoré de la Légion d'honneur.
GUSTAVE BAUGRAND (1826-1870)
Né en 1826, Gustave Baugrand se forme auprès de son père, Victor Baugrand, sertisseur et joaillier parisien. Sa carrière débute véritablement en 1852 lorsqu’il s’associe à Paul Marret, dont il reprend progressivement la maison située au 19, rue de la Paix à Paris. À la suite du décès prématuré de Marret en 1853, Baugrand poursuit l’activité avec la veuve de son associé avant d’en devenir l’unique propriétaire en 1864.
Sous la raison sociale Marret & Baugrand, la maison connaît un succès rapide. À l’Exposition universelle de Paris de 1855, elle obtient une Médaille d’honneur, saluée notamment pour la délicatesse exceptionnelle de ses montures. La même année, une commande de l’impératrice Eugénie lui ouvre les portes de la cour impériale, dont la maison devient l’un des fournisseurs attitrés.
Joaillier apprécié de l’aristocratie européenne, Baugrand se distingue par la finesse de son exécution et par son rôle novateur dans le renouveau stylistique de la joaillerie du Second Empire. Puisant son inspiration dans l’Antiquité grecque et égyptienne, il contribue à populariser les courants néo-grec et néo-égyptien. Ses créations, présentées notamment à l’Exposition universelle de Londres en 1862 puis à celle de Paris en 1867, sont unanimement remarquées pour l’originalité de leurs modèles et la qualité de leur réalisation.
Contrairement à nombre de ses contemporains, Baugrand ne se limite pas au rôle de marchand-joaillier. Il dirige ses propres ateliers, où dessinateurs, modeleurs et artisans exécutent les créations qu’il conçoit, faisant de sa maison un véritable centre de création artistique.
Au sommet de sa renommée, Gustave Baugrand meurt durant le siège de Paris en 1870. Peu après sa disparition, la maison est acquise par Henri Vever, futur grand nom de la joaillerie française.
UN CADEAU AU DUC DE CHAMBORD
Les armoiries apposées sur les attaches des anses sont celles de Henri d’Artois, Comte de Chambord qui en tant qu’aîné est le seul à revendiquer les armoiries pleines (sans brisures) de France comme elles figurent sur ce vase.
Henri d’Artois, duc de Bordeaux puis comte de Chambord (1820-1883) est le petit-fils du roi Charles X. Il est le dernier représentant de la branche aînée des Bourbons et le prétendant légitimiste au trône de France sous le nom d’« Henri V » de 1844 à sa mort. Au moment de l’exposition de 1867 il est exilé au château de Frohsdorf, en Autriche. Cette période correspond à l’apogée de son prestige auprès des milieux monarchistes, qui voient en lui le dépositaire de la tradition dynastique française. Il recevait donc régulièrement des présents de ses partisans légitimistes dans les années 1850-1870.
Le travail des armoiries dans le ciselé comme dans l’émaillage diffère du reste du vase et d’autre part leur apposition sur les anses est un peu maladroite suggérant que ces trois écus ont été ajoutés postérieurement afin d'être présenté en cadeau au comte de Chambord, le potentiel futur roi de France.
L'EXPOSITION DE 1867: UN MOMENT CHARNIÈRE DANS L’HISTOIRE DES ARTS DÉCORATIFS
L’Exposition universelle de 1867, officiellement désignée Exposition universelle d’Art et d’Industrie, se tint à Paris du 1er avril au 3 novembre 1867 sur le Champ-de-Mars. Quatrième Exposition universelle et seconde organisée dans la capitale française après celle de 1855, elle réunit plus de quarante nations venues présenter leurs réalisations industrielles, artistiques et scientifiques.
L’événement s’inscrit dans un contexte de profond renouvellement du goût, nourri par l’intérêt croissant porté aux civilisations antiques et orientales. Les importantes découvertes archéologiques réalisées au milieu du XIXᵉ siècle révélèrent des vestiges et objets qui contribuèrent à raviver l’intérêt pour l’art étrusque, gréco-romain et égyptien. Artistes, architectes et ornemanistes puisèrent largement dans ce répertoire décoratif, qui exerça une influence durable sur les arts décoratifs, l’architecture, le mobilier et surtout la joaillerie.
L’Exposition de 1867 marque une étape décisive dans l’évolution du goût. Elle consacre l’abandon des tendances exclusivement conservatrices au profit d’une véritable effervescence créatrice, caractérisée par de nouvelles ambitions artistiques et un renouvellement des sources d’inspiration. Trois grandes orientations stylistiques semblent alors s’affirmer : le goût pour l’histoire, l’archéologie et l’Antiquité gréco-romaine ; l’attrait pour les cultures et les arts du monde ; enfin, l’intérêt croissant pour la nature et ses formes, qui trouve son expression dans le développement du naturalisme décoratif. (voir R. Isay, Panorama des expositions universelles, Parts III-IV: L'Exposition de 1867, Revue des deux mondes 1937, p. 128)
Dans ce contexte, l’Exposition universelle de 1867 est un moment charnière dans l’histoire des arts décoratifs du Second Empire, offrant une scène internationale à la coexistence et à la diffusion des courants historicistes, orientalistes et naturalistes qui allaient marquer la création artistique des décennies suivantes.
LA VITRINE DE BAUGRAND: L'APOGÉE DE L'ÉGYPTOMANIE
Cette image historique capture la vitrine emblématique du célèbre joaillier de la cour impériale française, Gustave Baugrand, lors de l'Exposition universelle de 1867 à Paris. Véritable apogée de l'égyptomanie au XIXe siècle, cette présentation s'impose comme un moment clé où les découvertes archéologiques ont directement rencontré la haute joaillerie européenne.
La vitrine était dominée par une statue monumentale de la déesse Isis, servant de décor théâtral à une collection qui fascina tant le jury international que la cour impériale française.
Les pièces exposées au sein de cet écrin rompaient avec les formats classiques traditionnels. Baugrand a repris l'iconographie antique, ornant ses bijoux de scarabées sculptés, de fleurs de lotus, de profils de pharaons et de motifs hiéroglyphiques et ses objets d'orfèvrerie de rinceaux végétaux et géometriques. Pour évoquer la culture matérielle de l'Antiquité, il utilisa une riche palette d'émaux d'un bleu lapis, ocre et terracotta, de filigranes d'or et de pierres précieuses multicolores minutieusement taillées.
Saluée par la critique comme l'une des présentations les plus innovantes et cohérentes de l'Exposition universelle de 1867, cette vitrine ancra définitivement l'esthétique égyptienne comme une force majeure des arts décoratifs européens. Pour son génie créatif et sa contribution à l'industrie française lors de cet événement, Baugrand fut décoré de la Légion d'honneur.
GUSTAVE BAUGRAND (1826-1870)
Né en 1826, Gustave Baugrand se forme auprès de son père, Victor Baugrand, sertisseur et joaillier parisien. Sa carrière débute véritablement en 1852 lorsqu’il s’associe à Paul Marret, dont il reprend progressivement la maison située au 19, rue de la Paix à Paris. À la suite du décès prématuré de Marret en 1853, Baugrand poursuit l’activité avec la veuve de son associé avant d’en devenir l’unique propriétaire en 1864.
Sous la raison sociale Marret & Baugrand, la maison connaît un succès rapide. À l’Exposition universelle de Paris de 1855, elle obtient une Médaille d’honneur, saluée notamment pour la délicatesse exceptionnelle de ses montures. La même année, une commande de l’impératrice Eugénie lui ouvre les portes de la cour impériale, dont la maison devient l’un des fournisseurs attitrés.
Joaillier apprécié de l’aristocratie européenne, Baugrand se distingue par la finesse de son exécution et par son rôle novateur dans le renouveau stylistique de la joaillerie du Second Empire. Puisant son inspiration dans l’Antiquité grecque et égyptienne, il contribue à populariser les courants néo-grec et néo-égyptien. Ses créations, présentées notamment à l’Exposition universelle de Londres en 1862 puis à celle de Paris en 1867, sont unanimement remarquées pour l’originalité de leurs modèles et la qualité de leur réalisation.
Contrairement à nombre de ses contemporains, Baugrand ne se limite pas au rôle de marchand-joaillier. Il dirige ses propres ateliers, où dessinateurs, modeleurs et artisans exécutent les créations qu’il conçoit, faisant de sa maison un véritable centre de création artistique.
Au sommet de sa renommée, Gustave Baugrand meurt durant le siège de Paris en 1870. Peu après sa disparition, la maison est acquise par Henri Vever, futur grand nom de la joaillerie française.
UN CADEAU AU DUC DE CHAMBORD
Les armoiries apposées sur les attaches des anses sont celles de Henri d’Artois, Comte de Chambord qui en tant qu’aîné est le seul à revendiquer les armoiries pleines (sans brisures) de France comme elles figurent sur ce vase.
Henri d’Artois, duc de Bordeaux puis comte de Chambord (1820-1883) est le petit-fils du roi Charles X. Il est le dernier représentant de la branche aînée des Bourbons et le prétendant légitimiste au trône de France sous le nom d’« Henri V » de 1844 à sa mort. Au moment de l’exposition de 1867 il est exilé au château de Frohsdorf, en Autriche. Cette période correspond à l’apogée de son prestige auprès des milieux monarchistes, qui voient en lui le dépositaire de la tradition dynastique française. Il recevait donc régulièrement des présents de ses partisans légitimistes dans les années 1850-1870.
Le travail des armoiries dans le ciselé comme dans l’émaillage diffère du reste du vase et d’autre part leur apposition sur les anses est un peu maladroite suggérant que ces trois écus ont été ajoutés postérieurement afin d'être présenté en cadeau au comte de Chambord, le potentiel futur roi de France.
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