Lot Essay
Le Second Empire fut marqué en France par un renouveau spectaculaire de l’intérêt porté à la Chine, et plus particulièrement aux œuvres en émail cloisonné. Cet engouement, largement encouragé par Napoléon III et l’impératrice Eugénie, s’accrut à la suite de la campagne de Chine de 1860. D’importants ensembles d’objets rapportés du Palais d’Été de Pékin (Yuanming Yuan) furent alors présentés aux Tuileries : porcelaines, émaux cloisonnés, jades, armes et armures de parade, ainsi que garnitures de temple, autant de témoignages du raffinement des arts chinois qui fascinèrent le public français.
En reconnaissance du soutien apporté par l’Impératrice aux forces françaises, une partie de ces trésors lui avait été réservée dès l’origine. À l’issue de leur présentation publique, les œuvres qu’Eugénie sélectionna personnellement furent installées dans ce qui allait devenir le célèbre Musée chinois de Fontainebleau. Dans les années qui suivirent, Napoléon III et l’Impératrice entreprirent le réaménagement de plusieurs appartements du château, faisant appel aux plus brillants ébénistes, bronziers et artisans français afin de créer un décor en harmonie avec ces collections exceptionnelles.
S’inscrivant dans la tradition des marchands-merciers du XVIIIe siècle, ces créateurs ne se bornèrent pas à produire des œuvres inspirées de l’Extrême-Orient. Ils intégrèrent également des objets chinois authentiques à leurs réalisations, les enrichissant de montures en bronze doré conçues dans leurs ateliers. De cette rencontre entre formes orientales et savoir-faire occidental naquit une vision idéalisée de l’Orient, fusion esthétique qui préfigure déjà, par son goût pour les lignes sinueuses et les compositions naturalistes, les développements ultérieurs de l’Art nouveau et du mouvement esthète.
L'ATTRIBUTION À FERDINAND BARBEDIENNE
Parmi les principaux artisans de ce courant figure Ferdinand Barbedienne. Celui-ci adapta notamment le couvercle d’un brûle-parfum de l’époque Qianlong ainsi qu’un vase de l’époque Kangxi, tous deux issus des collections rapportées du Palais d’Été, afin de concevoir un spectaculaire lustre en forme de lanterne de plus de trois mètres de hauteur, animé de bras de lumière mouvementés en bronze doré (Fontainebleau, inv. F.1324 C).
Le présent lustre apparaît très vraisemblablement comme une interprétation dérivée de cette remarquable création franco-chinoise, réalisée à l’apogée du goût pour l’exotisme, durant le troisième quart du XIXe siècle. Sa structure étagée, son pavillon de suspension carré coiffé d’un couronnement bombé ainsi que ses bras de lumière en volute témoignent d’une parenté directe avec le modèle de Fontainebleau.
Développant un vocabulaire décoratif de chinoiserie qui lui est propre, Barbedienne élabora un répertoire immédiatement reconnaissable, dont le présent lustre reprend plusieurs éléments caractéristiques. Il peut ainsi être rapproché de deux autres lustres : l’un vendu chez Christie’s à Londres le 15 juillet 2020 (lot 292), l’autre, à trois niveaux, appartenant à une collection particulière américaine. Tous deux signés par l’artiste, ils présentent les motifs emblématiques de son langage ornemental : médaillons suspendus ornés du caractère shou reliés par des chaînettes stylisées, clochettes superposées de dimensions décroissantes, bras de lumière en fleurs épanouies et pendeloques en forme de gouttes, autant d’éléments qui illustrent la synthèse raffinée entre inspiration chinoise et invention décorative française.
En tant que principale manufacture de bronzes d’art à Paris, Barbedienne employait les meilleurs artisans et dessinateurs afin de produire des œuvres d’une qualité exceptionnelle, dont nombre s’inspiraient des arts de l’Extrême-Orient. Bien que le dessin du présent lustre n’ait pas été directement attribué, le collaborateur de longue date du fondeur, Louis-Constant Sévin, occupa la fonction de chef dessinateur de la maison pendant vingt-trois ans à partir de 1855 et conçut certains des modèles les plus novateurs présentés par Barbedienne lors des grandes expositions internationales. Spécialiste des œuvres ornées d’émaux, Sévin fut notamment responsable des commandes les plus prestigieuses de la maison, parmi lesquelles une paire remarquable de vases à fond rouge d’inspiration orientale (ill. dans V. Champier, Revue des Arts Décoratifs, 1888-1889, pp. 164-165) ainsi qu’une paire de vases néo-grecs à fond bleu présentée à l’Exposition internationale de Londres de 1862 (ill. dans J. B. Waring, Masterpieces of Industrial Art & Sculpture at the International Exhibition, 1862, vol. I, pl. 139).
En reconnaissance du soutien apporté par l’Impératrice aux forces françaises, une partie de ces trésors lui avait été réservée dès l’origine. À l’issue de leur présentation publique, les œuvres qu’Eugénie sélectionna personnellement furent installées dans ce qui allait devenir le célèbre Musée chinois de Fontainebleau. Dans les années qui suivirent, Napoléon III et l’Impératrice entreprirent le réaménagement de plusieurs appartements du château, faisant appel aux plus brillants ébénistes, bronziers et artisans français afin de créer un décor en harmonie avec ces collections exceptionnelles.
S’inscrivant dans la tradition des marchands-merciers du XVIIIe siècle, ces créateurs ne se bornèrent pas à produire des œuvres inspirées de l’Extrême-Orient. Ils intégrèrent également des objets chinois authentiques à leurs réalisations, les enrichissant de montures en bronze doré conçues dans leurs ateliers. De cette rencontre entre formes orientales et savoir-faire occidental naquit une vision idéalisée de l’Orient, fusion esthétique qui préfigure déjà, par son goût pour les lignes sinueuses et les compositions naturalistes, les développements ultérieurs de l’Art nouveau et du mouvement esthète.
L'ATTRIBUTION À FERDINAND BARBEDIENNE
Parmi les principaux artisans de ce courant figure Ferdinand Barbedienne. Celui-ci adapta notamment le couvercle d’un brûle-parfum de l’époque Qianlong ainsi qu’un vase de l’époque Kangxi, tous deux issus des collections rapportées du Palais d’Été, afin de concevoir un spectaculaire lustre en forme de lanterne de plus de trois mètres de hauteur, animé de bras de lumière mouvementés en bronze doré (Fontainebleau, inv. F.1324 C).
Le présent lustre apparaît très vraisemblablement comme une interprétation dérivée de cette remarquable création franco-chinoise, réalisée à l’apogée du goût pour l’exotisme, durant le troisième quart du XIXe siècle. Sa structure étagée, son pavillon de suspension carré coiffé d’un couronnement bombé ainsi que ses bras de lumière en volute témoignent d’une parenté directe avec le modèle de Fontainebleau.
Développant un vocabulaire décoratif de chinoiserie qui lui est propre, Barbedienne élabora un répertoire immédiatement reconnaissable, dont le présent lustre reprend plusieurs éléments caractéristiques. Il peut ainsi être rapproché de deux autres lustres : l’un vendu chez Christie’s à Londres le 15 juillet 2020 (lot 292), l’autre, à trois niveaux, appartenant à une collection particulière américaine. Tous deux signés par l’artiste, ils présentent les motifs emblématiques de son langage ornemental : médaillons suspendus ornés du caractère shou reliés par des chaînettes stylisées, clochettes superposées de dimensions décroissantes, bras de lumière en fleurs épanouies et pendeloques en forme de gouttes, autant d’éléments qui illustrent la synthèse raffinée entre inspiration chinoise et invention décorative française.
En tant que principale manufacture de bronzes d’art à Paris, Barbedienne employait les meilleurs artisans et dessinateurs afin de produire des œuvres d’une qualité exceptionnelle, dont nombre s’inspiraient des arts de l’Extrême-Orient. Bien que le dessin du présent lustre n’ait pas été directement attribué, le collaborateur de longue date du fondeur, Louis-Constant Sévin, occupa la fonction de chef dessinateur de la maison pendant vingt-trois ans à partir de 1855 et conçut certains des modèles les plus novateurs présentés par Barbedienne lors des grandes expositions internationales. Spécialiste des œuvres ornées d’émaux, Sévin fut notamment responsable des commandes les plus prestigieuses de la maison, parmi lesquelles une paire remarquable de vases à fond rouge d’inspiration orientale (ill. dans V. Champier, Revue des Arts Décoratifs, 1888-1889, pp. 164-165) ainsi qu’une paire de vases néo-grecs à fond bleu présentée à l’Exposition internationale de Londres de 1862 (ill. dans J. B. Waring, Masterpieces of Industrial Art & Sculpture at the International Exhibition, 1862, vol. I, pl. 139).
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