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Details
MASQUE FANG, NGIL
A FANG MASK
GABON
Hauteur : 59 cm. (23 ¼ in.)
Provenance
Collecté in situ entre 1910 et 1940 par un médecin colonial français
René Withofs (1919-1997), Bruxelles, acquis auprès de ce dernier en 1948
Collection Jacques et Denise Schwob (1916-2008), Bruxelles, acquis auprès de ce dernier le 18 mai 1954
Transmis par descendance au propriétaire actuel
Literature
Maesen, A. et Van Geluwe, H., Art d'Afrique dans les collections belges, Tervuren, 1963, p. 126, n° 752
Hourdé, C.W, L'Emprise des Masques, Paris, 2017, pp. 50-55
Exhibited
Tervuren, Musée royal de l'Afrique centrale, Art d'Afrique dans les collections belges, 29 juin - 30 octobre 1963
Paris, Parcours des mondes, Galerie Charles-Wesley Hourdé, 12 - 30 septembre 2017

Brought to you by

Susan Kloman
Susan Kloman Directrice internationale

Lot Essay

Les grands masques de type ngil des Fang sont des objets exceptionnels et rares, du moins ceux qui sont d’une provenance certifiée. Celui-ci en est un nouvel exemple, peu connu puisqu’il n’a été présenté en exposition qu’une seule et unique fois, en 1963 au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren (Belgique). Avec ses volumes épurés, tout en rondeur pour le haut de la tête et ses lignes étirées pour le visage, ce masque s’impose par son allure majestueuse, dans une déclinaison très classique de la sculpture fang traditionnelle. Bien que la représentation soit celle d’un être étrange et inquiétant au visage déformé en hauteur pourvu d’un nez proéminent quelque peu grotesque voire monstrueux, on y retrouve une plastique quasi abstraite tout en courbes, de face comme de profil, celles du front parfaitement bombé qui s’opposent à celles, en creux, des grandes orbites et des joues démesurées. De part et d’autre du nez allongé en lame, les petits yeux, simplement fendus, confèrent à l’entité un air sévère, bien en rapport avec le rôle d’inquisiteur qu’avait ce masque-casque dans la tradition fang, tant au Sud-Cameroun qu’au Nord-Gabon. Une petite bouche s’inscrit dans le bas de la courbe du menton. Au sommet, un volume arrondi en casque, marqué d’une crête disposée en croix, s’appuyait sur la tête du danseur.

Au plan des marques décoratives, on remarque la finesse des motifs gravés, en pointe de flèches sur les tempes, en bandeau strié sur le bas des joues, et quadrangulaires sur la zone occipitale. Tous sont des figures connues des Fang du Rio Muni et du Nord Gabon (cf. Tessmann, 1913). Le masque présente encore une barbe en fibres de raphia qui est fixée sur les côtés des joues.

Œuvres de comparaison : les grands masques du « ngil »

Ce masque peut être utilement comparé à quelques autres spécimens de référence connus à travers les musées et les collections, sachant que chacune de ces œuvres est de facture bien particulière, selon la maîtrise et le talent des différents sculpteurs. C’est ainsi que la crête du sommet (évoquant les coiffes postiches à crête des Fang), se retrouve sur plusieurs autres masques connus (tous des « masques-casques » à enfiler sur la tête), tels celui de l’ancienne collection Pierre Vérité (48 cm, cf. catalogue de la Vente Vérité, n° 193, 17-18 juin 2006) ; le masque collecté par François Coppier en 1905 du Musée d’ethnographie de Genève (40 cm, traces de terre blanche, anc. collection Emile Chambon) ; celui du Musée Dapper, 51 cm, n° Inv. 2646, qui aurait été collecté par Leo Frobenius vers 1905 ( ?). La collection Barbier-Mueller détient également un masque de type ngil de 44 cm, acquis par Josef Mueller vers 1935 de Charles Vignier à Paris (n° Inv. 1019-14), d’une forme assez analogue avec une face en cœur en creux sous un front arrondi et bombé, seule cette partie du masque étant blanchie de kaolin. Le visage est marqué d’un long motif multilinéaire axial et coiffé d’une crête sagittale arquée sur le haut du front (cf. Perrois, 1985, Art ancestral du Gabon, p. 150 et 224, fig. 82).

La confrérie secrète du ngil et ses masques

Comme je l’ai indiqué dans plusieurs de mes écrits sur les Fang (cf. bibliographie), si le mélan et le byeri étaient des rites familiaux des Fang Ntumu et Betsi (Nord Gabon et vallée de l’Ogooué) impliquant les reliques d’ancêtres dûment apparentés et connus, le ngil n’utilisait que des ossements humains anonymes (prisonniers de guerre ou esclaves) pour les pratiques d’ordalies et de lutte contre la sorcellerie. Ce rite de régulation sociale ou de justice coutumière, qu’on a pu comparer à une sorte d’ « Inquisition » a été observé au tout début du 20è s. par le Père Henri Trilles (Cssp) lors de ses tournées pastorales autour de Libreville puis peu après, par l’ethnographe G. Tessmann en Guinée espagnole continentale (Rio Muni), à une époque où cette coutume était encore très répandue en pays Fang. Cependant, ayant souvent provoqué des troubles dans les villages où il était pourtant censé veiller au bon ordre des choses, et suite aux graves abus de ses adeptes (justice expéditive, vols de bétail, enlèvement de femmes, etc.), le ngil fut vite considéré comme faisant double emploi avec les tribunaux coutumiers coloniaux et de ce fait interdit par l’administration européenne qui se mettait alors en place, entre 1910 et 1920, tant au Gabon qu’au Cameroun. Cette disposition administrative provoqua la disparition progressive de ses grands masques aux formes caricaturales et épurées, blanchies de kaolin.

L’organisation secrète du ngil ancien comportait trois grades : les mvon ngi, c’est-à-dire les candidats à l’initiation choisis parmi ceux qui étaient présumés avoir un évus (sorte de parasite imaginaire, ressemblant à un « crabe », dont les Fang faisaient grand cas) ; puis les acolytes du ngil (le porteur du masque et chef de la milice, les musiciens et les hommes de main) ; enfin les grands initiés (mod esam ngi) qui présidaient aux initiations.

Le groupe ainsi constitué en une sorte de confrérie secrète, allait de village en village, à la demande et aux frais des commanditaires, à l’occasion par exemple d’un décès inexpliqué et donc suspect, d’une épidémie, d’un accident de chasse ou de soupçons d’envoûtement. Le cérémonial consistait surtout à faire peur à ceux qui auraient eu des intentions maléfiques ou qui conservaient secrètement des « fétiches » interdits à des fins de sorcellerie, notamment par la manifestation spectaculaire et bruyante du masque, spécialement de nuit. En cas de découverte de « sorciers » ou présumés tels, ceux-ci étaient punis, bastonnés ou même parfois, mais très rarement en réalité, exécutés sur l’heure.

La confrérie secrète du ngil utilisait de grands masques de bois (appelés nkukh ou asu ngi, c’est-à-dire « le visage du ngi »), à figure humaine stylisée, aux traits accentués de façon grotesque, décorés de gravures rappelant les scarifications des guerriers. Ces masques étaient plus ou moins grands, parfois polychromes, certains étant pourvus de cornes monoxyles (au Sud-Cameroun et au Rio Muni), d’autres étant simplement enduis de kaolin blanchâtre, la couleur symbolique des esprits. Le Père H. Trilles eut plusieurs fois l’occasion d’en voir et même d’en photographier lors de son périple à travers le pays fang, du Rio Muni au Sud Cameroun (1899-1901).

L’initiation était l’occasion de révéler aux néophytes, dans le plus grand secret, que les masques n’étaient pas des êtres mystérieux venus de l’au-delà mais seulement des accessoires de bois, coiffés de plumes, faits pour impressionner les profanes.

Un masque majestueux, chargé des forces de l’au-delà

On voit que ces masques du ngil, si recherchés un siècle plus tard comme un ornement majeur des collections d’art africain, étaient des objets particulièrement « chargés » malgré leurs formes épurées et leurs gracieux décors gravés. Support de croyances liées à la puissance maléfique des esprits et à l’espoir de vaincre l’anéantissement de la mort, surtout celle provoquée par les pratiques de sorcellerie, les masques asu ngi évoquaient ainsi la constante liaison entre les vivants et les défunts.

Ce spécimen, d’une grandeur majestueuse et d’une authenticité avérée dans la simplicité de ses volumes et l’économie de ses décors gravés, est une œuvre d’exception digne des plus prestigieuses collections.

VERSION ANGLAISE

The large Ngil-style masks of the Fang peoples are rare and exceptional objects, at least those of certified provenance. This is a new example, a mask that is little-known, as it was exhibited only once, in 1963 at the Royal Museum of Central Africa in Tervuren, Belgium. With its streamlined volumes, rounded at the crown with elongated lines for the face, this mask has a remarkably majestic look in a very classical expression of traditional Fang sculpture. Although it represents a strange, disconcerting character with a face deformed lengthwise and featuring a prominent nose – somewhat grotesque, even monstrous –, one can also perceive a quasi-abstract, curvaceous plasticity in the work, both from the front and in profile: the arcs of the perfectly curved forehead find their opposite in the hollows of the large eye sockets and exaggerated cheeks. On either side of the blade-like, elongated nose, the small eyes of simple slits give the entity a severe air, very much in keeping with the role of inquisitor that this mask-helmet had in Fang tradition, both in South Cameroon and North Gabon. A diminutive mouth sits at the bottom of the curve of the chin. The crown is a rounded, helmet-shaped volume marked by a cross-shaped ridge, which slipped onto the dancer’s head.

In the decorative markings, there are finely engraved patterns, with arrows at the temples, a striped band on the lower cheeks, and quadrangular shapes in the occipital area. All are known figures of the Fang of Rio Muni and North Gabon (see Tessmann, 1913). The mask still bears its raffia fibre beard, which is attached to the sides of the cheeks.

Comparison with other large Ngil masks

It can be helpful to compare this mask to several other specimens that are well-known through museums and collections, while acknowledging that each of these works has its own very specific craftsmanship based on the mastery and talent of the different sculptors. One thereby finds the crest on the crown (evoking the crested headdresses of the Fang) on several other known masks (all “masks-helmets” to be slipped on over the head), like that from the former Pierre Vérité collection (48 cm, see the catalogue of the Vente Vérité [auction], N° 193, 17-18 June 2006); the mask collected by François Coppier in 1905 in the Musée d’ethnographie de Genève (40 cm, traces of white clay, Emile Chambon collection); that of the Musée Dapper, 51 cm, Inv. No. 2646, which was collected by Leo Frobenius circa 1905(?). The Barbier-Mueller collection also has a 44cm Ngil mask, acquired by Josef Mueller circa 1935 from Charles Vignier in Paris (Inv. No. 1019-14), with a fairly similar shape, with a sunken, heart-shaped face beneath a rounded, protruding forehead, with this being the only part of the mask whitened with kaolin. The face is marked with a long, axial, multilinear pattern and topped with an arched, sagittal crest on the upper forehead (see Perrois, 1985, Art ancestral du Gabon, pp. 150 and 224, Fig. 82).

The secret Ngil brotherhood and its masks

As I have explained in many of my writings on the Fang (see bibliography), while the lan and the byeri were family rites of the Fang Ntumu and Betsi (North Gabon and Ogooué Valley) involving the relics of duly known and verified ancestors, the Ngil used only anonymous human bones (prisoners of war or slaves) for practising ordeals and fighting sorcery. This rite of social instruction or customary justice, which has been compared to an “Inquisition” of sorts, was observed at the dawn of the 20th century by Père Henri Trilles (CSSp) during his pastoral work in the Libreville area and, soon after, by ethnographer G. Tessmann in continental Spanish Guinea (Rio Muni), at a time when this custom was still widespread in Fang-inhabited regions. However, having often provoked disturbances in the villages where law and order were nevertheless supposed to be maintained, and following serious abuses on the part of the followers (summary justice, cattle theft, abduction of women, etc.), the Ngil soon came to be seen as a duplication of the customary colonial courts and was therefore prohibited by the European administration established at that time, between 1910 and 1920, in both Gabon and Cameroon. This administrative disposition led to the gradual disappearance of these large masks with streamlined, exaggerated forms, whitened with kaolin.

The secret society of the old Ngil entailed three grades or ranks: the mvon ngi, meaning the candidates for initiation chosen from among those who were supposed to have an évus (a kind of imaginary parasite, resembling a “crab”, which the Fang held in high regard); then the acolytes of the Ngil (the wearer of the mask and chief of the militia, the musicians and the henchmen); and, lastly, the great initiates (mod esam ngi) who presided at the initiations.

The group thus formed a kind of secret brotherhood that went from village to village at the request and expense of those backing and inciting such undertakings, doing so in such instances as when there was an unexplained and therefore suspicious death, an epidemic, a hunting accident or a suspected bewitchment. The ceremony consisted mainly of frightening those who had evil intentions or secretly kept “fetishes” prohibited for witchcraft purposes, including through the spectacular and noisy presentation of the mask, especially at night. If “sorcerers”, real or presumed, were discovered, they were punished, beaten or sometimes even (but very rarely in reality) executed on the spot.

The Ngil secret brotherhood used large wooden masks (called nkukh or asu ngi, which means “the face of the ngi”) with a stylised human face bearing grotesquely accented features, decorated with engravings reminiscent of warrior scarification. These masks varied in size, some were polychrome, some fitted with monoxylous horns (in South Cameroon and the Rio Muni region), others simply coated with whitish kaolin, a colour symbolising the dead or spirit world. Père H. Trilles had several opportunities to see and even photograph such masks during his travels through Fang country, from the Rio Muni region to South Cameroon (1899-1901).

The initiation was an opportunity, under the strictest secrecy, to reveal to neophytes that the masks were not mysterious beings from the beyond, but merely wooden accessories, topped with feathers, made to frighten the uninitiated.

A majestic mask charged with the forces of the beyond

One can see that these Ngil masks, so sought-after as key pieces in African art collections even a century later, were particularly “charged” objects despite their uncluttered shapes and graceful, engraved embellishments. A vector for the beliefs related to the evil power of spirits and the hope of victory over the annihilation of death, especially that caused by sorcery, asu ngi masks evoked the never-ending connection between the living and the dead.

This specimen, of majestic grandeur and proven authenticity – a piece with great simplicity of volume and economy of engraved embellishment – is an exceptional work worthy of the most prestigious collections.







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