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MASQUE ÎLES MORTLOCK
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MASQUE ÎLES MORTLOCK

ÎLES CAROLINES

Details
MASQUE ÎLES MORTLOCK
ÎLES CAROLINES
Haut. 67 cm (26 3/8 in.)
Provenance
Jan Stanislaw Kubary (1846-1896), acquis en 1877
Godeffroy Museum, Hambourg, inv. n° 571
Museum für Völkerkunde, Dresde, inv. n° 5372
Everett Rassiga (1921-2003), New York, acquis par échange en 1975
Patricia Ann Withofs (1934-1998), Londres
Lance et Roberta Entwistle, Londres et Alain de Monbrison, Paris
Collection Michel Périnet (1930-2020), Paris, acquis en 1987
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MORTLOCK ISLANDS MASK, CAROLINE ISLANDS

Brought to you by

Alexis Maggiar
Alexis Maggiar African & Oceanic Art

Lot Essay

LE MASQUE DES VENTS
par Philippe Peltier

Le visage est blanc. Les yeux discrètement signalés par deux fentes étroites et horizontales sont disposés de chaque côté d’un nez effilé. Les sourcils sont marqués d’un simple trait noir qui s’enfle légèrement en son centre. La bouche, aux lèvres noires à peine entrouvertes, dessine une forme ovale s’amincissant vers les commissures des lèvres. A la verticale de cette bouche, sur le menton, un petit accent rectangulaire. Enfin, deux traits noirs, épais et souples, l’un formé d’un bandeau en retrait du visage, l’autre en surplomb sur le front, mettent en valeur le dessin tendu du visage tout en soulignant ses formes austères. Dans cet univers de signes ascétiques, le chignon noir, planté obliquement à droite au-dessus du front, apporte, si ce n’est une note d’humour, tout au moins une perturbation ou une respiration. Tous ces traits, par leur stricte organisation, leurs formes minimalistes et leur étonnant équilibre, suggèrent la présence fantomatique d’un esprit.

Les masques anciens des Mortlock sont rares. Cette rareté insigne ne peut étonner eu égard aux conditions de vie sur ces îles. L’archipel des Mortlock - dénomination occidentale, les habitants le nommant Nomoi - comprend trois atolls : Lukunor, Etal, Satoan (ou Satawan) sur lesquels vivaient, suivant un recensement de 1909, 765 habitants. Comme sur tous les atolls, la vie y est dure. La rareté des espaces cultivables nécessite une gestion stricte des ressources. Les plus importantes sont les cocotiers et les arbres à pain : ils fournissent tout à la fois la nourriture et les matériaux indispensables à la vie quotidienne. Sur ces atolls, les types et le nombre d’objets produits restent limités : on ne connait pas, par exemple, de sculptures des Mortlock. En revanche, et sans que rien ne permette de l’expliquer, les Mortlock sont les seules îles de Micronésie à connaître la tradition des masques.

Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, rares sont les voyageurs qui séjournèrent aux Mortlock. Nous possédons cependant plusieurs témoignages sur l’existence de ces masques et leur usage. Le plus ancien date de 1874. Il est dû à Doane qui visite l’île de Satoan. Il remarque particulièrement des maisons de grandes dimensions dont il précise qu’elles sont tout à la fois terrain de jeux pour les enfants, lieu de réunion pour les hommes et hangar à pirogues. Il dit ne pas y avoir vu des masques mais il en mentionne l’existence.

Le deuxième témoignage est celui de Johan Kubary (1846-1896). Après des études en Allemagne, Kubary s’installe en Micronésie en 1869 où il dirigera plusieurs plantations. Il entrera en contact avec la firme allemande Godeffroy pour laquelle il acquiert de nombreux objets ethnographiques afin d’abonder le commerce des objets mais aussi le musée que la firme ouvrit à Hambourg en 1861. Il se marie avec une femme de la haute société de Pohnpei et semble avoir maîtrisé plusieurs dialectes de la région ce qui lui permet de recueillir des informations ethnographiques importantes. En 1877, lors d’un voyage, Kubary se rend sur Lukunor. Enfin, en 1910, Augustin Krämer (1865-1841) se rend par deux fois aux Mortlock. Les informations qu’il recueille sont les plus fiables. Il donne pour les masques le nom générique de tupuanu - mot qui, sous de nombreuses variantes, désigne dans le Pacifique les esprits ancestraux. Il précise que ces masques sont fabriqués par plusieurs clans et appartiennent à la société Soutapuanu qui combat les vents violents qui ravagent périodiquement les jardins et les plantations d’arbres à pain, arbres dont les fruits fournissent une part importante de la nourriture. Ce combat est mimé par les hommes portant des massues et des masques. Les masques forment des couples, l’un étant masculin, l’autre féminin. Différencier le sexe des masques suivant leurs formes reste cependant problématique. Tous portent ce que l’on peut interpréter comme une barbe mais aussi un chignon, coiffure qui était l’apanage des grands chefs. On doit aussi à Krämer une photo où l’on distingue un masque accroché à la charpente d’une maison de réunion.

Le masque de la collection Périnet a été acquis par Kubary lors de son passage dans les Mortlock en 1877. Il est envoyé au Godeffroy Museum qui expose mais fait aussi commerce des objets. A partir de 1879, afin de faire face à des difficultés financières, la firme vendra les collections avant de fermer son musée. Une grande partie de son fonds sera achetée, au grand dam de la ville de Hambourg, par le musée d’ethnographie de Leipzig et dans une moindre mesure par celui de Dresde. Le masque porte toujours, à l’arrière, le numéro de ce dernier musée et une photo ancienne montre qu’il figurait aussi sur une petite étiquette autrefois collée sur le menton et de nos jours disparue.

Ce masque appartient à la famille restreinte de ceux qui furent acquis les premiers. Il est donc comparable à celui conservé en France au musée de Boulogne-sur-Mer (un objet acquis par Pinard lors de son voyage dans le Pacifique en 1877) et, à l’étranger, à ceux d’Auckland, de Philadelphie, de Leipzig et du Bishop Museum à Hawaii. Tous témoignent d’une tradition ancienne. Effectivement, les formes des masques se transformèrent rapidement. Lors de son premier passage aux Mortlock en janvier 1910, Krämer commande des masques qu’il viendra rechercher en juillet. Il en recueille neuf exemplaires, quatre étant toujours présents dans les collections de Hambourg. Or, dès cette époque l’on observe des changements stylistiques d’autant plus sensibles qu’ils portent sur un nombre limité de signes. Ainsi les sourcils qui prendront progressivement le profil d’un oiseau en vol. De même la cavité à l’arrière, qui permet le port du masque, disparaîtra progressivement sur les exemplaires postérieurs. Il constitue donc le témoin essentiel d’un monde évanescent.

THE MASK OF THE WINDS
by Philippe Peltier

The face is white. The eyes are discreetly represented by two narrow horizontal slits placed on either side of a slender nose. The eyebrows are marked with a simple black line that bulges slightly at the centre. The mouth, with barely opened black lips, is formed by an oval that becomes slimmer at the edges. On the chin, just under the mouth, is a small rectangular accent. Two thick, supple black lines - one in the shape of a band recessed from the face, the other overhanging the forehead - flatter the tight lines of the facial design, accentuating its strict shapes. In this world of ascetic symbols, the black chignon, poised at an angle to the right top of the forehead - while perhaps not intended as a humoristic touch - adds a perturbation to, or respite from, the severity of the whole. Through their strict organisation, minimalist shapes and surprising balance, all these features suggest the ghostly presence of a spirit.

Ancient masks from the Mortlock Islands are rare. This noteworthy rarity is hardly surprising, considering the living conditions on these islands. The Mortlock Islands - the Western name, since the inhabitants call it Nomoi - includes three atolls, Lukunor, Etal and Satawan. There were just 765 inhabitants living there in 1909 according to a survey of the time. Life there is hard, as it is on any atoll. The scarcity of crop species requires strict resource management. The most important are coconut trees and breadfruit trees: they are a source of both food and all the materials necessary for day-to-day life. On these atolls, only limited types of objects are produced, and these are made in limited numbers. For example, there are no known sculptures from the Mortlock Islands. However - and inexplicably so - the Mortlock Islands are the only islands in Micronesia to have a mask tradition.

Between the end of the 19th century and the beginning of the 20th century, the Mortlock Islands only rarely received visitors. However, we possess several reports about the existence and use of masks there. The oldest one dates back to 1874. It was made by Doane, who visited the island of Satawan. In particular, he describes the large houses there, specifying that they were used as playgrounds for the children, meeting lodges for men, and canoe hangars. He says that he did not see any masks, but he mentions their existence.

The second report is one by Johan Kubary (1846-1896). After studying in Germany, Kubary moved to Micronesia in 1869 to manage several plantations. He came into contact with the German firm Godeffroy, for which he purchased a number of ethnographic objects to provide for the trade of objects and the museum that the firm opened in Hamburg in 1861. He married a woman from the high-society of Pohnpei and appears to have mastered several of the regional dialects, which enabled him to gather a great deal of ethnographic information. During a voyage in 1877, Kubary travelled to Lukunor. In 1910, Augustin Krämer (1865-1841) visited the Mortlock Islands twice. The information that he gathered was very reliable. He attributed the general name of tupuanu to the masks. This word has a number of Pacific variants that refer to the ancestral spirits. He explains that these masks were manufactured by several clans, and that they belonged to the Soutapuanu society, which fought the violent winds that could periodically ravage the gardens and breadfruit tree plantations, which provided a considerable part of the island’s food. Their combat was mimed by men bearing clubs and wearing masks. Masks formed couples with one male and one female example. Differentiating the sexes of the masks according to their shapes, however, remains problematic. All bear what could be interpreted as a beard, as well as a chignon, a hairstyle which was the privilege of great chiefs. Thanks to Krämer, there is also a photo where a mask is shown hanging from the framework of a communal house.

The mask of the Périnet collection was purchased by Kubary during his trip to the Mortlock Islands in 1877. It was sent to the Godeffroy Museum, which not only exhibited but also traded objects. Beginning in 1879, due to financial difficulties, the firm sold its collections before closing down the museum. To the discontent of the city of Hamburg, a large portion of its collection will be purchased by the Grassi Museum of Ethnology in Leipzig, and a smaller portion by the Dresden Museum of Ethnology. The mask still bears the reference number of the latter on its back, and an old photo shows that it also once bore a small label on the chin that no longer remains.

This mask is part of the limited group of those that were initially purchased. It is therefore comparable to the one kept in France at the Musée de Boulogne-sur-Mer (an object purchased by Pinard during his 1877 Pacific voyage) and, abroad, those of Auckland, Philadelphia and Leipzig, as well as the Bishop Museum of Hawaii. All are the artistic products of an ancient tradition. Indeed, the shapes of masks changed rapidly. During his first trip to the Mortlock Islands in January of 1910, Krämer commissioned masks that he came back to collect in the month of July. He gathered nine masks, of which four are still part of the Hamburg collections. However, stylistic changes could be observed even then, made even more noticeable by the fact that the number of features was limited. Thus the eyebrows progressively took on the outline of a bird in flight. Likewise, the cavity in the back, which made it possible to wear the mask, progressively disappeared from later examples. The present mask stands as an essential witness of an evanescnt world.

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