Dix choses à savoir sur Camille Pissarro : « il vous rappelait l'un des prophètes ».

Seul artiste à avoir présenté des œuvres dans les huit expositions impressionnistes, Pissarro est connu pour ses représentations radicales de la vie rurale et pour ses paysages urbains du Paris de la fin du 19e siècle. Article illustré par des œuvres proposées chez Christie's

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Camille Pissarro. Photo: Archives Larousse, Paris. Bridgeman Images

Pissarro a grandi dans les Caraïbes

Camille Pissarro (1830-1903) est né à Saint Thomas, une île de l'archipel aujourd'hui connu sous le nom d'Îles Vierges des États-Unis, dans une famille juive française. Quand il a eu 12 ans, ses parents l'ont envoyé dans un école à Passy, en France, et c'est là qu'il a développé son intérêt pour la peinture.

De retour aux Caraïbes, à 17 ans, il a travaillé comme assistant pour son père. Heureusement, le destin s'est manifesté sous la forme d'un artiste danois, Fritz Melbye : quand Melbye est parti pour le Venezuela en 1852, Pissarro l'a accompagné, ce qui a lancé sa vie d'artiste.

Pissarro a contribué aux premiers jalons de l'impressionnisme

À son retour en France, à partir de 1855, Pissarro a découvert les travaux inédits des peintres de Barbizon et des réalistes, Corot, Daubigny, Millet et Courbet. Il s'est inspiré de leur représentation directe des paysages.

Élève de l'Académie Suisse à Paris, il a rencontré Monet et Cezanne, qui partageaient son aversion pour l'art du Salon, qu'ils considéraient comme galvaudé. Dans les années 1860, ils se réunissaient régulièrement avec les peintres Renoir, Sisley et Manet, ainsi qu'avec des auteurs tels qu'Emile Zola, pour parler d'art au café Guerbois.

Une nouvelle forme de peinture était en train de voir le jour : une méthode court-circuitant les conventions de l'Académie et du Salon au profit de la vie réelle. En peignant en extérieur, souvent côte à côte, Pissarro et ses amis inventaient un nouveau langage pictural, qui captait des impressions éphémères du monde grâce à des coups de pinceau rapides.

Camille pissarro (1830-1903), Jardin et poulailler chez Octave Mirbeau, Les Damps, 1892. Oil on canvas. 28⅞ x 36¼ in (73.3 x 92 cm). Sold for $10,263,000 on 11 November 2019 at Christie’s in New York

Pissarro a vécu un temps à Londres

En 1870, la guerre franco-prussienne éclate et Pissarro fuit pour Londres, emmenant avec lui sa future femme, Julie et leur fils, Lucien.

Depuis son domicile du quartier de Lower Norwood, Pissarro se rendait à la National Gallery avec son ami Monet, exilé comme lui, pour admirer les travaux de Turner et Constable. Quand ils ont proposé leurs toiles pour l'exposition annuelle de la Royal Academy, elles ont été refusées.

La période que Pissarro a passée en Angleterre a été importante pour une autre raison : c'est là qu'il a rencontré le galeriste, marchand et défenseur de l'impressionnisme Paul Durand-Ruel.

Pissarro a exposé des travaux dans les huit expositions impressionnistes

De retour à Paris en 1873, Pissarro s'est allié avec Monet, Renoir, Sisley, Morisot, Cézanne, Degas et d'autres pour créer la Société anonyme coopérative d’artistes-peintres, sculpteurs, etc. En avril de l'année suivante, ils montent leur première exposition.

Pissarro y présente cinq œuvres, dont Gelée blanche, 1873, aujourd'hui au musée d’Orsay. La plupart des critiques ont été très mordants, et l'un d'eux a même donné un nom au mouvement en se moquant du paysage maritime peint en 1874 par Monet, Impression, soleil levant.

Mais la position de Pissarro parmi les leaders de ce nouveau mouvement était confirmée. « Pissarro, pour sa part, est puissant et retenu », écrivait le critique Jules-Antoine Castagnary. « Sa vision synthétique perçoit la scène dans son ensemble... [mais] il souffre d'une prédilection déplorable pour les jardins potagers. »

Camille Pissarro (1830-1903), Hameau aux environs de Pontoise, 1872. Oil on canvas. 21¼ x 29⅛ in (54 x 74 cm). Sold for $4,394,500 on 7 November 2012 at Christie’s in New York

« Le père Pissarro » allait être présent à chacune des huit expositions et devenir un mentor de poids pour de plus jeunes artistes comme Gauguin et Cezanne.

« Pissarro était comme un père pour moi », se souvient Cézanne, « c'était un homme vers qui on se tournait pour des conseils. » Ou bien, comme le disait Matisse, « on ne pouvait pas ne pas l'aimer, il vous rappelait l'un des prophètes ».

Pissarro a révolutionné la peinture des paysages

Pissarro est surtout connu pour les scènes de campagne qu'il peignait autour des petites villes et des villages d'Île-de-France. Comme il travaillait dehors, il saisissait les petites maisons, les jardins potagers, les chemins tortueux et les champs vallonnés tels qu'il les voyait, ce qui le distinguait clairement des vues classiques de la peinture de paysage académique.

Il s'intéressait également à la silhouette humaine

Pissarro a peint des personnes durant toute sa carrière, mais à partir du milieu des années 1870, elles ont commencé à prendre une place plus importante.

Cueilleurs, paysans, gouvernantes ou lavandières étaient représentés pendant leur travail ou au repos, baignés de contrastes de couleurs symphoniques et d'une lumière que Pissarro créait souvent dans son atelier.

Camille Pissarro (1830-1903), Le Marché aux oeufs, circa 1884. Gouache on silk. 9¼ x 15⅜ in (23.4 x 39 cm). Sold for £525,000 on 24 March 2021 at Christie’s in London

Pissarro avait des opinions politiques affirmées

Les opinions politiques de Pissarro étaient aussi révolutionnaires que ses peintures et s'appuyaient sur les écrits de penseurs anarchistes tels que Pierre-Joseph Proudhon et Peter Kropotkin.

Ses travaux illustraient sa proximité avec les domestiques et les travailleurs agricoles et sa conviction que nous étions égaux, indépendamment de notre classe ou de notre statut. Peints à une échelle autrefois réservée aux grandes personnalités de l'histoire ou aux bourgeois les plus fortunés, ces personnages sont empreints d'une solennité et d'une grandeur certaines.

Pissarro a expérimenté avec le néo-impressonnisme

En 1886, Pissarro a rencontré Georges Seurat et Paul Signac, qui rejetaient la spontanéité des impressionnistes en faveur de touches de peinture méticuleusement appliquées et de la théorie des couleurs de Michel Eugène Chevreul.

Dans un premier temps, Pissarro a adopté cette technique, mais en 1890, il s'était détourné du pointillisme.

« Comment peut-on associer la pureté et la simplicité du point avec la globalité, la souplesse, la liberté, la spontanéité et la fraîcheur des sensations défendues par notre art impressionniste ? », demandait-il à son fils Lucien, dans une lettre de 1888.

Camille Pissarro (1830-1903), Paysanne gardant deux vaches, 1887. Gouache, charcoal and pen and ink on paper. 9¼ x 12⅜ in (23.6 x 31.5 cm). Sold for £350,000 on 24 March 2021 at Christie’s in London

Pissarro est l'un des peintres qui faisaient autorité dans le Paris de la fin du 19e siècle

Plus tard dans sa carrière, Pissarro a commencé à regarder du côté de Rouen, du Havre, de Dieppe et de Paris. Ses vues de ces villes se modernisant rapidement sont considérées comme ses meilleurs travaux.

Dans L’Anse des Pilotes et le brise-lames est, Le Havre, peint en 1903, par exemple,Pissarro se sert des rapides coups de pinceau pour représenter le ciel battu par le vent, les eaux agitées et l'atmosphère pleine de vie du port normand.

Camille Pissarro (1830-1903), La Rue Saint-Lazare, temps lumineux, 1893. Oil on canvas. 28⅞ x 23¾ in (73.2 x 60.2 cm). Sold for $12,350,000 on 11 November 2018 at Christie’s in New York

À la fin des années 1890, Pissarro s'est lancé dans une série de peintures de Paris. Il travaillait depuis des chambres d'hôtel pour saisir des vues panoramiques des nouveaux grands boulevards de la ville.

« Je suis ravi de pouvoir peindre ces rues de Paris que les gens considèrent comme laides, alors qu'elles ont de superbes reflets d'argent et sont si lumineuses et vivantes », écrivait-il. « C'est tout à fait moderne ! »

Comme Monet, Pissarro peignait les mêmes vues à différents moments de la journée. Vendu chez Christie’s en 2018, le tableau ci-dessus, La Rue Saint-Lazare, temps lumineux (1893), en est un excellent exemple.

Pissarro a produit plus d'œuvres sur papier que tous les autres impressionnistes, à l'exception de Degas

Outre ses peintures à l'huile, Pissarro a peint de nombreuses œuvres sur papier, des travaux graphiques, des pastels, des gouaches. Ces travaux sont bien plus nombreux que ceux des autres impressionnistes sauf, peut-être, Degas.

Camille Pissarro (1830-1903), Marché à la volaille, Pontoise, 1882. Gouache and pastel on paper. 31¾ x 25½ in (80.7 x 65 cm). Sold for $1,815,000 on 11 November 2019 at Christie’s in New York

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Dès le début de la trentaine, il s'est également consacré à la gravure, qu'il considérait comme un moyen d'expérimentation essentiel.

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