FRANCE, PROBABLEMENT PARIS, XIVE SIÈCLE
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Ce lot a été consigné en collaboration avec Me Xavier Marambat et Me François de Malafosse à Toulouse.
FRANCE, PROBABLEMENT PARIS, XIVE SIÈCLE

Crucifixion et saint Christophe, saint François d'Assise et sainte Elisabeth de Hongrie

Details
FRANCE, PROBABLEMENT PARIS, XIVE SIÈCLE
Crucifixion et saint Christophe, saint François d'Assise et sainte Elisabeth de Hongrie
Feuillet droit de diptyque à deux registres en ivoire d'éléphant
H. 13,2 cm (5 ¼ in.), L. 7,9 cm (3 1⁄8 in.), P. 1 cm (0 3⁄8 in.)
Provenance
Marie-Anne Lalau, née Lesguillier (1729-1809), épouse de monsieur François Hyacinthe Lalau (1725-1806, officier chez le Roi et contrôleur de la maison du Roi), puis par descendance à sa filleule ;
Alexandrine Marie Anne Leroux (1804-1889) ;
Par descendance.
Literature
S. Piet, Histoire d'une famille - Familles Lacournere Desormeaux Raimbert, 1988, p. 135, (ill).
Further details
AN ELEPHANT IVORY RELIEF DEPICTING A CRUCIFIXION WITH SAINTS CHRISTOPHER, FRANCIS OF ASSISI AND ELIZABETH OF HUNGARY, FRENCH, PROBABLY PARISIAN, 14TH CENTURY

The rise of ivory production in the 13th and 14th centuries goes hand in hand with the increasing refinement of Parisian workshops. Beginning in the 12th century, these workshops had established themselves as major centers for the creation of both religious and secular objects (such as writing tablets, mirror cases, and portable altarpieces in the form of diptychs or triptychs), and it is here that the this panel can be situated. Originally, it formed the right wing of a devotional diptych intended to accompany its owner’s private meditation.

The piece follows a traditional two-register composition, framed by trilobed arches and an architectural border adorned with pinnacles, finials, and carved corbels. The upper register depicts a Crucifixion, while the lower one brings together three protective saints: Saint Elizabeth of Hungary, Saint Francis of Assisi, and Saint Christopher. In both scenes, a praying nun appears. Although her monastic clothing does not clearly indicate her order, the devotion expressed toward two Franciscan figures suggests that the patroness was, directly or indirectly, associated with the order founded by Saint Francis in the early 13th century. Kneeling before the saint as he receives the stigmata, the nun seems to symbolically link Elizabeth’s Franciscan cord with Christopher’s pilgrim staff, forming a spiritual triad uniting charity, faith, and devotion. The presence of saints from a still relatively new order at the time bears witness to the rapid spread of Franciscan ideals and their influence within female religious communities.

The repeated depiction of a donor in both registers, an exceptionally rare feature among surviving diptychs, finds a remarkable parallel in a left panel now in the collection of Sir Julius Wernher (1850-1912), on loan to Ranger’s House, London (fig. 1, inv. 88259345, English Heritage). The upper register of that panel shows the Virgin and Child in Majesty flanked by two candle-bearing angels and accompanied by the same praying donor, while the lower register presents an Adoration of the Magi, with the donor offering her soul to the Virgin and Child. The identical dimensions, similar architectural framing with arches and pinnacles, the presence of the same kneeling nun, and the consistent treatment of faces, draperies, and elongated hands leave little doubt that the two once formed a single object. The ensemble is distinguished by a highly original style: almost high-relief modeling, meticulous rendering of fabrics and anatomy, almond-shaped eyes, and elongated gestures, all hallmarks of a leading Parisian workshop.

The continuous provenance of this panel, which has been passed down faithfully within the same family since the 18th century, gives it an exceptional patrimonial value. While interest in Gothic art would not re-emerge until the 1830s, it appears that this piece was preserved and transmitted not for its aesthetic or historical worth, but for its spiritual and symbolic significance. It thus powerfully embodies the enduring presence of a deeply internalized medieval devotion.

Brought to you by

Olivia Ghosh
Olivia Ghosh Specialist

Lot Essay

L’essor des productions d’ivoirerie aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles illustre le raffinement croissant des ateliers parisiens. Depuis le XIIᵉ siècle, ces ateliers s’imposent comme des centres majeurs de production d’objets religieux et laïques (tablettes à écrire, valves de miroirs, retables portatifs en diptyque ou triptyque) parmi lesquels s’inscrit notre feuillet, qui formait à l’origine le pendant droit d’un diptyque de dévotion personnelle, destiné à accompagner la méditation privée de son propriétaire.

L’œuvre adopte une construction classique en deux registres, abrités sous des arcatures trilobées et un encadrement architecturé à pinacles fleuronnés et culots sculptés. Le registre supérieur illustre une Crucifixion, tandis que celui du bas réunit trois saints protecteurs : sainte Élisabeth de Hongrie, saint François d’Assise et saint Christophe. Par deux fois, une religieuse en prière est représentée conjointement aux scènes. Si son habit monacal ne permet pas d’en préciser l’appartenance, la dévotion manifestée envers deux figures franciscaines suggère qu’il s’agissait d’une commanditaire liée, de près ou de loin, à l’ordre créé par saint François au début du XIIIᵉ siècle. Il aurait d’ailleurs été tentant de reconnaître, dans la figure de saint Christophe portant l’Enfant Jésus, saint Antoine de Padoue, autre grand saint franciscain fréquemment représenté avec le Christ dans les bras, tant leurs iconographies peuvent se rapprocher ; seuls les vêtements et la tonsure monastiques les distinguent. Agenouillée face au fondateur recevant les stigmates du Christ, la religieuse semble unir d’un même geste le nœud franciscain d’Élisabeth et le bâton de pèlerin de Christophe, formant une triade spirituelle associant charité, foi et dévouement. La présence de saints d’un ordre encore récent à cette époque témoigne de la diffusion rapide de la pensée franciscaine et de son rayonnement dans les milieux religieux féminins.

La présence répétée d’une donatrice sur les deux registres, rarissime dans les diptyques conservés, présente un parallèle exceptionnel dans un feuillet gauche conservé dans la collection de Sir Julius Wernher (1850-1912), aujourd’hui déposé à Ranger’s House à Londres (fig. 1, inv. 88259345, English Heritage). Le registre supérieur de ce feuillet montre une Vierge à l’Enfant en Majesté entourée de deux anges céroféraires, accompagnée de la donatrice en orant, tandis que le registre inférieur représente une Adoration des Mages, la donatrice présentant son âme à une Vierge à l’Enfant. Les dimensions strictement identiques, l’encadrement architecturé aux arcatures et pinacles similaires, la présence de la même figure de religieuse agenouillée, ainsi que le traitement homogène des visages, des drapés et des mains longilignes, laissent peu de doute quant à leur appartenance initiale à un même objet. L’ensemble se distingue par un style d’une grande originalité : un modelé presque en haut-relief, un rendu minutieux des étoffes et des anatomies, des visages aux yeux en amande et des gestes allongés, témoignant de la main d’un atelier parisien de tout premier plan.

Enfin, la provenance continue depuis le XVIIIᵉ siècle, transmis pieusement de génération en génération au sein d’une même famille, confère à ce feuillet une dimension patrimoniale exceptionnelle. Alors que l’intérêt pour l'art gothique ne se redéveloppe qu’à partir des années 1830, il semble que ce feuillet ait été conservé et transmis non pour sa valeur esthétique ou historique, mais pour sa portée spirituelle et symbolique. Il incarne ainsi avec force la survivance d’une dévotion médiévale profondément intériorisée.

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