PAIRE DE FAUTEUILS CANNÉS ROYAUX DU DÉBUT DE L'ÉPOQUE LOUIS XV
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VERS 1725-1730, LIVRÉE AU GARDE-MEUBLE DE LA COURONNE

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PAIRE DE FAUTEUILS CANNÉS ROYAUX DU DÉBUT DE L'ÉPOQUE LOUIS XV
VERS 1725-1730, LIVRÉE AU GARDE-MEUBLE DE LA COURONNE
En hêtre mouluré, sculpté et doré, le dossier droit à léger épaulement mouvementé et sommé d'une coquille, de feuilles d'acanthe et ceint d'une frise de godrons, les accotoirs garnis de manchettes rembourrées se terminant par un enroulement de godrons, volutes et fleurs, les supports d'accotoir mouvementés au même motif, l'assise chantournée ceinte de joncs enrubannés et centré d'une coquille et de feuilles d'acanthe sur un fond de treillage, les pieds cambrés sommé d'une coquille au naturel, les arrêtes animées d'une frise de godrons et se terminant par un enroulement vers l'extérieur, numéroté n°386 à l'encre sur la traverse postérieure de l'un, la couverture à carreau de damas framboise et galons dorés
H. 100,5 cm. (39 ½ in.) ; L. 73 cm. (28 ¾ in.) ; P. 60 cm. (23.1.2 in.)
Literature
Gaspard Moïse Augustin de Fontanieu, Inventaire général de la Couronne, Tome Septième, 1729 (Archives O1 3340)

Bibliographie comparative :
M. Jarry, Le siège français, Paris, 1973
B. Pallot, L’art du Siège français au XVIIIe siècle en France, Paris, 1987
P. Verlet, Le mobilier royal français, Vol I, vol. II, vol. III, Paris, 1990-1994
C. Baulez, « L’Antichambre des chiens et la Salle à manger des Retours de chasse », In Versalia, n°3, 2000, pp. 28-49
J.-L. Le Guillou, « Les Appartements attiques de Louis XIV et les Petits Appartements de Louis XV à Versailles », In Versalia, n°13, 2010, pp. 55-143
Further details
A PAIR OF EARLY ROYAL LOUIS XV GILT-WOOD ARMCHAIRS, CIRCA 1725-1730, DELIVERED TO THE GARDE-MEUBLE DE LA COURONNE

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Hippolyte de la Féronnière
Hippolyte de la Féronnière Head of European Furniture Department

Lot Essay

UN RARE TÉMOIN DU MOBILIER ROYAL DU DÉBUT DU RÈGNE DE LOUIS XV

La présence, sous la traverse de l’un de nos deux fauteuils, d’un numéro appliqué au pinceau « n°386 » constitue un exceptionnel élément d’identification. Il s’agit sans aucun doute d’un numéro d’inventaire que l’on retrouve dans l’Inventaire général du Garde-Meuble de la Couronne débuté en 1729 par l’Intendant de l’institution, Gaspard-Moïse-Augustin de Fontanieu (1694-1767) :
« 386. Deux autres fauteuils et quatre plians de damas cramoisy, garnis de frange et molet d’or, les bois scultés et vernis a la capucine, avec fausses housses de taffetas cramoisy doublées de serge ».
La mention « Deux autres fauteuils et quatre pliants » indique que cet ensemble complète le meuble décrit sous le numéro précédent :
« 385. Un meuble de cabinet de damas cramoisy, garny d’or consistant en un lit de repos, deux fauteuils et six plians. Le lit de repos de six pieds de long sur deux pieds et demi de large composé de son bois sanglé, deux matelas de laine dans un couvert d’un coté du damas, garny de trois grands et deux petits galons d’or […] ; un dossier chantourné enrichy debroderie d’or et de galon ; trois soubassemens de même damas garnis de frange et molet. Le tout avec fausses housses de taffetas cramoisy doublées de serge pour le lit de repos, dossier, traversin et carreaux. Les deux fauteuils et six plians de même damas garnis de frange et molet d’or, les bois scultés dorés, avec fausses housses de taffetas cramoisy doublées de serge ».
Ainsi, la lecture conjointe des numéros 385 et 386 de l’inventaire général, en suite, permet de restituer la composition complète de ce meuble de cabinet, c’est-à-dire l’ensemble que livrait le tapissier de la Couronne pour une même pièce. Ce meuble de damas cramoisi comprenait ainsi un lit de repos, quatre fauteuils et dix pliants. Considéré comme meuble d’étoffe, nos fauteuils sont classés dans l’inventaire général de 1729 sous le chapitre des meubles de damas, situés entre les meubles de velours et de brocatelles. L’importance est à l’époque donnée aux textiles et non aux bois, considérés sans valeur. Héritage du Moyen-Âge, le siècle des lumières tend néanmoins à inverser l’ordre d’importance, les textiles s’effaçant de plus en plus face aux menuiseries. Simplement tournés et en grande majorité recouverts avant l’époque Louis XIV, les sièges deviennent au XVIIIe siècle des œuvres richement moulurées et sculptées, les ornemanistes n’hésitant pas à faire transposer dans le bois le vocabulaire textile (lambrequins et galons notamment). Comme souvent dans les inventaires, toutes les pièces d’un même meuble ne portent pas nécessairement leur numéro. Ainsi, un seul des deux fauteuils est ici marqué.

Bien que l’inventaire ne fournisse aucune description de la menuiserie, hormis le fait que les bois sont sculptés et dorés ou vernis à la capucine, nos fauteuils correspondent parfaitement aux productions parisiennes des années 1725-1735. Le décor de joncs enrubannés particulièrement apprécié sous la Régence et visible sur la ceinture des châssis de nos sièges, apparaît notamment sur le fauteuil canné provenant de la collection de la baronne Gourgaud, aujourd’hui conservé au musée du Louvre (inv. OA 9993). Daté vers 1730, le fauteuil à châssis conservé au musée des Arts décoratifs de Paris (inv. 4563) présente également ce même motif. Il convient également de rapprocher notre fauteuil de celui figurant dans le Portrait de Marie-Thérèse, dauphine de France peint par Louis Tocqué en 1748. Bien que ce type de siège soit alors quelque peu passé de mode, on y retrouve le décor de joncs enrubannés ornant le pourtour du châssis destiné au cannage de l’assise, caractéristique des fauteuils Régence. Cette représentation constitue en outre un précieux témoignage de l’usage, au sein même de la famille royale, de modèles de fauteuils cannés et dorés comparables au nôtre. Également proche de notre modèle, un fauteuil vendu chez Christie’s à Paris le 4 mai 2016 (lot 164) offre une composition de la ceinture de l’assise très comparable, avec une coquille au centre de la ceinture flanquée de deux feuilles d'acanthe et deux autres placées au sommet des pieds. En outre, la frise rocaille qui anime les montants et les traverses, combinant les motifs d’oves et de coquilles traités de façon naturaliste, constitue également un ornement typique de cette période stylistique. Sur nos fauteuils, elle atteint un niveau exceptionnel. Au-delà des rapprochements stylistiques, la qualité de la sculpture de nos fauteuils impressionne par sa richesse, son ampleur et sa parfaite maîtrise technique et esthétique, couvrant l’ensemble des surfaces visibles de chacun des sièges.
A cette époque, les menuisiers estampillaient très rarement les sièges rendant difficile l’attribution de notre paire de fauteuils à un artisan. Néanmoins, ce meuble royal fut vraisemblablement réalisé par les artisans ordinaires du garde-meuble. En 1730, Jean-Baptiste I Tilliard, alors menuisier ordinaire du Garde-Meuble, pourrait avoir participé à la réalisation de notre mobilier, tout comme François Roumier pour la sculpture et Lallié pour la garniture, intervenant comme tapissier du roi. Tous trois travaillent pour la couronne. À la pointe de la modernité, cette paire de fauteuils apparaît comme un rare témoignage du mobilier livré pour l’une des résidences royales du jeune Louis XV.

DES FAUTEUILS ROYAUX À LA DESTINATION INCERTAINE

Dressé seulement à trois reprises entre 1663 et 1789, l’inventaire général des meubles de la couronne (1666, 1729, 1775) recense de manière exhaustive l’ensemble du mobilier royal. Dans l’intervalle, le garde-meuble tient des registres dont le Livre-Journal qui notifie les entrées et les sorties de chaque meuble. Avant 1760, cette documentation est malheureusement parcellaire. Il est par conséquent difficile de savoir pour quelle résidence ce meuble fut réalisé.

En 1730, Louis XV partage son temps entre six résidences royales principales. La première d’entre toutes n’est autre que Versailles où Louis XV s’installe avec sa cour à partir de 1722. Le palais des Tuileries quant à lui est utilisé pour accueillir les courtisans. Marly sert de résidence de chasse et de retraite, réservée aux intimes. Compiègne, que le roi apprécie particulièrement, fait l’objet de séjours entre mai et août. Résidence importante, il pouvait y réunir son Conseil comme à Fontainebleau et à Versailles. Enfin Fontainebleau était privilégiée pour les séjours d’automne. Ces résidences ont fait l’objet, tout au long du règne de Louis XV, de transformations constantes afin de répondre au confort et aux besoins des princes. Une grande campagne de travaux est lancée à Fontainebleau par l’architecte du roi Ange-Jacques Gabriel à la fin des années 1730, celle de Compiègne est réalisée à partir des années 1750. Quant à Versailles, les constantes transformations, attachées spécifiquement aux appartements particuliers débutent dès l'arrivée du roi en 1722 et se poursuivent tout au long de son règne.
Nos fauteuils font partie d’un meuble de cabinet qui s’apparente davantage à une pièce d’un appartement particulier plutôt qu’à une pièce d’apparat. Autre élément à prendre en compte, nos sièges sont cannés et non garnis en plein. La mode des sièges cannés se répand en France à l’époque Régence. L’assise est alors systématiquement recouverte d’un carreau. Ce mobilier était privilégié pour les pièces des bains et les salles à manger. La présence d’un lit de repos invite à privilégier l’hypothèse d’un ameublement destiné à un appartement des bains, comprenant notamment une chambre de repos après les ablutions, ou bien à un cabinet de curiosité (Louis XIV fit installer un lit de repos en 1693 dans ce type de cabinet), ou à tout autre cabinet de retraite.

Sans pouvoir déterminer la destination de nos deux fauteuils avec précision, les transformations documentées des petits appartements de Louis XV à Versailles peuvent nous donner une idée. De nombreux travaux ont été réalisés dès l’arrivée du roi à Versailles autour de la cour des Cerfs afin d’organiser ses appartements privés. Un appartement des bains est créé entre ladite cour et la petite cour du roi au premier étage en 1723, puis transformé à l’automne 1728 lors de la création de la petite bibliothèque au deuxième étage et de pièces entresolées entre les deux. Le 26 janvier 1729, le tapissier Lallié livre pour la nouvelle chambre des bains : « un meuble de damas cramoisi garni de deux galons d’or, dont un large et l’autre étroit, consistant en un lit, deux fauteuils, quatre pliants, un écran et un rideau de fenêtre ». La proximité de ce meuble avec le nôtre, tant par le textile que par sa composition, appuie l’hypothèse que notre meuble fut réalisé pour ce type de pièces dans l’une des résidences royales. Pour le petit cabinet créé à côté de la bibliothèque au deuxième étage, Lallié livre le 25 octobre 1728 « un fauteuil et trois banquettes aux bois sculpté et doré, couvert de damas cramoisi ». Rares sont les exemples de mobilier royaux de cette période qui sont arrivés jusqu’à nous. Citons néanmoins les tables dites des chasses, dont les piètements sont sculptés par François Roumier et dont les premières sont livrées pour le cabinet doré de Louis XV.
Inscrits dès 1729 dans l’Inventaire général du Garde-Meuble de la Couronne, ces deux fauteuils figurent parmi les rares sièges royaux de la période Régence dont l’origine peut être établie avec certitude. Ils constituent ainsi un témoignage exceptionnel du mobilier destiné aux appartements privés des résidences de Louis XV.

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