J. Thierry (1810-1870)
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J. Thierry (1810-1870)

Sans titre (Jeune femme relevant ses jupes sur les cuisses), vers 1840

Details
J. Thierry (1810-1870)
Sans titre (Jeune femme relevant ses jupes sur les cuisses), vers 1840
daguerréotype, monté sous verre
étiquette du photographe portant son adresse (montage, verso)
vue : 6.3 x 5.3 cm. (2 ½ x 2 1⁄8 in.)
encadrement : 12.8 x 11 cm. (5 x 4 3⁄8 in.)

daguerreotype, mounted under glass
photographer's label with address (mount, verso)
Provenance
Laurin-Guilloux-Buffetaud-Tailleur, Paris, 23 juin 1989, lot 111
Collection Roger Therond, Paris (acquis lors de cette vente)

Brought to you by

Elodie Morel-Bazin
Elodie Morel-Bazin Head of Department, Europe

Lot Essay

Né à Lyon en 1810, Jean Pierre Thierry, ou Thiéry, appartient à cette génération de pionniers qui virent naître la photographie et surent, très tôt, en faire un art autant qu'un métier. C'est dans sa ville natale, au 6 de la rue du Bât d'Argent, qu'il installe son atelier de daguerréotypiste, dans les années 1840, à peine quelques années après l'annonce publique du procédé par Daguerre lui-même.

Curieux et expérimentateur, J. Thierry ne se contente pas de pratiquer : il cherche à perfectionner. Il met au point une formule qui porte sa signature, la « liqueur invariable », destinée à donner à ses épreuves davantage de transparence, de vigueur et de coloris. Il en livre le secret dans un traité paru en 1847, Daguerréotypie : franches explications, précédées d'une histoire générale abrégée de la photographie.

Son parcours le conduit à Paris, d’abord dans le prestigieux atelier de Mayer et Pierson, avant qu'il n'ouvre sa propre maison rue du Faubourg Saint-Antoine puis rue de la Chaussée d'Antin, au cœur du Paris photographique du Second Empire. Il s'y présente fièrement comme « photographe médaillé de Sa Majesté l'Empereur ».

Jeune femme relevant ses jupes sur les cuisses s'inscrit pleinement dans la production daguerréotypique du Second Empire. Le modèle, le regard droit vers l'objectif, laisse apparaître ses bas, une jambe relevée sur l'autre. L'image mobilise les codes de l'érotisme en vigueur au milieu du XIXᵉ siècle, fondés tant sur la nudité que sur le dévoilement progressif du corps féminin. Dans le contexte moral du Second Empire, où les prescriptions de décence régissent étroitement les représentations du corps, l'exposition des jambes relève déjà de la transgression. Le daguerréotype joue ainsi sur l'ambiguïté entre respect apparent des convenances et suggestion du désir. Le regard frontal du modèle parachève cette mise en scène en instaurant avec le spectateur une relation aussi directe qu'équivoque.

Born in Lyon in 1810, Jean Pierre Thierry, or Thiéry, belonged to the generation of pioneers who witnessed the birth of photography and quickly recognized it as both an art and a profession. It was in his native city, at 6 rue du Bât d’Argent, that he established his daguerreotype studio in the 1840s, only a few years after the public announcement of the process by Louis Daguerre himself.

Curious and experimental by nature, J. Thierry was not content merely to practice photography: he sought to improve it. He developed a formula bearing his name, the “liqueur invariable”, intended to give his images greater transparency, strength, and richness of tone. He revealed its composition in a treatise published in 1847, Daguerréotypie : franches explications, précédées d’une histoire générale abrégée de la photographie.

His career later brought him to Paris, first to the prestigious studio of Mayer and Pierson, before he established his own business on rue du Faubourg Saint-Antoine and later on rue de la Chaussée d’Antin, at the heart of the photographic world of the Second Empire. There he proudly described himself as “Photographer Medalist to His Majesty the Emperor.”

Jeune femme relevant ses jupes sur les cuisses is fully in keeping with the daguerreotype tradition of the Second Empire. The subject, looking directly at the camera, reveals her stockings, with one leg crossed over the other. The image draws on the codes of eroticism prevalent in the mid-19th century, based as much on nudity as on the gradual unveiling of the female body. In the moral context of the Second Empire, where rules of decency strictly governed depictions of the body, the exposure of the legs was already considered a transgression. The daguerreotype thus plays on the ambiguity between apparent adherence to propriety and the suggestion of desire. The model’s direct gaze completes this staging by establishing a relationship with the viewer that is as direct as it is ambiguous.

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