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STATUE MOAI KAVAKAVA
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STATUE MOAI KAVAKAVA

ÎLE DE PÂQUES

Details
STATUE MOAI KAVAKAVA
ÎLE DE PÂQUES
Haut. 47 cm (18 ½ in.)
Provenance
Collection Kenneth Sumbler, Rottingdean, Royaume-Uni
Michael Graham-Stewart, Londres
Lance et Roberta Entwistle, Londres
Collection Michel Périnet (1930-2020), Paris, acquis en 1988
Post Lot Text
MOAI KAVAKAVA FIGURE, EASTER ISLAND

Brought to you by

Alexis Maggiar
Alexis Maggiar International Director of the Department of Arts of Africa, Oceania and the Americas

Lot Essay

REGARD D’OBSIDIENNE
par Michel Orliac

Lors d’enquêtes (1864-1871), les Pascuans décrivent les fantômes effrayants de leur ancêtres comme des « spectres sans tête, revêtus seulement de côtes [côtes = kavakava en pascuan] » (Roussel, 19261) ; d’après les récits recueillis en 1934 par Alfred Métraux2 le héros mythique Tuu ko Ihu, à la suite d’une rencontre fortuite avec ces spectres, sculpta leur image dans des tisons.

Cependant, contrairement à ce que la tradition révèle de l'aspect des kavakava, la figuration en bois de ces entités est celle d'un corps complet, du crâne aux orteils. Ces statuettes évoquent sans ambiguïté la mort et l'ancestralité par l'insistance apportée à toutes les parties saillantes de leur squelette. Elles étonnent par le surdéveloppement de leur cage thoracique aux côtes apparentes qui leur vaut ce nom de kavakava. Par ailleurs, leur rictus et la flamboyance de leur regard : iris d'obsidienne noire enchâssée dans une sclérotique en os blanc, exprime la vie intense et la dangerosité de ces êtres de l'au-delà : ces fantômes actifs des aïeux protégeaient la maisonnée en pourchassant les malveillants, rôle également dévolu aux hommes-lézards, les moko.

En dehors de cultes domestiques au rituel inconnu, les statuettes, enveloppées dans du tapa étaient suspendues à la charpente de la maison. Les apparitions publiques des kavakava ont laissé quelques témoignages : lors des fêtes communautaires au pied de la plateforme cérémonielle du groupe, ils étaient tenus à la main, ou attachés au corps avec d'autres statuettes parfois, dit-on, au nombre d'une vingtaine.

Si la posture des statuettes papa et tangata est verticale, les kavakava, comme les lézards-hommes (moko), sont presque tous nettement courbés en avant. Les cernes d'accroissement du bois du kavakava Périnet montrent le choix d'une pièce de bois tordue.

Le crâne des kavakava, souvent nu, porte parfois un glyphe : anthropomorphe, poisson, oiseau, signe géométrique. Deux poissons sont profondément incisés sur celui du kavakava Périnet, illustrant le thème du couple ou de la triade de poissons, connu entre autres par un kavakava classique du British Museum (inv. n° BM 1933 10 14 1) et celui de l'ancienne collection Carlebach. Sur de fortes arcades, les sourcils sont figurés par des chevrons ; le menton se termine par un petit bouc légèrement récurrent. Le pavillon des oreilles présente la morphologie "archétypique" proche du naturalisme ; la base du lobe distendu des oreilles porte un ornement cylindrique ; celle du kavakava Périnet est suffisamment creusée pour recevoir une incrustation.

Le disque ou l'anneau qui interrompt la colonne vertébrale dans la région lombaire, présent sur la plupart des statuettes, est absent du kavakava Périnet ; ce dernier porte, à l'extrémité du rachis, un superbe éventail caudal semblable à celui des hommes-oiseaux et des lézards-hommes. Un glyphe triangulaire encadre sa région lombo-sacrée. Une bossette énigmatique figure sur la partie latérale de chaque fesse. Enfin, les malléoles des poignets et des chevilles sont très soigneusement notées.

Lorsque les statuettes ont longuement participé à la vie domestique et communautaire, elles portent les traces des manipulations et des rites où on les animait : poli d'usure, mutilations, carbonisations ponctuelles, creusement de petites cavités. Un dépôt de matière colorante, blanche ou rouge, emplissait parfois les narines et la bouche, où s'exprime le souffle vital.

[…] Il y avait déjà des statuettes en bois aux XIIe-XIVe siecle, connues uniquement par les disques en obsidienne de leur iris3. Les statuettes du style archétypique sont rares et leur datation incertaine : XVe-début XVIIIe siècle ? Celui de Bruxelles (musée Art & Histoire, inv. n° ET 48 63, ca. 1400 ap. J.-C.)4 a été daté du XVe siècle par le Carbone 14. Leur musculature et leur squelette décrivent ceux de vieillards ou de cadavres sur un mode hyperréaliste. Le style classique rassemble la plupart des objets acquis entre le début du XIXe siècle et 1870. Les exigences naturalistes du style archétypique s'atténuent par simplification de l'anatomie osseuse et musculaire. Si le visage des kavakava classiques reste expressionniste, les seins, bras, abdomen, fesses et membres inférieurs montrent des masses musculaires diffuses mais pleines qui n'évoquent pas celles d'un cadavre ; leur modèle souple privilégie les courbes ; les seules lignes tendues sont l'arête du nez, le lobe distendu des oreilles et la discrète carène des cuisses et des tibias.

Les mesures effectuées sur 81 kavakava montrent, entre le « style archétypique » et le « style tardif », la nette augmentation de la proportion de la tête relativement à la hauteur du corps ; en effet, les « grosses têtes » (= 25% de la dimension totale du corps) représentent 5,2% des statuettes archétypiques, 12,5% de celles du style classique ancien et 36% au cours du style classique récent ; elle deviennent très majoritaires au cours du style tardif (84%).

1Roussel, H., « Ile de Paques ou Rapanui » in Annales des Sacrés-Coeurs, Braine-le-Comte, 1926, p. 17
2Métraux, A., Ethnology of Easter Island, Honolulu, 1940
3La colonisation de l’île daterait des environs de l’an mille (Shepardson, B., Moai: a new look at old faces, Honolulu, 2013, pp. 125-127). Les datations, par hydratation de l’obsidienne, ont été effectuées sur deux petits disques (iris de l’oeil) découverts dans la baie de La Pérouse (Stevenson, C., Rapa Nui Journal: Journal of the Easter Island Foundation, vol. 7, Issue 4, Honolulu, décembre 1993, pp. 83-84
4Forment, F., Huyge, D. et Valladas, H., “AMS 14C age determinations of Rapanui (Easter Island) wood sculpture: moai kavakava ET 48.63 from Brussels” in Antiquity, vol. 75, Issue 289, pp. 529-532

THE OBSIDIAN GAZE
par Michel Orliac

When questioned (1864-1871), the Rapa Nui described the frightening phantoms of their ancestors as “headless ghosts, having only ribs [rib = kavakava in Rapa Nui]” (Roussel, 19261); according to the legends that Alfred Métraux2 gathered in 1934, the mythic hero Tuu ko Ihu sculpted their image in embers following a fortuitous encounter with the ghosts.

However, contrarily to what tradition reveals about the appearance of kavakava, their wooden version represents the full body, from head to toe. The figures unambiguously evoke death and the ancestors through the emphasis placed on the prominent parts of their skeletons. They show a surprisingly over-developed ribcage with visible ribs which relate to their name, kavakava. Moreover, their grimace and the flamboyance of their eyes - with a black obsidian iris inserted into a white bone sclera - express the intense life and dangerousness of these beings on the other side. The active ghosts of the forefathers protected the household by chasing out any wrong-doers, a role also assumed by the lizard-men known as moko.

When not being used in the unknown rituals of domestic cults, the statuettes were enveloped in tapa and hung from the framework of the house. The public appearances of kavakava left a few traces: during community celebrations at the foot of the ceremonial tribal platform, they were held in the hands or attached to the body, sometimes in combination with some twenty other statuettes according to reports.

While papa and tangata figures are characterised by an upright posture, kavakava, like the lizard-men (moko), are almost always distinctly curved forwards. The growth rings in the wood of the Périnet kavakava show the choice of a twisted piece of wood.

The head of the kavakava, often bare, sometimes features a glyph, whether in an anthropomorphic form, in the shape of a fish or bird, or a geometric symbol. Two fish are deeply carved into the Périnet kavakava, illustrating the theme of the couple or triad of fish, which also appears on a classic kavakava of the British Museum (inv. no. BM 1933 10 14 1) and one of the former Carlebach collection, among others. Eyebrows, on prominent arches, are represented by chevrons. The chin is terminated by a small, slightly upturned goatee. The shape of the ears asserts the near-naturalist "archetypical" morphology; the distended lobe base bears a cylindrical ornament. The one on the Périnet kavakava is deep enough to have been inlaid with another material.

The disk or ring that interrupts the backbone in the lumbar region, present on most of these statuettes, is absent in the Périnet kavakava. This example bears a superb fan-shaped tail at the end of the rachis similar to those of bird-men and lizard-men. A triangular glyph frames the sacrolumbar region. An enigmatic little bump appears on the side of each buttock. The malleolus of each wrist and ankle are carefully detailed.

Statuettes that were long used as part of the domestic and community life bear the traces of the handling and rites to which they were subjected, including polish from handling, mutilation, occasional carbonisation, and small holes. A deposit of a white or red pigment sometimes fills the nostrils and mouth, representing the breath of life.

[…] As early as the 12th to 14th century, statues were already known for the obsidian of their irises3. The statuettes in the archetypal style are rare, and their dating is uncertain: 15th to early 18th century? One kept in Brussels (Art & History Museum, inv. no. ET 48 63, ca. 1400 A.D.)4 was traced to the 15th century through Carbon-14 dating. The muscle and skeleton structure depicts an elderly or deceased figure in a very realistic fashion. The classic style is common to most of the objects acquired between the beginning of the 19th century and 1870.
The naturalist demands of the archetypical style are reduced through the simplification of the bony and muscular anatomy. While the classic kavakava face remains expressionist, the breasts, arms, abdomen, buttocks and lower members show vague but full masses that do not evoke those of a cadaver. Their supple shapes are rather curved, with the only straight lines being the bridge of the nose, the distended earlobes and the discreet traces of the thighs and tibias.

The measurements taken on 81 kavakava show the clear increase of the head proportion with regard to the height of the body as the “archetypical” style evolved into the “late style”. Indeed, statuettes with “large heads” (= 25% of the body’s full size) represent 5.2% of the archetypical statuettes, 12.5% of the ancient classic style, and 36% of the recent classic style. They largely became preponderant during the late style (84%).

1Roussel, H., “Ile de Paques ou Rapanui” in Annales des Sacrés-Coeurs, Braine-le-Comte, 1926, p. 17
2Métraux, A., Ethnology of Easter Island, Honolulu, 1940
3The island was colonised around the year 1000 A.D. (Shepardson, B., Moai: a new look at old faces, Honolulu, 2013, pp. 125-127). The dating method, based on the hydration of the obsidian, was performed on two small disks (the irises of the eyes) discovered in La Perouse Bay (Stevenson, C., Rapa Nui Journal: Journal of the Easter Island Foundation, vol. 7, Issue 4, Honolulu, December 1993, pp. 83-84
4Forment, F., Huyge, D. and Valladas, H., “AMS 14C age determinations of Rapanui (Easter Island) wood sculpture: moai kavakava ET 48.63 from Brussels” in Antiquity, vol. 75, Issue 289, pp. 529-532
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