Dix choses à savoir sur Vincent van Gogh
Le peintre postimpressionniste néerlandais qui a révolutionné de nombreuses pratiques reste aujourd'hui l'un des artistes les plus influents.

Three remarkable works — The Cox Collection: The Story of Impressionism — were offered at Christie’s New York in November 2021
Van Gogh éprouvait un besoin impérieux d'écrire, en particulier à son frère Theo
Vincent van Gogh avait cinq frères et sœurs, mais celui qui a probablement compté le plus dans sa vie était son cadet, Theo, qui l'a soutenu financièrement et émotionnellement. Tout au long de sa carrière, Vincent a nourri avec Theo une correspondance dans laquelle il transmettait ses observations quotidiennes, ses démons et ses désirs personnels et évoquait son travail.
Ainsi, la majeure partie des connaissances historiques sur van Gogh, telles que les mois exacts au cours desquels il a peint ses tableaux, provient de ses correspondances. Ces lettres ont révélé des détails biographiques sur la vie de l'artiste et ont été présentées à la Royal Academy of Arts de Londres, ainsi qu'à la Morgan Library & Museum de New York, dans une exposition axée sur sa correspondance avec Émile Bernard.
Vincent van Gogh (1853-1890), Cabanes de bois parmi les oliviers et cyprès, October 1889. Oil on canvas. 17⅞ x 23¾ in (45.5 x 60.3 cm). Sold for $71,350,000 in The Cox Collection: The Story of Impressionism on 11 November 2021 at Christie’s in New York
« C'est une chance exceptionnelle, qui ne se présente qu'une fois dans une carrière, de travailler avec une collection réunissant trois œuvres racontant l'histoire de la maturité de van Gogh d'une façon aussi belle et profonde » — Vanessa Fusco
L'épouse de Theo, Johanna van Gogh-Bonger, a joué un rôle essentiel dans la reconnaissance de l'art de Vincent
Johanna van Gogh-Bonger n'était mariée avec Théo que depuis deux ans lorsque celui-ci est mort, en 1891. Theo laissait derrière lui des centaines de lettres que Vincent lui avait écrites et Johanna a décidé de les lire, de les préserver et de les publier, contribuant ainsi pour toujours aux connaissances sur cet artiste.
« Grâce à la lecture des lettres qu'il avait échangées avec Theo, Johanna a fini par connaître Vincent de façon plus intime après sa mort. Elle a eu l'intelligence et la vision stratégique de présenter l'œuvre de Vincent en même temps que l'homme », explique Vanessa Fusco, qui dirige la vente nocturne d'art impressionniste et moderne de Christie's à New York. Bien qu'elle n'ait jamais été formée aux arts, Johanna a cherché, avec prudence, mais aussi avec ambition, à asseoir la postérité de Vincent en plaçant les nombreuses œuvres que Theo possédait chez les meilleurs marchands et collectionneurs.
« Elle contrôlait également l'offre et veillait à ne pas saturer son marché. Pour les expositions dans des galeries, elle faisait en sorte qu'un tableau de très grande qualité jette la lumière sur l'événement et fasse briller tous les autres », explique Fusco. « C'était un procédé réfléchi qu'elle a utilisé de façon très intelligente pour promouvoir les travaux de Vincent, le tout alors qu'elle était veuve avec un enfant en bas âge dans le Paris du 19e siècle. Elle a joué un rôle clé dans la promotion et l'héritage de l'un des plus célèbres artistes de tous les temps. Nous lui devons tous énormément. »
L'artiste a créé ses tableaux les plus significatifs lorsqu'il était en Provence
En 1888, van Gogh a quitté Paris et s'est installé pendant 15 mois dans la ville provençale d'Arles, une période qui allait être l'une des plus prolifiques, mais aussi difficiles, de sa vie. Qu'il s'agisse de champs de blé ou de tournesols, les sujets de van Gogh exploraient un style plus coloré et plus audacieux, fortement influencé par les estampes japonaises sur bois de sa collection personnelle. Van Gogh était parti vers le Sud de la France à la recherche d'un climat plus doux, d'une lumière et de l'harmonie artistique dont il avait, pensait-il, besoin pour parvenir à cette esthétique orientale.
D'octobre à décembre 1888, Paul Gauguin a vécu et travaillé avec van Gogh à Arles. C'est après une âpre dispute avec lui que Vincent a souffert de graves hallucinations et entendu des bruits et des voix assourdissants qui l'ont poussé à se couper une partie de l'oreille gauche.

(Left) Vincent van Gogh, Self-Portrait with Bandaged Ear, 1889. Courtauld Gallery, London. Digital Image: Bridgeman Images (Right) Vincent van Gogh, Bedroom at Arles, 1889. Musée d’Orsay, Paris. Digital Image: Bridgeman Images
Après une deuxième crise en février 1889, l'artiste s'est rendu à Saint-Rémy, à environ 25 km, où il s'est volontairement fait interner à l'hôpital de Saint-Paul-de-Mausole. À Saint-Paul-de-Mausole, le peintre avait trouvé un lieu paisible au milieu des champs de blé, des cyprès et des oliviers, surplombé par les rugueuses montagnes des Alpilles, qui marquaient les derniers reliefs, plus bas, des Alpes.
Pendant cette année passée à Saint-Rémy, l’œuvre de van Gogh a atteint son niveau d'expression le plus élevé. Il représentait le monde qui l'entourait avec une intensité encore plus forte. À l'abri dans l'isolement offert par l'asile, il alternait des périodes de trouble mental et des moments de production prolifique.
La nature offrait à l'artiste une source inestimable d'inspiration et de calme
En décembre 1882, alors qu'il séjournait à La Haye, van Gogh a écrit : « Parfois, j'ai tellement envie de faire des paysages, tout comme on partirait pour une longue promenade pour prendre l'air. Dans toute la nature, dans les arbres, par exemple, je vois une expression et une âme. » Sa passion pour la nature ne cesserait de grandir, tout comme l'expérimentation sur laquelle il s'appuyait pour la représenter.
« La nature était son réconfort », explique Annabel Matterson, éditrice principale au département d'art impressionniste et moderne. « Tout comme le cycle perpétuel des saisons, la nature poursuit son cours quoi qu'il arrive, cela lui apportait un véritable apaisement, à l'image de nombreuses personnes encore aujourd'hui. »

Vincent van Gogh, Sunflowers, 1889. Van Gogh Museum, Amsterdam. Digital Image: Art Resource, New York
Pendant son séjour à Saint-Rémy, van Gogh pouvait se promener dans la campagne pour peindre et il est tombé amoureux des oliviers et des cyprès qui parsemaient les paysages provençaux. À ses yeux, ils étaient pleins de vie, de sentiment, de force et de symbolisme, au même titre que les tournesols d’Arles. « Je pense encore aux cyprès », écrivait-il en juin 1889. « J'aimerais faire quelque chose avec eux, comme les toiles de tournesols, car je m'étonne que personne ne les ait encore représentés comme je les vois. Leurs lignes et leurs proportions sont superbes, comme des obélisques égyptiens. Et leur vert est d'une qualité si unique... Pour peindre la nature ici, comme partout ailleurs, il faut vraiment y passer beaucoup de temps. »
C'est à Auvers-sur-Oise que son amour pour le portrait a atteint de nouveaux sommets
Van Gogh est arrivé à Auvers-sur-Oise fin mai 1890. Il avait décidé de quitter le calme et la protection de l'asile de Saint-Rémy-de-Provence pour se rapprocher de son frère Théo, à Paris, ainsi que pour rencontrer le Dr Paul-Ferdinand Gachet, spécialiste de l'homéopathie, collectionneur, artiste amateur, et ami de nombreux impressionnistes, qui lui avait été recommandé par Camille Pissarro.
Le village était devenu une sorte de pôle artistique. « Découvert » par Charles-François Daubigny, peintre de Barbizon, dans les années 1870, il avait accueilli Pissarro, Paul Cézanne, et Armand Guillaumin. Tout comme d'autres avant lui, van Gogh avait trouvé à Auvers une joie tranquille ainsi qu'une grande inspiration artistique.

Vincent van Gogh, Portrait of Dr. Gachet, 1890. Musée d’Orsay, Paris. Digital Image: Scala / Art Resource, NY
Durant les deux derniers mois de sa vie, il a travaillé à un rythme étonnant et produit environ 80 tableaux, dont de nombreux portraits, probablement en raison de sa transition entre l'isolement de l'asile et la reconnexion avec des êtres humains. Les sujets allaient du Dr Gachet, qui poussait fortement van Gogh à continuer dans l'art du portrait, à des paysans et des enfants, qui étaient, pour van Gogh, l'incarnation d'une vie insouciante, innocente et optimiste.
Van Gogh se reconnaissait dans « l'homme ordinaire » et voulait que son art soit apprécié par le plus grand nombre.
S'agissant des sujets humains, van Gogh a souvent peint des laboureurs et des gens ordinaires, dans des portraits ou des scènes pastorales. Son empathie et son intérêt pour l'homme ordinaire ne le poussaient pas à en faire seulement son sujet, mais aussi son public. « Il voulait toucher et inspirer celles et ceux qui n'appartenaient pas nécessairement au monde de l'art », explique Fusco.
Vincent van Gogh (1853-1890), Jeune homme au bleuet, June 1890. Oil on canvas. 16 x 12 ⅝ in (40.5 x 32 cm). Sold for $46,732,500 in The Cox Collection: The Story of Impressionism on 11 November 2021 at Christie’s in New York
Pour illustrer son intérêt pour la démocratisation des beaux-arts, van Gogh a écrit un jour : « Aucun aboutissement de mon travail ne me serait plus agréable que de voir des travailleurs ordinaires accrocher de telles estampes dans leur chambre ou sur leur lieu de travail. » Il annonçait des artistes tels qu'Andy Warhol, qui, près d'un siècle plus tard, ont revendiqué les liens entre l'art, le commerce et la culture de masse.
Van Gogh était aussi radical avec ses œuvres sur papier qu'avec ses peintures à l'huile
Très influencé par les estampes sur bois japonaises, van Gogh a travaillé sur papier pendant toute sa carrière. Néanmoins, c'est durant les premiers mois passés à Arles qu'il a découvert le véritable potentiel de ce support. Inquiet à l'idée de manquer rapidement manquer de peinture à l'huile (qui était bien plus chère que les crayons, l'encre ou les aquarelles), van Gogh travaillait sur papier avec une liberté et un abandon créatif uniques. C'est pourquoi « ses œuvres sur papier montrent mieux l'évolution de son trait lors de cette période de transition », affirme Fusco.
Alors que de nombreux artistes dessinaient sur du papier pour étudier ou préparer des projets à l'huile sur toile, van Gogh faisait dialoguer les deux supports, chacun éclairant l'autre. « On considère toujours que la peinture à l'huile est l'aboutissement de l'idée d'un artiste, mais pour van Gogh, ce n'est pas toujours le cas », ajoute Matterson, qui souligne l'ampleur et la diversité des traits dans les travaux de van Gogh sur papier. « Il peignait et dessinait en même temps. »
Vincent van Gogh (1853-1890), Meule de blé, June 1888. Gouache, watercolor, pen and brush and black ink over pencil on paper. 19 x 23¾ in (48.5 x 60.4 cm). Sold for $35,855,000 in The Cox Collection: The Story of Impressionism on 11 November 2021 at Christie’s in New York
« Ce qui est merveilleux avec les œuvres sur papier, c'est qu'elles permettent de percevoir le processus de création de l'artiste d'une manière différente, car on ne peut rien cacher comme avec l'huile », se réjouit Fusco. « On le voit d'abord poser le cadre et les contours à l'encre, puis appliquer la couleur pure par-dessus. » Par exemple, avec Meule de blé, peint en juin 1888, van Gogh montre la beauté gorgée de soleil du paysage avec une économie remarquable en utilisant seulement quatre couleurs de base.
Les dernières années de sa vie ont été les plus expérimentales
Outre le fait que c'est principalement durant les dernières années de sa vie que van Gogh a été le plus prolifique, les œuvres qu'il a créées sont également parmi celles qui révèlent le plus sa personnalité. « C'est une chance exceptionnelle, qui ne se présente qu'une fois dans une carrière, de travailler avec une collection réunissant trois œuvres racontant l'histoire de la maturité de van Gogh d'une façon aussi belle et profonde », se félicite Fusco au sujet de la vente The Cox Collection: The Story of Impressionism prévue en novembre prochain chez Christie's.
Et de poursuivre : « Ces tableaux qui représentent trois des lieux les plus importants de la carrière de van Gogh témoignent de la formidable évolution de l'artiste. Meules de blé peint en 1888 à Arles est très expérimental, mais la représentation et les couleurs sont encore naturelles. En revanche, avec Cabanes de bois parmi les oliviers et cyprès réalisé en 1889 à Saint-Rémy, l'artiste montre déjà un côté beaucoup plus expressionniste avec des coups de pinceau dynamiques et amples. En 1890, à Auvers-sur-Oise, où il a peint son Jeune homme au bleuet, l'artiste a atteint le sommet de sa créativité avant sa mort. L'empâtement est épais et si on se penche de près sur les détails de ce portrait, on y voit déjà de l'abstraction. « C'est vraiment le moment où son style est apparu tel qu'on le connaît aujourd'hui. »

Vincent van Gogh, The Starry Night, 1889. Museum of Modern Art, New York. Digital Image: Bridgeman Images
Il doit sa renommée internationale à une exposition de 1905 au Stedelijk Museum
Quinze ans après sa mort, près de 500 œuvres de l'artiste ont été exposées dans le cadre d'une rétrospective intitulée Vincent van Gogh, organisée par le Stedelijk Museum, alors principale institution d'Amsterdam consacrée à l'art moderne. On a pu y voir Meules de blé, Cabanes de bois parmi les oliviers et cyprès, et Jeune homme au bleuet.
Johanna van Gogh-Bonger s'est particulièrement mobilisée dans la conception de cette grande exposition, qui a permis d'ancrer l'héritage de van Gogh dans le monde de l'art et de faire découvrir ses travaux à de nombreux artistes qui citeraient plus tard le Néerlandais parmi leurs sources d'inspiration.
Van Gogh a influencé des générations de grands artistes et continue de le faire aujourd'hui
Toujours au fait des marchands et des collectionneurs les plus en vue, Johanna van Gogh-Bonger a vendu plusieurs tableaux de van Gogh à Paul Cassirer, qui exposait une grande partie de sa collection en Allemagne. Il a ainsi contribué à montrer ses œuvres aux expressionnistes allemands, notamment Ernst Ludwig Kirchner.
En octobre 1933, Edvard Munch, dont les nombreux parallèles avec van Gogh ont été analysés dans le cadre d'une exposition de 2015 au célèbre musée Van Gogh d'Amsterdam, a écrit : « Durant sa courte vie, van Gogh n'a pas permis à sa flamme de s'éteindre. Le feu et les braises ont été ses pinceaux durant les quelques années de sa vie, alors qu'il se consumait pour son art. J'ai voulu et j'ai désiré, comme lui, ne pas permettre à ma flamme de s'éteindre et de peindre avec le pinceau en feu jusqu'à la fin. »
En France, les fauves, à l'image de Henri Matisse, ont trouvé l'inspiration dans les couleurs vives et les audacieuses explorations de van Gogh. Plus tard, Pablo Picasso, qui a même peint des autoportraits avec un chapeau de paille, en reproduisant les coups de pinceau passionnés de van Gogh, et David Hockney, qui trouve la même joie que van Gogh dans la nature, figureront parmi les titans de l'histoire de l'art fortement influencés par le maître néerlandais.


