Camille Pissarro (1831-1903)
COLLECTION PARTICULIÈRE PARISIENNE
Camille Pissarro (1831-1903)

Le grand noyer dans le pré, Éragny

Details
Camille Pissarro (1831-1903)
Le grand noyer dans le pré, Éragny
signé et daté 'C. Pissarro. 1885' (en bas à gauche)
huile sur toile
38.2 x 46 cm. (15 x 18 1/8 in.)
Peint en 1885
Literature
J. Pissarro et C. Durand-Ruel Snollaerts, Pissarro, catalogue critique des peintures, Paris, 2005, vol. III, p. 523, no. 796 (illustré en couleurs).
Post lot text
'The Large Walnut Tree in the Meadow'; signed and dated lower left; oil on canvas.

Brought to you by

Jeanne Rigal
Jeanne Rigal

Lot Essay

En 1884, Pissarro quitte Osny pour Éragny-sur-Epte dans l'Eure. C'est grâce à un prêt de Claude Monet qui vit à Giverny, non loin de là, qu'il peut acquérir une maison où il passe ses dernières années, jusqu'à son décès à Paris en novembre 1903. "Oui, [écrit-il à son fils Lucien le 1er mars 1884], nous sommes décidés pour Éragny-sur-Epte; la maison est superbe et pas chère: mille francs, avec jardin et prés. C'est à deux heures de Paris, j'ai trouvé le pays autrement beau que Compiègne [...] les prairies sont vertes, les silhouettes fines, mais Gisors est superbe, nous n'avions rien vu!" (Lettre de Camille Pissarro à Lucien Pissarro, 1884, in J. Bailly-Herzberg, Correspondance de Camille Pissarro, Paris, 2003, vol. I, p. 291).
C'est en ce lieu, dans les champs et les prairies alentours qu'il puisera son inspiration pendant près de vingt ans. "Me voilà à peu près déménagé, tant soit peu emménagé; je n'ai pu me retenir de la tentation de peindre, tellement les motifs, tout autour de mon jardin, sont beaux. "écrit-il à Durand-Ruel (Lettre de Camille Pissarro à Durand-Ruel, 1884, in J. Bailly-Herzberg, Correspondance de Camille Pissarro, Paris, 1986, vol. II, p. 297).
Le grand noyer dans le pré, Eragny est l'un de ces motifs qu'il aime tant et qui illustre son intérêt pour la nature évoluant au fil des saisons, pour les changements de couleurs et de lumière. Il emploie ici de vifs coups de pinceaux qui font vibrer l'herbe ainsi que les arbres.

Cette toile illustre parfaitement les réflexions menées par le maître au cours des années 1880 où on le voit se concentrer sur l'évolution de sa technique. Alors que les qualités de luxuriance et de toucher attirent le regard sur la surface de la toile, Pissarro parvient à maintenir un équilibre entre la matière picturale et la construction de l'espace à l'intérieur du cadre. De plus, "en regardant la composition, il y a moins d'insistance sur le recul et la profondeur spatiale. Les éléments fondamentaux - le premier plan, le plan intermédiaire et l'arrière-plan - semblent aplatis, amenant le spectateur à parcourir la toile de bas en haut en suivant le mouvement donné par cette succession de bandes horizontales, la technique de Pissarro continuant de privilégier des petits coups de pinceau également répartis et très chargés en matière" (in Camille Pissarro, catalogue d'exposition, Londres, Arts Council of Great Britain, Boston, Museum of Fine Art, Paris, Galerie Nationale du Grand Palais, octobre 1980-aot 1981, p. 116). Autant de qualités qui placent l'oeuvre au sommet de sa première période impressionniste tout en laissant poindre son expérience du pointillisme à venir.



In 1884, Pissarro left Osny for Eragny-sur-Epte in the Eure. It was thanks to Claude Monet, who lived not far away in Giverny, that he was able to acquire the house where he was to spend his final years, until his death in Paris in November 1903. "Yes," [he wrote to his son Lucien on 1st March 1884], "we are decided on Eragny-sur-Epte. The house is superb and not expensive: a thousand francs, with garden and field. It is two hours from Paris and I find the countryside beautiful in a different way to Compigne [...] the meadows are green with thin silhouettes, but Gisors is superb and that is just the beginning !" (Letter from Camille Pissarro to Lucien Pissarro, 01.03.1884, J. Bailly-Herzberg, Correspondance de Camille Pissarro, Paris, 2003, vol. I, p. 291).
It was here, in the surrounding fields and meadows, that he would draw his inspiration for nearly 20 years of work. "I have nearly completed moving house, that is to say not quite moved in. I haven't been able to resist the temptation to paint, so beautiful are the scenes all around me," he wrote to Durand-Ruel.(Letter from Camille Pissarro to Durand-Ruel, 09.04.1884, J. Bailly-Herzberg, Correspondance de Camille Pissarro, Paris, 1986, vol. II, p. 297). Le grand noyer dans le pré, Eragny is one of the scenes he so admired and which shows his interest in the transformation of nature over the course of the seasons with the changing light and colours.
In the present painting, Pissarro uses vivid brushstrokes enlivening the grass and the trees and giving life to the landscape.
The early 1880s were important years of re-evaluation for many of the Impressionist painters. Monet and Renoir, in search of renewed inspiration, traveled to the south. Pissarro, however, remained in the environs of Paris, instead focusing on the evolution of his technique. The present work clearly illustrates the artist's development during this period. While the lush and tactile qualities draw the eye to the surface of the canvas, Pissarro retains a balance between the physical nature of the paint itself and complex spatial effects within the pictorial frame. Moreover, "regarding the compositions, there is less emphasis on recession and spatial depth. The basic elements - foreground, middle distance and background - tend to be flattened, so that the design is read upwards as a series of horizontal bands. Pissarro's technique continues to evolve in favor of small, evenly distributed, and heavily loaded brushstrokes" (quoted in Camille Pissarro, Arts Council of Great Britain, Londres, 1981, p. 116). These qualities place this picture both at the height of his first Impressionist phase and preceed his experiments with pointillism which would come a few years later.

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