PIETER BRUEGHEL LE JEUNE (BRUXELLES 1564-1638 ANVERS)
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PIETER BRUEGHEL LE JEUNE (BRUXELLES 1564-1638 ANVERS)

Le Paiement de la dîme

Details
PIETER BRUEGHEL LE JEUNE (BRUXELLES 1564-1638 ANVERS)
Le Paiement de la dîme
signé et daté 'P. BREVGHEL. 1619.' (en bas, vers la gauche)
huile sur panneau
52 x 81,5 cm (20 ½ x 32 1⁄16 in.)
Provenance
[Peut-être] Cornelis Johannes Karel van Aalst (1866-1939), Hoevelaken (selon K. Ertz, 1988⁄2000, voir infra).
[Très probablement] vente anonyme, Sotheby Mak van Waay, Amsterdam, 18 mai 1981, lot 14 (selon K. Ertz, 1988⁄2000, voir infra).
Chez Leegenhoek, Paris, après 1981.
Collection particulière, France.
Literature
[Peut-être] G. Marlier, Pierre Brueghel le Jeune, Bruxelles, 1969 (édition posthume mise au point et annotée par J. Folie), p. 438, sous le n°21.
K. Ertz, Pieter Brueghel der Jüngere (1564-1637⁄38). Die Gemälde mit Kritischem Oeuvrekatalog, Lingen, 1988⁄2000, I, p. 504, n°E 503 (avec une provenance erronée, les dimensions du tableau inclus dans la vente van Marle organisée à La Haye en le 28 juin 1938 ne correspondant pas au présent tableau), reproduit en noir et blanc.
Further details
PIETER BRUEGHEL THE YOUNGER (1564-1638), THE PAYMENT OF THE TITHES, OIL ON PANEL, SIGNED AND DATED (LOWER LEFT)

This composition by Pieter Brueghel the Younger (1564-1638) is significant within the artist’s oeuvre. It is the only original scene by Pieter the Younger that does not derive from a composition created by his father, Pieter Brueghel the Elder (c.1525-1569). The catalogue raisonné records nearly twenty-five versions of this vivid depiction of the torments of justice. The earliest dated examples go back to 1615, and the latest to 1621 (K. Ertz, Pieter Brueghel der Jüngere, Die Gemälde, Lingen, 1998⁄2000, I, pp. 501–522). The study specifies that only five versions were produced in 1619, with the possibility that confusion between two of them reduces the number to four versions dated to the year of the present painting.

In any case, this striking image enjoyed great success during the artist’s lifetime. Its interpretation, however, has given rise to various hypotheses. The many grimacing depictions of tax collectors initiated by Quentin Metsys (c.1466-1530) or Marinus van Reymerswaele (c.1490-1546) had already inspired numerous followers in Northern Europe, making it natural to see in our scene a representation of tax collectors demanding payment of the tithe from peasants.

The scene, conceived in two parts, contrasts officials absorbed in their undoubtedly complex documents with anxious peasants depositing animals and eggs as payment. The connection with tax collectors in Northern art thus seemed logical, but certain details have led to an entirely different interpretation. First, the French almanac on the right side of the composition suggests that these figures are lawyers rather than tax collectors, since jurists used French as a common language in the Netherlands. The payment in the form of animals and eggs also points to something other than the tithe, which more commonly involved cereals. Finally, various early sources describe this composition as a judicial scene rather than one related to taxation. An inventory of 1627 from the Wiael collection mentions a painting by Brueghel the Younger depicting a French jurist ('eenen franschen procureur') (D. de Vos, Stedelijke Musea Brugge. Catalogus Schilderijen 15de en 16de eeuw, Bruges, 1979, p. 95), and several satirical prints published in the seventeenth century show commoners offering baskets of eggs to lawyers with similar expectations (see Le Paysan sollicitant son procureur, fig. 1, engraving, Morgan Library, New York, inv. PML 145850.210). Klaus Ertz, author of the catalogue raisonné, supports this interpretation and classifies all these compositions under the title Der Bauernadvokat ('The Peasants’ Lawyer').

Two types of this composition by Brueghel can be distinguished. These differ in the background beneath the window: straw appears in versions before 1618, while later works use the luminous green velvet seen here. The clothing of the lawyers also undergoes a transformation, becoming darker in the later examples of the composition. Our painting corresponds to this second type, in which Brueghel emphasizes the gravity of the lawyers through the darker tones of their garments. The remarkably well-preserved condition of this version, which has retained fine glazes revealing a brilliant modelling, allows one to fully appreciate the specific originality of this compositional type as well as the expressive faces of the figures, characteristic of Pieter Brueghel the Younger’s art.

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Olivia Ghosh
Olivia Ghosh Specialist

Lot Essay

Cette composition de Pieter Brueghel le Jeune (1564-1638) est importante dans le corpus du peintre. Il s'agit de la seule scène originale de Pieter le Jeune, qui ne reprend pas une image créée par son père, Pieter Brueghel l’Ancien (vers 1525-1569). Le catalogue raisonné recense près de vingt-cinq versions de cette piquante représentation des affres de la justice. Les premières à être datées remontent à 1615, et les dernières 1621 (K. Ertz, Pieter Brueghel der Jungere, Die Gemälde, Lingen, 1998⁄2000, I, pp. 501-522). L’ouvrage précise que seulement cinq versions ont été réalisées en 1619, avec la possibilité d’une confusion de deux versions réduisant ce nombre à quatre versions datées de l’année de notre peinture.

Cette image saisissante connut de toutes les manières un grand succès du vivant du peintre. Son interprétation a cependant suscité différentes hypothèses. Les nombreuses représentations grimaçantes des collecteurs d’impôts initiées par Quentin Metsys (vers 1466-1530) ou Remeyrswale (vers 1490-1546) avaient déjà inspiré quantité de suiveurs dans le nord de l’Europe, il était donc logique de voir dans notre scène une représentation des collecteurs d’impôt venant réclamer le paiement de la dîme aux paysans.

La scène conçue en deux parties confronte des officiels plongés dans leurs documents certainement très techniques, devant des paysans anxieux déposant des animaux et des œufs en guise de paiement. La corrélation avec les collecteurs d’impôt des artistes nordiques parut logique mais certains détails ont guidé l’interprétation vers un tout autre type de scène. D’abord l’almanach en français à droite de la composition pourrait faire penser qu’il s’agit plutôt d’avocats et non de collecteurs d’impôts. Les juristes employaient le français comme langue commune dans les Pays-Bas. Le paiement sous forme d’animaux et d'œufs laissent aussi penser qu’il s’agit d’un paiement extérieur au paiement de la dîme qui portait davantage sur des céréales. Enfin, différentes sources anciennes décrivent cette composition comme une scène de représentation juridique et non liée aux taxes. Un inventaire de 1627 de la collection Wiael évoque une peinture de Brueghel le Jeune représentant un juriste français 'eenen franschen procureur' (D. de Vos, Stedelijke Musea Brugge. Catalogus Schilderijen 15de en 16de eeuw, Bruges, 1979, p. 95) et différentes gravures satiriques éditées au XVIIe siècle montrent des roturiers offrant aux avocats des paniers d’œufs avec la même espérance (voir Le Paysant sollicitant son procureur, fig., 1, gravure, Morgan Library, New York, inv. PML 145850.210). Klaus Ertz, auteur du catalogue raisonné se range de cet avis et classe toutes ces compositions sous le titre 'Der Bauernadvokat', l’avocat des paysans.

Enfin, on distingue deux types de cette composition chez Brueghel. Ils se différencient par le fond situé sous la fenêtre : la paille apparaît dans les versions antérieures à 1618, tandis que les œuvres plus tardives présentent le velours vert lumineux visible ici. Le vêtement des hommes de loi évolue également, devenant plus sombre dans les exemples tardifs de la composition. Notre tableau correspond à ce second type, dans lequel Brueghel accentue la gravité des avocats par les teintes plus sombres de leurs habits.

L’état de conservation extrêmement appréciable de cette version ayant préservé de fins glacis qui révèlent un éclatant modelé, permet d’apprécier avec précision l’originalité spécifique de cette typologie de composition ainsi que les mines expressives des personnages, typique de l’art de Brueghel le Jeune.

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