細節
Masque Punu
Gabon
Hauteur : 30 cm. (11 ¾ in.)
來源
Collection privée, France
Christie's, Paris, 10 décembre 2013, lot 49
Guy van Rijn, Bruxelles, acquis lors de cette vente
Collection Marcel Nies, Anvers, acquis auprès de ce dernier en 2017
出版
Frey, B., Arts premiers. Chroniques du sacré, Joinville, 2009, plat recto, p. 45
Grand-Dufay, C. et Viault, J., Les lumbu. Un art sacré. Bungeelë yi bayisi, Paris, 2016, p. 70, n° 40
Martínez-Jacquet, E., « Marché de l’art », in Tribal Art Magazine, Arquennes, printemps 2026, n° 119, p. 14
展覽
Joinville, Château du Grand Jardin, Arts premiers. Chroniques du sacré, 10 octobre - 20 décembre 2009
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Punu Mask, Gabon

榮譽呈獻

Alexis Maggiar
Alexis Maggiar International Head, African & Oceanic Art, Vice Chairman of Christie's France

拍品專文

Les masques Okuyi s’inscrivent au sein d’un vaste ensemble de traditions rituelles du sud du Gabon. Les Punu ont développé un art de la statuaire et du masque d’une remarquable unité formelle, se distinguant par une maîtrise affirmée de la polychromie et par une idéalisation du visage féminin. Le blanc, omniprésent dans les pratiques artistiques rituelles gabonaises, renvoie au monde invisible des esprits et à la sphère ancestrale, tandis que le rouge, utilisé en contraste, évoque les forces vitales et la dimension sacrée de l’existence.

Le masque Okuyi est destiné à des danses rituelles diurnes dont l’objectif principal consiste à convoquer un esprit de l’au-delà, appelé à réapparaître temporairement parmi les vivants. Cet esprit est incarné sous les traits idéalisés d’une jeune femme, figure emblématique de beauté et d’harmonie formelle. Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, l’Okuyi pouvait également remplir une fonction de régulation sociale, voire de sanction, ce qui lui conférait une autorité particulièrement redoutée. Dans les traditions des peuples de la Ngounié, la danse Okuyi intervenait à l’occasion de nombreux événements sociaux et rituels : funérailles et levées de deuil de notables, célébrations liées à la naissance ou à l’initiation de jumeaux, rites de passage, mais aussi réaffirmation de l’ordre social à la suite de la transgression d’un interdit, d’une maladie inexpliquée ou d’un décès jugé suspect. Le visage du masque, autrefois enduit de kaolin blanc et rehaussé de pigments rouges, affirmait ainsi de manière explicite son appartenance au monde des morts et des ancêtres.

Sur le plan formel, le masque se caractérise par un visage ovale aux traits d’une grande finesse, inscrit dans l’encadrement d’une coiffe et de nattes recouvertes d’un engobe noir. Les pommettes hautes, le front large et délicatement arqué, les yeux mi-clos aux paupières saillantes enchâssées dans des orbites profondément creusées, ainsi que les lèvres charnues, autrefois soulignées de ngula d’un rouge vif, participent à l’élaboration d’un idéal féminin fortement stylisé. Le visage est en outre orné de scarifications traditionnelles en chéloïdes, disposées selon des motifs « en écailles » sur le front et les tempes, constituant autant de marqueurs à forte valeur socio-historique. La coiffe, particulièrement remarquable, se compose d’une coque centrale rembourrée, Buyi, flanquée de deux volumineux chignons latéraux élégamment incurvés vers l’arrière des oreilles. Ceux-ci se prolongent par des tresses jugales en cadenettes, réunies sous le menton selon une configuration rare au sein du corpus des masques Okuyi. Cette coiffe renvoie directement aux coiffures féminines en usage au Gabon au XIXᵉ siècle, conférant à l’ensemble une dimension historique particulièrement marquée.

Enfin, ce masque présente des analogies formelles avec une statue féminine acquise au Gabon avant 1890 et conservée au Cincinnati Art Museum (inv. n° 1890.1545), ainsi qu’avec plusieurs exemplaires aujourd’hui conservés dans les collections du World Museum de Liverpool, acquis avant 1896 (inv. n° 22.8.96.1), du musée Dapper (inv. n° 0958) et du Bernisches Historisches Museum, entré dans les collections en 1889 (inv. n° 1889.332.0002). L’ensemble de ces œuvres est publié dans l’ouvrage de Grand-Dufay, C. et Perrois, L., Punu, Milan, 2008 (n° 5, 8 et 9). Sans être unique, ce masque se distingue néanmoins par la singularité de sa coiffe et par l’excellence de son exécution sculpturale, qui en fait l’un des exemplaires les plus accomplis du corpus connu.

The Okuyi masks belong to a broad range of ritual traditions from southern Gabon. The Punu people developed an art of sculpture and mask-making distinguished by remarkable formal unity, characterized by a confident mastery of polychromy and by the idealization of the female face. White, omnipresent in Gabonese ritual artistic practices, refers to the invisible world of spirits and the ancestral sphere, while red, used in contrast, evokes vital forces and the sacred dimension of existence.

The Okuyi mask was intended for daytime ritual dances whose primary purpose was to summon a spirit from the beyond, temporarily called to reappear among the living. This spirit is embodied in the idealized features of a young woman, an emblematic figure of beauty and formal harmony. Until the mid-20th century, the Okuyi could also serve a function of social regulation or even sanction, endowing it with a particularly feared authority. In the traditions of the peoples of the Ngounié region, the Okuyi dance accompanied numerous social and ritual events: funerals and mourning ceremonies for notable figures, celebrations linked to the birth or initiation of twins, rites of passage, as well as the reaffirmation of social order following the transgression of a taboo, an unexplained illness, or a death deemed suspicious. The face of the mask, formerly coated with white kaolin and enhanced with red pigments, thus explicitly asserted its belonging to the world of the dead and the ancestors.

From a formal perspective, the mask is characterized by an oval face with exceptionally refined features, framed by a headdress and plaited hair covered with a black slip. The high cheekbones, the broad and delicately arched forehead, the half-closed eyes with projecting eyelids set within deeply hollowed sockets, and the full lips - formerly accentuated with bright red ngula - all contribute to the construction of a highly stylized feminine ideal. The face is further adorned with traditional keloid scarifications, arranged in “scale-like” patterns across the forehead and temples, serving as markers of strong socio-historical significance. The headdress, particularly remarkable, consists of a padded central shell, Buyi, flanked by two voluminous lateral chignons elegantly curved toward the back of the ears. These extend into jugal braids arranged in ringlets and joined beneath the chin in a configuration that is rare within the corpus of Okuyi masks. This headdress directly recalls women’s hairstyles in use in Gabon during the 19th century, endowing the ensemble with a distinctly historical dimension.

Finally, this mask presents formal affinities with a female figure acquired in Gabon before 1890 and now held in the Cincinnati Art Museum (inv. no. 1890.1545), as well as with several examples currently preserved in the collections of the World Museum, Liverpool, acquired before 1896 (inv. no. 22.8.96.1), the musée Dapper (inv. no. 0958), and the Bernisches Historisches Museum, which entered the collections in 1889 (inv. no. 1889.332.0002). All of these works are published in Grand-Dufay, C. and Perrois, L., Punu, Milan, 2008 (no. 5, 8, and 9). While not unique, this mask nonetheless stands out for the singularity of its headdress and the excellence of its sculptural execution, making it one of the most accomplished examples within the known corpus.

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