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    Sale 5489

    Important Mobilier et Objets d'Art, Orfèvrerie et Céramiques Européennes, dont cinq chefs-d'oeuvre de la Collection Qizilbash.

    19 December 2007, Paris

  • Lot 803

    EXCEPTIONNEL POT COUVERT D'EPOQUE LOUIS XVI, VERS 1770

    Price Realised  

    EXCEPTIONNEL POT COUVERT D'EPOQUE LOUIS XVI, VERS 1770
    En céladon craquelé du XVIIIème siècle et bronze ciselé et doré, le couvercle constitué d'un bol renversé en porcelaine de céladon craquelé surmonté d'un élément en bronze doré à décor de feuilles d'acanthe centralisé d'une grenade éclatée, la partie centrale formant vase en céladon craquelé coiffé d'une bordure en bronze doré à motifs de grecques et oves flanqué d'anses néoclassiques, la panse garnie de guirlandes de laurier en bronze doré, la base ceintrée en bronze doré formé d'oves et cannelures reposant sur un socle carré
    Hauteur: 46 cm. (18 in.), Largeur: 39,5 cm. (15½ in.), Profondeur: 30,5 cm. (12 in.)


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    Ce vase exceptionnel par ses proportions, le dessin architecturé de ses bronzes et son illustre provenance est un objet unique.

    ALBERT DE SAXE-TESCHEN

    Albert de Saxe-Teschen (1738-1822) est le plus jeune fils d'Auguste III de Pologne, prince-électeur de Saxe et roi de Pologne. Il est élevé à Dresde et embrasse très tôt la carrière des armes. Il épouse en 1766, l'archiduchesse Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (1742-1798), soeœur aînée de Marie-Antoinette. Son mariage lui procure une fortune considérable, fortune sans laquelle il n'aurait pu constituer ses fabuleuses collections.

    Le personnage clé dans la constitution de ses collections est le comte Durazzo (1717-1794). Ce dernier, ambassadeur d'Autriche à Venise rencontre Albert de Saxe-Teschen en 1773. Il l'encourage à constituer une collection majeure. Le duc Albert est rapidement enthousiasmé par le projet, et confie à Durazzo le soin de réunir une collection "qui soit au service d'une cause plus noble que les autres collections et qui sache flatter les yeux, tout en développant l'esprit". L'influence des encyclopédistes français, et plus particulièrement de d'Alembert, apparaît dans cette volonté spécifique. En 1775-1776, le Duc et l'Archiduchesse effectuent un Grand Tour en Italie, ce qui développe leur goût pour les collections. Le 4 juillet 1776, après deux années d'acquisitions à un rythme forcené, le comte Durazzo remet à Albert de Saxe-Teschen environ trente mille pièces.

    Mais ce n'est là que le premier pas de la constitution des collections. Les grandes ventes aux enchères se multiplient (Basan, Crozat, d'Argentville …) et sont autant d'occasions d'acquérir des pièces majeures. Ses ressources financières étant considérables, Albert de Saxe-Teschen peut se permettre de dépenser plus d'un million deux cent mille florins pour sa passion de collectionneur.

    Son voyage à Paris en 1786 contribue grandement à l'enrichissement de sa collection. Albert de Saxe-Teschen et son épouse voyagent alors sous les patronymes de comte et comtesse de Bely. La correspondance de Marie-Antoinette nous apprend que sa soeœur visite Daguerre en août 1786. En outre, ils reçoivent en cadeau de Louis XVI une table en tapisserie des Gobelins.

    Plus tard, deux transactions majeures marquent l'histoire de sa collection : l'acquisition de huit cent dessins de la collection de Charles Antoine, Prince de Ligne et l'échange d'estampes et de dessins opéré avec la bibliothèque impériale en 1796.

    Les collections d'Albert de Saxe-Teschen forment la base des collections actuelles du musée de l'Albertina (nommé d'après le collectionneur), riche en particulier d'un incroyable ensemble d'art graphique.

    LES DESSINS

    Le présent vase apparaît sur les planches du très important album

    On a d'abord estimé que ces planches pouvaient avoir été employées par le marchand-mercier Philippe Poirier comme catalogue pour les produits de sa boutique A la couronne d'Or de la rue Saint Honoré. (Francis Watson, Mounted Oriental Porcelain, Washington, 1986, p. 126). En effet, pour chaque type d'objet monté sont mentionnés les quantités et les différentes variantes. On imagine mal Poirier donner de telles indications sur un stock qui serait alors figé.

    Certains dessins présentant un certain côté inachevé, on a ensuite pensé que ces dessins constitueraient une ébauche de catalogue ou d'inventaire du palais de Laeken.

    Le dessin précise bien qu'il n'y a qu'un seul exemplaire de cet objet monté. L'indication portée au dessus précise : "Cette pièce est de la même espèce de porcelaine, mais d'un blanc tirant un peu plus sur un gré bleuatre, et dont les rayes ou crevasses sont moins rapprochées, elle est pareillement montée en bronze"

    LE CELADON

    Par leurs délicates couleurs et leurs craquelures quelque peu mystérieuses, les porcelaines céladon ont toujours capturé l'intérêt des amateurs. Cet intérêt est à replacer dans la véritable passion qu'ont les amateurs pour l'Extrême-Orient.

    Une des ventes les plus importantes du XVIIIe siècle en ce qui concerne les objets montés est assurément celle du duc d'Aumont (1709-1782) qui se tient juste après son décès. Le catalogue, rédigé par P. F. Juliot fils et A. J. Paillet regorge d'informations passionnantes sur les objets. Ceux-ci sont regroupés par matériaux dans le catalogue, et on trouve en guise de préface pour les objets en céladon : "Cette première qualité de porcelaine céladon a été estimée de tout temps par le simple de ses formes & le ton de la précieuse couleur, soit fond olive velouté, ou de ce ton clair dont le flou plaît. Les morceaux de genre supérieur que nous annonçons tous dignes d'être placés dans les Cabinets du plus grand choix".

    LES AUTRES OBJETS MONTES

    Les planches de l'album Saxe-Teschen sont des documents passionnants pour l'étude des objets montés du XVIIIe siècle. Ils figurent des dessins qui se rapprochent d'un très grand nombre d'objets référencés. Ainsi, la référence XX se rapproche d'un vase conservé au musée du Louvre (D. Alcouffe et al, Les bronzes d'ameublement du Louvre, Dijon, 2004 ; p. 92-93) et encore plus d'un autre, illustré dans F. Watson, Mounted Oriental Porcelain, Washington, 1986, p. 95.

    L'important vase aux têtes de lion qui porte la référence XIII dans l'album est d'un modèle dont on connaît plusieurs exemplaires. Signalons en premier lieu celui de la collection Henriette Bouvier dont le vase a été remplacé ; il est illustré dans Cat. expo, La demeure parisienne aux dix-huitième siècle. Collection Henriette Bouvier léguée au Musée Carnavalet, Paris, 1968, no 89). Mentionnons également celui de la collection de Karl Lagerfeld, vente Christie's Monaco, 28 avril 2000, lot 350 et celui ayant figuré dans la collection de Lady Baillie, vente Sotheby's Londres, 13 décembre 1974, lot 137 (et réapparu depuis, vente Sotheby's New York, 10 décembre 1994, lot 248).

    L'ATTRIBUTION DES BRONZES

    Les remarquables montures de bronze doré du présent vase, tout comme celles des autres vases de l'album Saxe-Teschen précédemment cités ont souvent été attribuées au bronzier Jean-Claude-Thomas Duplessis. Jean-Claude-Thomas Duplessis (v. 1730-1783) est le fils de Jean-Claude Duplessis (1690-1774) qui était bronzier et orfèvre du roi. La première mention de son travail date de 1752 ; lorsqu'il assiste son père pour créer des modèles pour la manufacture de Vincennes. En 1765, il est enregistré comme maître fondeur en terre et sable.

    On ne sait pas si les bronzes du très célèbre bureau du roi d'Oeben et Riesener (illustré dans S. Eriksen, "Early Neo-Classicism in France", Londres, 1974, pl. 90-93), qui est un des meubles phares du XVIIIe siècle, sont l'oeœuvre de Duplessis père ou de son fils. En effet, la mention "M. Duplessis, modeleur" qui apparaît lors d'un règlement de 1.500 livres en 1767 est trop imprécise.

    Il compte parmi ses clients Blondel de Cagny, Louis XV, Grimod de la Reynière … Les vases occupent une place toute particulière dans son oeuvre. Il compose et publie d'ailleurs deux suites de vases dans les années 1775-1780 (Pierre Verlet, "Les bronzes dorés français du XVIIIe siècle", Paris, 1999, p. 415). Signalons que l'Almanach des Artistes de 1777 précise qu'il est "bon dessinateur" et qu'il "travaille d'après ses dessins".

    LAEKEN

    Appelé Schoonenberg au XVIIIe siècle, le château de Laeken, près de Bruxelles, est construit pour les Saxe-Teschen entre 1785 et 1792. Il est bâti sur les plans de Charles de Wailly, dans le plus pur style néoclassique. La façade, de plus de quatre-vingt mètres de long, est divisée en cinq travées. La décoration intérieure, quant à elle, est l'oeœuvre de Gilles Paul Cauvet.

    En 1786, un guide précise au sujet de Laeken : "Il y avait un nombre infini de bronzes excellents, comme aussi en pendule de tout genre, en fauteuils riches et somptueux, en chenets … C'est le palais le plus riche, le mieux meublé de ceux qui existent dans les pays circonvoisins".

    Le château est séquestré durant la Révolution française, puis vendu. Il est acheté par Napoléon en 1804. Restauré, remeublé, le château prend alors le nom de Palais Impérial de Laeken. Laeken devient la résidence de Guillaume 1er des Pays-Bas, puis des souverains belges. En grande partie détruit en 1890 par un dramatique incendie, Laeken est reconstruit et agrandi. Laeken demeure toujours la résidence de la famille royale belge.

    Une pendule lyre provenant des collections Saxe-Teschen à Laecken fut vendue, Christie's, Monaco, 12 décembre 1999, lot 918.

    Special Notice

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    Post Lot Text

    AN EXCEPTIONAL LOUIS XVI ORMOLU-MOUNTED CELADON COVERED JAR, CIRCA 1770