Design français du milieu du 20e siècle : introduction aux maîtres

Le milieu du 20e siècle marque l’apogée de l’art de vivre à la française. Neuf designers pionniers, dont des créations ont été proposées à la vente chez Christie’s, y ont contribué.

Georges Jouve, Cylindre, circa 1955; Jean Royere, Persan floor lamp, circa 1955; Jean Prouve, Metropole n. 305 chair circa 1950. All offered in Design on 21 May 2025 at Christie's in Paris

De g. à dr. : Georges Jouve (1910-1964), Cylindre, vers 1955 (adjugé pour € 81 900) ; Jean Royère (1902-1981), lampadaire Persan, vers 1955 (€ 516 600) ; Jean Prouvé (1901-1984), chaise Métropole n° 305, vers 1950 (€ 15 120). Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025.

La période d’après-guerre en France a vu une explosion extraordinaire de créativité dans le design, donnant naissance à une génération de talents pionniers. Les créateurs français du milieu du siècle comptent désormais parmi les plus recherchés sur le marché international, les prix de leurs créations atteignant des sommets records aux enchères. Voici neuf figures clés qui incarnent l’esprit du modernisme français, et dont le travail est à la fois historiquement important et très désirable pour les collectionneurs aujourd’hui.

Jacques Adnet (1900-1984)

Figure de proue du mouvement moderniste français, Jacques Adnet développe un style sobre dans lequel il privilégie les formes géométriques et les matériaux haut de gamme, notamment le cuir.

Jacques Adnet (1900-1984), bureau, vers 1946, 79 x 210,5 x 83,5 cm. Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 27 720).

Jacques Adnet commence par travailler avec son frère jumeau, Jean Adnet, sous la signature « J. J. Adnet ». En 1928, il prend la direction de la Compagnie des Arts Français et collabore avec des designers qui marqueront leur époque, notamment Francis Jourdain, Charlotte Perriand et Georges Jouve. Parmi ses projets personnels, nous pouvons citer la rénovation des appartements du président de la République à l’Élysée et la décoration de la salle de réunion du siège de l’UNESCO, également à Paris.

Pierre Chareau (1883-1950)

La carrière de Pierre Chareau en tant que designer est relativement brève, mais influente, de 1919 au début des années 1930. À l’origine de l’élan moderniste dans le champ de l’architecture, il voit peu de différence entre la conception d’un bâtiment et celle d’un meuble, si ce n’est la question de l’échelle. Considérant l’espace comme un tout auquel le mobilier doit contribuer, il conçoit l’intérieur, selon les termes de Le Corbusier, comme une « machine à habiter ».

Pierre Chareau privilégie les essences exotiques (ébène de Macassar, acajou, palissandre, palmier) et aime jouer avec les contrastes des matériaux et des couleurs, créant un dialogue entre les tons chauds (bois) et la qualité industrielle de métaux tels que le fer ou l’acier.

L’aménagement de l’appartement parisien de Jean Dalsace et de son épouse Annie Bernheim en 1919 constitue son premier projet indépendant. Les époux Dalsace deviendront ses principaux clients, lui confiant neuf ans plus tard la conception d’une autre demeure parisienne, la Maison de Verre, édifiée entre 1928 et 1932. Considérée comme l’œuvre majeure de Pierre Chareau, cette icône de l’architecture moderne témoigne de l’originalité des idées du designer.

Georges Jouve (1910-1964)

Georges Jouve est considéré comme l’un des plus grands céramistes français du 20e siècle. Formé à la sculpture et ayant étudié l’histoire et la théorie de l’art, il s’initie aux arts du feu dans un village de potiers du sud de la France où il est venu se réfugier durant la Seconde Guerre mondiale. Il y apprend les techniques de poterie traditionnelles et développe une passion pour la création artisanale qui l’incitera à ouvrir son propre atelier en 1944 à son retour à Paris.
Georges Jouve (1910-1964), Coupe, vers 1955 (jaune), 6,5 x 18 x 9 cm, et Coupe, vers 1958 (noire), 7 x 18,5 x 9,5 cm. Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 10 710).

Georges Jouve (1910-1964), Coupe, vers 1955 (jaune), 6,5 x 18 x 9 cm, et Coupe, vers 1958 (noire), 7 x 18,5 x 9,5 cm. Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 10 710).

L’œuvre de Georges Jouve est protéiforme, du mobilier fonctionnel aux objets de décoration pour la maison en passant par la sculpture abstraite. Si l’artiste crée différents types d’objets (pichets, vases, bols), il intègre aussi la céramique dans des pièces réalisées dans d’autres matériaux, par exemple des plateaux de table, des pieds de lampe et des cadres de miroir. Il préfère les formes courbes et organiques à l’esthétique angulaire, associée à la production de masse. Ses pièces les plus connues sont de couleurs simples et vives : noir mat, blanc, orange vif, jaune ou rouge.

Le Corbusier (1887-1965)

L’architecte et peintre Charles-Edouard Jeanneret est connu sous le pseudonyme de Le Corbusier, qu’il adopte en 1920, trois ans après avoir quitté sa ville natale, dans le nord-ouest de la Suisse, pour s’établir à Paris. En 1922, il y ouvre un atelier d’architecture en association avec son cousin, l’ingénieur Pierre Jeanneret. Ils seront bientôt rejoints par la designeuse Charlotte Perriand. De nombreuses créations verront le jour dans le cadre de cette collaboration, caractérisées par l’utilisation de matériaux industriels, la standardisation et le recours à de nouvelles techniques.

S’il cesse de créer du mobilier après 1929 pour se concentrer sur l’architecture, Le Corbusier continue à s’investir dans l’aménagement intérieur des bâtiments qu’il conçoit : il ainsi l’auteur de tous les meubles, tapis et luminaires des appartements de la Cité Radieuse de Marseille (1947-1952).

En 1958, Heidi Weber, propriétaire d’une galerie de mobilier moderne et d’architecture d’intérieur à Zurich, convainc Le Corbusier de relancer l’édition de quatre de ses sièges iconiques. La série, qui marque le début d’une amitié durable et d’une collaboration exceptionnelle, connaît un grand succès commercial.

Serge Mouille (1922-1988)

Le créateur de luminaires Serge Mouille se passionne pour le travail du métal dès l’âge de treize ans, alors qu’il suit une formation d’orfèvrerie à l’École supérieure des arts appliqués de Paris. Après la Seconde Guerre mondiale, il ouvre un atelier où il fabrique des chandeliers, des rampes et des appliques murales en métal. Ce n’est que près de dix ans plus tard, vers 1953, qu’il se lance dans la fabrication de son premier luminaire, à la demande de la Compagnie des Arts Français, alors dirigée par Jacques Adnet.
Cette commande marque un tournant dans son travail. Serge Mouille s’adonne désormais à la conception de luminaires, art auquel il consacrera le reste de sa vie. C’est au cours des années 1950 qu’il crée ses lampes minimalistes emblématiques en métal noir, la série « Formes Noires ». Entre 1962 et 1964, il réalise plusieurs pièces pour la série « Totem », plus confidentielle. Il abandonne ensuite le design pour se consacrer à l’enseignement.

Alexandre Noll (1890-1970)

Les créations d’Alexandre Noll brouillent souvent les frontières entre le mobilier et l’art. Le sculpteur travaille presque exclusivement le bois, matériau auquel il s’essaie pour la première fois à l’âge de vingt ans avec la gravure sur bois. En 1920, Alexandre Noll quitte son emploi dans une banque pour se consacrer à son art, créant d’abord de petits objets usuels, puis du mobilier. Il commercialise ses créations à partir de 1943.

Alors que nombre de ses contemporains adoptent les nouvelles techniques industrielles et se tournent vers la production de masse, Noll sélectionne personnellement ses matériaux et fabrique ses pièces à la main, qui sont donc des créations uniques. Ses essences préférées sont l’ébène, le hêtre, le sycomore et le poirier.

Dans son activité de designer, Noll ne se soucie guère des tendances, laissant le matériau guider son travail. Comme le dira sa fille Odile, « c’était la forme du bois qui l’inspirait ». Les créations d’Alexandre Noll ont intégré les collections d’institutions telles que le Musée national d’art moderne à Paris, et des collections privées, comme celle du couturier Wolfgang Joop.

Charlotte Perriand (1903-1999)

Collaboratrice régulière de Jean Prouvé, qui réalisait les éléments métalliques de son mobilier dans ses ateliers à Nancy, Charlotte Perriand est aujourd’hui considérée comme l’une des figures majeures du design français du 20e siècle. Soucieuse de créer du mobilier fonctionnel et abordable, elle est convaincue du pouvoir d’un bon design, ce qui l’amènera à dire que « l’extension de l’art d’habiter est l’art de vivre ».
Ses débuts n’ont pourtant pas été évidents. En 1927, alors qu’elle vient présenter son travail à Le Corbusier dont elle espère intégrer l’atelier, celui-ci la renvoie par un glacial et désormais célèbre « Ici, on ne brode pas de coussins, mademoiselle ! » Pierre Jeanneret, cousin et associé de Le Corbusier, le convaincra cependant de reconsidérer sa décision. La collaboration de Charlotte Perriand avec Le Corbusier pour l’équipement mobilier donne naissance à des créations parmi les plus emblématiques de l’époque, notamment la chaise longue LC4.

Jean Prouvé (1901-1984)

Jean Prouvé ne serait sans doute pas devenu l’une des personnalités les plus marquantes de l’architecture et du design français s’il n’avait pas été contraint d’abandonner ses études à l’âge de quinze ans et de suivre un apprentissage de ferronnier. Il ouvre son premier atelier à l’âge de 23 ans en 1924, qui prendra une dimension industrielle en 1947.
L’œuvre de Jean Prouvé se distingue par une attention particulière aux matériaux, notamment industriels, et une esthétique fonctionnelle. Parmi ses créations les plus emblématiques, on trouve des pièces en tôle pliée, un matériau qu’il affectionne tout particulièrement en raison de sa légèreté. Initialement conçue pour les hôpitaux et les sanatoriums, l’armoire en tôle d’aluminium des années 1950 arbore un style épuré et moderne, et répond aux exigences d’hygiène, de solidité et de sécurité. Jean Prouvé est également connu pour ses chaises à piètement arrière profilé, renforcé pour transmettre la charge au sol.

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Jean Royère (1902-1981)

Jean Royère est l’un des principaux acteurs de la création française, de 1931, année où il réalise son premier projet, à 1972, où il met définitivement fin à son activité de décorateur. Se démarquant par le recours à des lignes dynamiques et des teintes vives, il développe un vocabulaire décoratif audacieux dans lequel sensualité et fantaisie l’emportent sur la tradition.

Jean Royère (1902-1981), paire de fauteuils Éléphanteau (version haute) et ottoman, 1950. Fauteuils : 110 x 85 x 84,5 cm. Ottoman : 45 x 65 x 57 cm). Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 1 129 000).

En 1947, Jean Royère conçoit une table basse pour l’appartement parisien de sa mère, le modèle « Flaque ». C’est la première d’une longue série de pièces biomorphiques qui feront sa renommée, qui ne cessera d’évoluer au fil du temps. Les premières versions possèdent un plateau en opaline à effet marbre soutenu par trois pieds de tôle perforée en forme d’écusson. Un modèle ultérieur exposé au Salon des artistes décorateurs en 1954 arbore une marqueterie de paille à décor d’étoiles. Aujourd’hui, cette table est considérée comme une création emblématique de Jean Royère, dont les choix esthétiques novateurs continuent de séduire.

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La période d’après-guerre en France a vu une explosion extraordinaire de créativité dans le design, donnant naissance à une génération de talents pionniers. Les créateurs français du milieu du siècle comptent désormais parmi les plus recherchés sur le marché international, les prix de leurs créations atteignant des sommets records aux enchères. Voici neuf figures clés qui incarnent l’esprit du modernisme français, et dont le travail est à la fois historiquement important et très désirable pour les collectionneurs aujourd’hui.

Jacques Adnet (1900-1984)

Figure de proue du mouvement moderniste français, Jacques Adnet développe un style sobre dans lequel il privilégie les formes géométriques et les matériaux haut de gamme, notamment le cuir.

Jacques Adnet (1900-1984), bureau, vers 1946, 79 x 210,5 x 83,5 cm. Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 27 720).

Jacques Adnet commence par travailler avec son frère jumeau, Jean Adnet, sous la signature « J. J. Adnet ». En 1928, il prend la direction de la Compagnie des Arts Français et collabore avec des designers qui marqueront leur époque, notamment Francis Jourdain, Charlotte Perriand et Georges Jouve. Parmi ses projets personnels, nous pouvons citer la rénovation des appartements du président de la République à l’Élysée et la décoration de la salle de réunion du siège de l’UNESCO, également à Paris.

Pierre Chareau (1883-1950)

La carrière de Pierre Chareau en tant que designer est relativement brève, mais influente, de 1919 au début des années 1930. À l’origine de l’élan moderniste dans le champ de l’architecture, il voit peu de différence entre la conception d’un bâtiment et celle d’un meuble, si ce n’est la question de l’échelle. Considérant l’espace comme un tout auquel le mobilier doit contribuer, il conçoit l’intérieur, selon les termes de Le Corbusier, comme une « machine à habiter ».

Pierre Chareau privilégie les essences exotiques (ébène de Macassar, acajou, palissandre, palmier) et aime jouer avec les contrastes des matériaux et des couleurs, créant un dialogue entre les tons chauds (bois) et la qualité industrielle de métaux tels que le fer ou l’acier.

L’aménagement de l’appartement parisien de Jean Dalsace et de son épouse Annie Bernheim en 1919 constitue son premier projet indépendant. Les époux Dalsace deviendront ses principaux clients, lui confiant neuf ans plus tard la conception d’une autre demeure parisienne, la Maison de Verre, édifiée entre 1928 et 1932. Considérée comme l’œuvre majeure de Pierre Chareau, cette icône de l’architecture moderne témoigne de l’originalité des idées du designer.

Georges Jouve (1910-1964)

Georges Jouve est considéré comme l’un des plus grands céramistes français du 20e siècle. Formé à la sculpture et ayant étudié l’histoire et la théorie de l’art, il s’initie aux arts du feu dans un village de potiers du sud de la France où il est venu se réfugier durant la Seconde Guerre mondiale. Il y apprend les techniques de poterie traditionnelles et développe une passion pour la création artisanale qui l’incitera à ouvrir son propre atelier en 1944 à son retour à Paris.
Georges Jouve (1910-1964), Coupe, vers 1955 (jaune), 6,5 x 18 x 9 cm, et Coupe, vers 1958 (noire), 7 x 18,5 x 9,5 cm. Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 10 710).

Georges Jouve (1910-1964), Coupe, vers 1955 (jaune), 6,5 x 18 x 9 cm, et Coupe, vers 1958 (noire), 7 x 18,5 x 9,5 cm. Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 10 710).

L’œuvre de Georges Jouve est protéiforme, du mobilier fonctionnel aux objets de décoration pour la maison en passant par la sculpture abstraite. Si l’artiste crée différents types d’objets (pichets, vases, bols), il intègre aussi la céramique dans des pièces réalisées dans d’autres matériaux, par exemple des plateaux de table, des pieds de lampe et des cadres de miroir. Il préfère les formes courbes et organiques à l’esthétique angulaire, associée à la production de masse. Ses pièces les plus connues sont de couleurs simples et vives : noir mat, blanc, orange vif, jaune ou rouge.

Le Corbusier (1887-1965)

L’architecte et peintre Charles-Edouard Jeanneret est connu sous le pseudonyme de Le Corbusier, qu’il adopte en 1920, trois ans après avoir quitté sa ville natale, dans le nord-ouest de la Suisse, pour s’établir à Paris. En 1922, il y ouvre un atelier d’architecture en association avec son cousin, l’ingénieur Pierre Jeanneret. Ils seront bientôt rejoints par la designeuse Charlotte Perriand. De nombreuses créations verront le jour dans le cadre de cette collaboration, caractérisées par l’utilisation de matériaux industriels, la standardisation et le recours à de nouvelles techniques.

S’il cesse de créer du mobilier après 1929 pour se concentrer sur l’architecture, Le Corbusier continue à s’investir dans l’aménagement intérieur des bâtiments qu’il conçoit : il ainsi l’auteur de tous les meubles, tapis et luminaires des appartements de la Cité Radieuse de Marseille (1947-1952).

En 1958, Heidi Weber, propriétaire d’une galerie de mobilier moderne et d’architecture d’intérieur à Zurich, convainc Le Corbusier de relancer l’édition de quatre de ses sièges iconiques. La série, qui marque le début d’une amitié durable et d’une collaboration exceptionnelle, connaît un grand succès commercial.

Serge Mouille (1922-1988)

Le créateur de luminaires Serge Mouille se passionne pour le travail du métal dès l’âge de treize ans, alors qu’il suit une formation d’orfèvrerie à l’École supérieure des arts appliqués de Paris. Après la Seconde Guerre mondiale, il ouvre un atelier où il fabrique des chandeliers, des rampes et des appliques murales en métal. Ce n’est que près de dix ans plus tard, vers 1953, qu’il se lance dans la fabrication de son premier luminaire, à la demande de la Compagnie des Arts Français, alors dirigée par Jacques Adnet.
Cette commande marque un tournant dans son travail. Serge Mouille s’adonne désormais à la conception de luminaires, art auquel il consacrera le reste de sa vie. C’est au cours des années 1950 qu’il crée ses lampes minimalistes emblématiques en métal noir, la série « Formes Noires ». Entre 1962 et 1964, il réalise plusieurs pièces pour la série « Totem », plus confidentielle. Il abandonne ensuite le design pour se consacrer à l’enseignement.

Alexandre Noll (1890-1970)

Les créations d’Alexandre Noll brouillent souvent les frontières entre le mobilier et l’art. Le sculpteur travaille presque exclusivement le bois, matériau auquel il s’essaie pour la première fois à l’âge de vingt ans avec la gravure sur bois. En 1920, Alexandre Noll quitte son emploi dans une banque pour se consacrer à son art, créant d’abord de petits objets usuels, puis du mobilier. Il commercialise ses créations à partir de 1943.

Alors que nombre de ses contemporains adoptent les nouvelles techniques industrielles et se tournent vers la production de masse, Noll sélectionne personnellement ses matériaux et fabrique ses pièces à la main, qui sont donc des créations uniques. Ses essences préférées sont l’ébène, le hêtre, le sycomore et le poirier.

Dans son activité de designer, Noll ne se soucie guère des tendances, laissant le matériau guider son travail. Comme le dira sa fille Odile, « c’était la forme du bois qui l’inspirait ». Les créations d’Alexandre Noll ont intégré les collections d’institutions telles que le Musée national d’art moderne à Paris, et des collections privées, comme celle du couturier Wolfgang Joop.

Charlotte Perriand (1903-1999)

Collaboratrice régulière de Jean Prouvé, qui réalisait les éléments métalliques de son mobilier dans ses ateliers à Nancy, Charlotte Perriand est aujourd’hui considérée comme l’une des figures majeures du design français du 20e siècle. Soucieuse de créer du mobilier fonctionnel et abordable, elle est convaincue du pouvoir d’un bon design, ce qui l’amènera à dire que « l’extension de l’art d’habiter est l’art de vivre ».
Ses débuts n’ont pourtant pas été évidents. En 1927, alors qu’elle vient présenter son travail à Le Corbusier dont elle espère intégrer l’atelier, celui-ci la renvoie par un glacial et désormais célèbre « Ici, on ne brode pas de coussins, mademoiselle ! » Pierre Jeanneret, cousin et associé de Le Corbusier, le convaincra cependant de reconsidérer sa décision. La collaboration de Charlotte Perriand avec Le Corbusier pour l’équipement mobilier donne naissance à des créations parmi les plus emblématiques de l’époque, notamment la chaise longue LC4.

Jean Prouvé (1901-1984)

Jean Prouvé ne serait sans doute pas devenu l’une des personnalités les plus marquantes de l’architecture et du design français s’il n’avait pas été contraint d’abandonner ses études à l’âge de quinze ans et de suivre un apprentissage de ferronnier. Il ouvre son premier atelier à l’âge de 23 ans en 1924, qui prendra une dimension industrielle en 1947.
L’œuvre de Jean Prouvé se distingue par une attention particulière aux matériaux, notamment industriels, et une esthétique fonctionnelle. Parmi ses créations les plus emblématiques, on trouve des pièces en tôle pliée, un matériau qu’il affectionne tout particulièrement en raison de sa légèreté. Initialement conçue pour les hôpitaux et les sanatoriums, l’armoire en tôle d’aluminium des années 1950 arbore un style épuré et moderne, et répond aux exigences d’hygiène, de solidité et de sécurité. Jean Prouvé est également connu pour ses chaises à piètement arrière profilé, renforcé pour transmettre la charge au sol.

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Jean Royère (1902-1981)

Jean Royère est l’un des principaux acteurs de la création française, de 1931, année où il réalise son premier projet, à 1972, où il met définitivement fin à son activité de décorateur. Se démarquant par le recours à des lignes dynamiques et des teintes vives, il développe un vocabulaire décoratif audacieux dans lequel sensualité et fantaisie l’emportent sur la tradition.

Jean Royère (1902-1981), paire de fauteuils Éléphanteau (version haute) et ottoman, 1950. Fauteuils : 110 x 85 x 84,5 cm. Ottoman : 45 x 65 x 57 cm). Vente Christie’s Paris du 21 mai 2025 (€ 1 129 000).

En 1947, Jean Royère conçoit une table basse pour l’appartement parisien de sa mère, le modèle « Flaque ». C’est la première d’une longue série de pièces biomorphiques qui feront sa renommée, qui ne cessera d’évoluer au fil du temps. Les premières versions possèdent un plateau en opaline à effet marbre soutenu par trois pieds de tôle perforée en forme d’écusson. Un modèle ultérieur exposé au Salon des artistes décorateurs en 1954 arbore une marqueterie de paille à décor d’étoiles. Aujourd’hui, cette table est considérée comme une création emblématique de Jean Royère, dont les choix esthétiques novateurs continuent de séduire.

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