Odilon Redon (1840-1916)
Odilon Redon (1840-1916)
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The Property of a European Private Collection
Odilon Redon (1840-1916)

La Cime (Pégase)

细节
Odilon Redon (1840-1916)
La Cime (Pégase)
signé 'ODILON REDON' (en bas à droite)
pastel et pierre noire sur papier marouflé sur le montage de l'artiste
67.4 x 48.7 cm.
Exécuté en 1894

signed 'ODILON REDON' (lower right)
pastel and black chalk on paper laid down on the artist's board
26 ½ x 19 1⁄8 in.
Executed in 1894
来源
Comte René Philipon, Paris (acquis auprès de l'artiste le 10 mars 1895).
Charles et Christiane Dupuy (par succession).
Collection particulière, Paris (par descendance); vente, Hôtel Drouot, Paris, 11 décembre 2014, lot 105.
Acquis au cours de cette vente par la famille du propriétaire actuel.
更多详情
Cette œuvre sera incluse au catalogue raisonné en ligne de l'œuvre d'Odilon Redon actuellement en préparation par le Wildenstein Plattner Institute.
拍场告示
Veuillez noter que le titre et la date de cette œuvre ont été mis à jour à La Cime (Pégase), exécuté en 1894, et que l'œuvre est marouflée sur le montage de l'artiste.

Please note that the title of this work has been updated to La Cime (Pégase), its dating to 1894 and that it is laid down on the artist's board.

荣誉呈献

20/21st Century Evening Sale - Paris
20/21st Century Evening Sale - Paris General Enquires

拍品专文

Pégase occupe dans l’œuvre d’Odilon Redon une place singulière : aucune autre figure mythologique ne l’accompagne avec une telle constance, des premiers « Noirs » jusqu’aux œuvres colorées de la maturité. Redon le dessine, le grave et le peint dès les années 1880 et y revient jusqu’à la fin de sa vie. Dans la mythologie grecque, ce cheval ailé appartient à la sphère des Muses ; né du sang de Méduse, il devient sous la conduite de Bellérophon le vainqueur de la Chimère, avant d’être, seul parmi les êtres terrestres, admis parmi les constellations. Cette trajectoire, de la terre au ciel, de la violence à la lumière, explique en partie la fortune du motif chez Redon, pour qui la mythologie n’est jamais un simple répertoire narratif, mais un langage permettant de donner une forme à l’imagination.
Les premières apparitions de Pégase appartiennent au monde nocturne des « Noirs ». Dans le célèbre Pégase et Bellérophon, vers 1888, aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum of Art, le cheval surgit, monumental et presque inquiétant, d’un espace saturé de fusain. Quelques années plus tard, le même motif se transforme avec le pastel. À partir du milieu des années 1890, celui-ci devient l’un des médiums privilégiés de Redon : aux réserves, effacements et contrastes profonds du noir répondent désormais les vibrations de la couleur. Redon dira lui-même que le pastel le « rajeunit » et le soutient « matériellement et moralement ».
Le Pégase du présent pastel appartient à cette nouvelle manière, mais marque un écart avec ses représentations antérieures. Redon renonce ici jusqu’au blanc qui caractérise traditionnellement le cheval ailé : son corps se déploie dans des nuances de roses et de rouges, relevées de bleus verts. Le récit antique s’efface au profit de la figure elle-même : Bellérophon et la Chimère passent à l’arrière-plan, tandis que Pégase concentre toute la vision, dans son élan, sa puissance et ses couleurs presque surnaturelles. Le passage du noir à la couleur accompagne ainsi moins une rupture qu’une métamorphose du langage de Redon. Le fusain faisait naître Pégase de l’obscurité ; le pastel le fait apparaître dans une lumière presque irréelle. La couleur ne dissipe donc pas le mystère : elle lui donne une autre profondeur, en faisant de cette créature mythologique une apparition presque tangible, suspendue entre le monde visible et celui du rêve.
Notre pastel fut acquis directement auprès d’Odilon Redon par le comte René Philipon (1869-1936) le 10 mars 1895. Dès les années 1890, Philipon fut l’un des plus fervents soutiens et collectionneurs de l’artiste. Écrivain, bibliophile et passionné d’ésotérisme, il entretenait avec Redon une relation privilégiée qui dépassait largement le simple cadre du mécénat. Ce dernier a notamment commandé à Redon les illustrations lithographiées de La Maison hantée d’Edward Bulwer-Lytton, dont il avait lui-même assuré la traduction française, publiée en 1894. Admirateur enthousiaste de l’œuvre de Redon, René Philipon réunit également plusieurs de ses carnets. L’un d’eux lui fut offert par l’artiste avec cette émouvante dédicace : « À mon collectionneur et ami René Philipon, ce carnet – Odilon Redon ». Conservé aujourd’hui à l’Art Institute of Chicago sous le nom de Carnet de Chicago, ce précieux témoignage compte parmi les quatre seuls carnets de Redon parvenus jusqu’à nous dans leur intégrité. À la disparition de René Philipon en 1936, ses collections furent transmises à son petit-neveu et légataire universel, Charles Dupuy, puis à la veuve de ce dernier avant de demeurer au sein de sa descendance. Conservé depuis son exécution dans cette même lignée familiale, le présent pastel a ensuite rejoint la prestigieuse collection privée dont il provient aujourd’hui.

Pegasus occupies a singular place in the work of Odilon Redon: no other mythological figure recurs with such constancy, from the early “Noirs” through to the colored works of his mature period. Redon drew, engraved, and painted Pegasus from the 1880s onward, returning to the subject until the end of his life. In Greek mythology, this winged horse belongs to the realm of the Muses; born from the blood of Medusa, he becomes, under Bellerophon’s guidance, the victor over the Chimera, before being the only terrestrial creature admitted among the constellations. This trajectory, from earth to sky, from violence to light, partly explains the enduring appeal of the motif for Redon, for whom mythology was never simply a narrative repertory, but a language through which to give form to the imagination.
The earliest appearances of Pegasus belong to the nocturnal world of the “Noirs.” In the celebrated Pegasus and Bellerophon, circa 1888, now in the collection of the Metropolitan Museum of Art, the horse emerges, monumental and almost unsettling, from a space saturated with charcoal. A few years later, the same motif was transformed through pastel. From the mid-1890s onward, pastel became one of Redon’s preferred media: the reserves, erasures, and deep contrasts of black were now replaced by the vibrations of color. Redon himself would say that pastel “rejuvenated” him and sustained him “materially and morally.”
The Pegasus in the present pastel belongs to this new manner, but also represents a departure from his earlier depictions. Here, Redon dispenses even with the white traditionally associated with the winged horse: its body unfolds in shades of pink and red, heightened by blue-greens. The ancient narrative recedes in favor of the figure itself: Bellerophon and the Chimera move into the background, while Pegasus commands the entire vision in his momentum, power, and almost supernatural colors. The transition from black to color thus represents less a rupture than a metamorphosis in Redon’s language. Charcoal brought Pegasus forth from darkness; pastel makes him appear in an almost unreal light. Color therefore does not dispel the mystery: it gives it another depth, transforming this mythological creature into an apparition that seems almost tangible, suspended between the visible world and that of dreams.
Our pastel was acquired directly from Odilon Redon by Count René Philipon (1869-1936) on 10 March 1895. From the 1890s onward, Philipon was among the artist’s most devoted patrons and collectors. A writer, bibliophile, and enthusiast of esotericism, he enjoyed a particularly close relationship with Redon that extended far beyond traditional patronage. Notably, Philipon commissioned Redon to produce the lithographic illustrations for The Haunted House by Edward Bulwer-Lytton, a work he had himself translated into French and published in 1894.
An ardent admirer of Redon’s art, René Philipon also assembled several of the artist’s sketchbooks. One of them was gifted to him by Redon and bears the moving inscription: “To my collector and friend René Philipon, this sketchbook – Odilon Redon.” Now preserved at the Art Institute of Chicago under the title Chicago Sketchbook, this remarkable document is one of only four Redon sketchbooks known to have survived intact.
Following René Philipon’s death in 1936, his collections passed to his great-nephew and universal heir, Charles Dupuy, and subsequently to Dupuy’s widow, remaining thereafter within the family. Preserved within the same lineage from the time of its creation, the present pastel later entered the prestigious private collection from which it is offered today.

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